Sellar, Roman Poels, p. 167. JH
LE RIRE DANS l'ÉVOLUTION SOCIALE 261
Le même aspect réjouissant de la disparition des choses surannées nous inspire une gaîté plus tranquille, quand nous rions des coutumes et des rites qui survivent à leurs causes et qui n'ont plus de sens. Nous considérerons plus tard de plus près cette forme de plaisir et de gaîté, où se manifeste un esprit qui perce à jour les apparences et qui cherche à pénétrer au fond des choses.
Il semble résulter de ce que nous avons dit, que l'action du rire s'exerce de deux manières sur les changements des habitudes sociales. En premier lieu il résiste à la passion folle de la nouveauté (neomania). Comme les écoliers, qui souvent maltraitent un nouveau venu, il cingle vigoureusement du fouet l'innovation qui se présente, afin de voir ce qu'elle vaut et si elle peut justifier son existence : par là il modère la rapidité des changements. En second lieu il rend définitif le rejet d'une habitude surannée en lui donnant pour ainsi dire le « coup de grâce' ». Il rend ainsi à la fois les services que rendent au troupeau de moutons le berger qui marche en tête et le chien qui court derrière pour presser les traînards. Il semble faire observer la maxime de Gœthe :
« Ohne Hast Aber ohne Rast. »
Nous pouvons maintenant donner un coup d'œil à quelquesuns des cas oîi ce mouvement complexe du progrès social agit sur la formation des groupes sociaux et sur leurs attitudes réciproques.
Il est évident que, en subdivisant de plus en plus les emplois et en exigeant pour chacun d'eux des connaissances spéciales, le progrès tendra à élargir le champ des moqueries et des plaisanteries réciproques dont on a déjà parlé. Ce qu'il est plus important d'indiquer, c'est que les progrès de savoir et de culture faits par une société amèneront la formation de nouveaux groupes impliquant certaines différences de rang. L'importance de ce genre de distinction entre les groupes se montre dans la comédie classique. Juvénal exprime aussi le mépris railleur du