‹ Essai sur le rireChapitre 69 sur 112 · Voyez Ward. Eixjl. Drain. Ports, II, p · texte numérisé non relu

Voyez Ward. Eixjl. Drain. Ports, II, p

quand ce changement est en bonne voie de devenir définitif, le même sentiment nous pousse à nous moquer de ceux qu'un préjugé obstiné attache à la chose d'autrefois. Une des principales fonctions du rire est de discréditer gaîment les idées usées, les croyances dont on a reconnu le caractère illusoire, les pratiques tombées en désuétude. Nulle part peut-être l'orgueil que contient la gaîté ne se manifeste plus clairement que dans ces railleries que prodigue la jeune génération à ce qui survit des manières surannées de ses prédécesseurs. Bien souvent nous voyons l'art s'égayer de ces choses caduques qui ne sont plus bonnes à rien. Toute époque d'agitation et de mouvement a eu probablement sa littérature satirique poursuivant d'une gaîté turbulente les fantômes en fuite. La comédie hardie et généreuse d'Aristophane frappait à coups redoublés la mythologie ruineuse de son temps, et l'écroulement soulevait de larges explosions de gaîté. Le grand ouvrage de Cervantes et les satires ou pasquinades de la même époque déversaient des Ilots de ridicule sur les partisans sentimentaux et surannés de la chevalerie à demi-morte et de la féodalité en décadence'.

Cette gaîté dont les idées et les institutions usées font les frais, a souvent été fortifiée par cette impression qui nous ranime et nous fait respirer à pleins poumons quand nous sommes délivrés d'une pénible contrainte. Cette forme élémentaire du rire a eu sa place dans tous les heureux moments de la vie nationale, où le peuple entier s'est senti étroitement uni dans un abandon joyeux. Plante, le comique de la foule, reflète dans sa jovialité plébéienne le soulagement d'un peuple qui, après la seconde guerre Punique, respirait au sortir d'une tension violente et prolongée, et Timpatience des masses avides de jouir plus librement des plaisirs de la vie 2. L'art populaire du moyen âge, où les démons semblent jouer le rôle inofîensif du policeman dans une pantomime moderne, montre les esprits se soulageant d'une superstition oppressive. La même détente au sortir de la contrainte, la même évasion des esprits tenus longtemps captifs, sont reconnaissables dans la littérature de la Réformalion et de la Restauration anglaise.

•1. Wriglit. op. cit., cti. XIX. A

Page 1