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hélas! des exemples éclatants de cette action fâcheuse. Et cependant ce côté blessant du rire devient une de ses propriétés sociales les plus précieuses. Ainsi que les obscurs Groenlandais peuvent nous l'apprendre, le rire fournit un genre de punition » ^ j^ — qui unit à l'efficacité, à l'économie et à l'humanité, une propor-

^^^^\^' tion nojabledjamusement pour les spectateurs. Toutes les ■ i/^ \^ sociétés, si elles ne l'emploient pas exactement comme les

s** . Groenlandais, lui ont accordé une place importante parmi les agents qui cherchent, en châtiant les vices et les folies, à en afîaiblir la vitalité.

Cependant le côté blessant du rire ne présente qu'un de ses eflfets sur la sensibilité de celui qui en est l'objet. La vie des sauvages nous a donné des exemples, non seulement de ses conséquences désagréables, qui en font une sorte de pénalité efficace, mais aussi de ses conséquences agréables, lorsqu'il fait quitter aux autres par la douceur une attitude d'hostilité ou d'entêtement. Cet effet, qui peut sembler curieux, d'une manière d'agir vexatoire en principe, s'explique en somme par son caractère de jeu. Substituer une plaisanterie à un argument ou à la contrainte, c'est produire un effet analogue à celui du chatouillement, c'est provoquer au jeii celui à qui l'on s'adresse et éveiller chez lui l'humeur enjouée. Les taquineries réciproques des sauvages sont, ainsi que nous l'avons vu, un exercice, une àsy-Tii'.;, qui prépare à pratiquer des vertus simples et dignes d'estime, telles qu'une bonne humeur constante, la patience, le sacrifice des sentiments personnels à l'esprit de camaraderie.

Un autre aspect social du rire est mis en lumière par la vie des sauvages, et nous devons en dire un mot. Dans la tendance instinctive qui porte les sauvages à ridiculiser les couturnes e^ les idées des étrangers, nous trouvons une des expressions d& l'attitude que prend une société pour^se préserver des influences insidieuses de l'extérieur. De même que les Hébreux, en tournant en ridicule les idées des adorateurs de Baal, travaillaient

yj" \^ ; ainsi à garder intacte leur foi nationale, de même les tribus

i placées à un degré très inférieur de culture trouvent dans le rire

\^par lequel elles accueillent ce qui leur est étranger un préser-

/ vatif contre toute influence coptagipiit^p f^ps,^tres^eiIples.

î^pins doute cette tendance du rire contribuera à conserver dans

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la tribu des coutumes autrefois utiles, alors que des changements introduits, par l'arrivée des blancs, par exemple, exigent des adaptations nouvelles. Nous voyons ici la fonction essentiellement conservatrice du rire dans la vie des sociétés. D'autre part, ainsi que nous l'avons vu, les nouveautés dans le costume, introduites par l'homme blanc, peuvent attirer et charmer. En traitant des rapports entre le mouvement social et le rire, il nous faudra examiner très attentivement comment se comporte l'esprit de gaîté en présence des changements sociaux.

Or ces aspects du rire indiquent, ainsi que nous l'avons vu, qu'il possède une utilité sociale. Comme issu de l'instinct du jeu, on peut s'attendre à ce qu'il ait sa part dans les effets bienfaisants qui, comme l'ont établi des recherches récentes, appartiennent au jeu. En étudiant son développement et sa persistance dans la vie des sociétés en progrès, nous aurons l'occasion de montrer mieux cette utilité par des exemples. Que le rire soit bon physiquement et moralement pour les individus, c'est depuis longtemps un lieu commun, du moins chez ceux qui sont familiers avec la littérature. Ce qui nous intéresse ici ce sont ses avantages nettement sociaux ; par exemple lorsqu'il conserve des coutumes qui, au point de vue de la communauté ou de quelqu'une des classes qui la composent, doivent être tenues pour bonnes; lorsqu'il réprime les vices et les folies; lorsqu'il favorise la coopération sociale.

Jusqu'où s'étend cette utilité, c'est une question à laquelle il n'est pas aisé de répondre. On reconnaîtra que les sociétés, loin devoir toujours dans le rire un auxiliaire utile, se sont donné bien du maPpour le réprimer. Oui, en étudiant l'histoire de la gaité dans le progrès de la vie sociale, nous verrons qu'elle a toujours eu à lutter pour son existence.

De ce qui vient d'être dit il résulte clairement que nous aurons à considérer l'histoire du rire et le mouvement de l'évolution sociale comme étroitement liés entre eux. Non seulement un changement dans les idées, les sentiments ou les institutions, tend à modifier l'expression de la gaîté, mais le rire exerce à son tour une influence sur les idées, les sentiments et les institutions. Cette action réciproque s'exerce d'ailleurs d'une façon générale entre les amusements et les occupations se-

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rieuses : les récréations d'une société fournissent des moyens très précieux de déterminer la mesure de la vigueur qu'elle dépense dans les formes sérieuses de son activité. Dans le cas du rire cette intluence réciproque est beaucoup plus marquée qu'ailleurs, attendu que la gaîté s'exerce le plus souvent sur les choses sérieuses, en fait la cible ordinaire de ses traits finement aiguisés, et va quelquefois jusqu'à frapper sa victime au milieu des solennités de la vie sociale.

Dans la tribu sauvage nous ne trouvons guère de classes distinctes. La perception du déplacé et le rire qui l'accompagne sont provoqués la plupart du temps par les membres des autres tribus. Le rire est « choral », parce que toute la tribu s'y joint ou est prête à s'y joindre; mais, pour cette raison même, il rend un son monotone. Il semble qu'une certaine différenciation de groupes soit nécessaire, non seulement pour la constitution d'une société, mais pour assurer un libre jeu à l'impulsion du rire. La diversité dans les pensées et dans les conduites est une condition essentielle pour le plein épanouissement de la gaîté sociale.

Le germe de cette diversité existe dans le type de société le plus rudimentaire qu'on puisse concevoir. La distinction entre le mâle et la femelle que la nature, comme pour combiner l'œuvre de la divinité avec celle de l'homme, réunit et oppose l'un à l'autre, a existé parmi nous depuis les commencements de la société humaine; et peut-être serait-il divertissant d'essayer de se figurer comment les mâles de nos ancêtres simiesques grognèrent leurs premières railleries sur l'infériorité du sexe féminin, et comment les femelles firent pour la première fois usage de leur talent rudimentaire de parole pour rendre la pareille à leurs maîtres et seigneurs. Les plus simples des sociétés humaines doivent avoir aussi présenté quelques différences de rangs dans le contraste entre jeunes et vieux, ainsi que dans l'opposition, étroitement liée à celle-là, entre gouvernants et gouvernés. Mais il serait téméraire de conclure de là que, dans les premières phases de l'évolution sociale, il se soit échangé beaucoup de plaisanteries entre ceux que devait tenir dans une réserve solennelle le sentiment de leur situation relative.

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C'est seulement quand nous arrivons à une société présentant une différenciation de classes considérable, que nous voyons ces différences mêmes alimenter et répartir l'esprit de gaîté. En les parcourant du regard nous empruntons à M. Tarde son expression de « Groupe social ». Un tel groupe peut être formé par une classe dont les membres ont les mêmes fonctions et un caractère commun en rapport avec ces fonctions, par exemple les prêtres et les commerçants; ou bien il peut être un assemblage constitué simplement par des connaissances et des goûts communs, par exemple ceux des membres d'une société qui se tiennent à un niveau de culture particulier. Bien que cette manière double de concevoir les groupes sociaux conduise à des superpositions et à des interpénétrations inévitables, il paraît à propos de l'adopter ici pour expliquer d'une manière satisfaisante les rapports entre la formation groupale et les directions particulières du rire social.

Le développement de groupes distincts dans l'intérieur d'une société fait subir des modifications diverses à l'impulsion du rire, tout d'abord en introduisant la diversité des occupations, des capacités et des intelligences. Par là, il prépare un champ plus large à ces jugements relatifs sur les compétences et les aptitudes qui, comme le montre le rire des sauvages, prennent tant d'importance dans les formes simples de la gaîté. Ainsi les différences qui s'établirent entre les occupations et le genre de vie des deux sexes, contribuèrent largement à ce joyeux échange de quolibets qui paraît avoir été^ dès l'époque de la culture la plus rudimentaire, le premier élément de la jovialité humaine. Le rire légèrement malveillant que provoque dans le sexe masculin la faiblesse féminine, et que nous trouvons chez l'écolier dans ses rapports avec sa sœur, se rencontre à toutes les époques de la littérature ; nous ne manquons pas non plus de bons exemples qui nous montrent le sexe féminin prenant sur l'autre sa revanche. L'histoire de la mésaventure du Roi Alfred à propos de gâteaux, dont nous avons trouvé la contre-partie dans la vie sauvage, nous montre la critique acariâtre de la femme entendue s'exerçant aux dépens de l'ignorance masculine. Quand le sentiment du tort subi est moins vif, et que l'esprit est tout entier sous l'impression de la sottise qui vient

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