‹ Essai sur le rireChapitre 73 sur 112 · Ea français dans le texte · texte numérisé non relu

Ea français dans le texte

Un efifet ultérieur du mouvement de la culture sur la formation des groupes est la division en sectes, phénomène qui semble particulièrement remarquable dans les sociétés édifiées par notre race. Cette tendance à se subdiviser en une foule de petits corps religieux, politiques et autres, introduit des rapports d'un nouveau genre. Ici nous ne pouvons guère dire qu'un groupe surpasse ses rivaux en intelligence. Qu'il en soit ainsi ou autrement, les règles du jeu social nous obligent à laisser la question ouverte. D'autre part cette différenciation de l'opinion organisée, en un certain nombre de « credos » ou « d'opinions » différentes, dont la nuance est souvent fort délicate, amène à une nouvelle bifurcation de groupes « plus élevés » et de groupes « inférieurs ». Les plus élevés sont formés ici par la masse ou la majorité qui, naturellement, rit des minorités chétives, dont elle traite les idées de manies et de lubies. -Mais ici encore la belle impartialité du dieu du rire, aux yeux de qui la plus grande partie du genre humain n'est rien moins que sage, et qui compte pour peu de chose la différence du nombre, donne parfois à la minorité dédaignée l'occasion de prendre sa revanche; car les minorités représentent quelquefois des idées nées pour régner.

Tandis que le progrès des idées et des institutions dans une nation contribue ainsi dune part à multiplier les groupes et par conséquent à introduire des occasions nouvelles pour les attaques et représailles d'un groupe à l'autre, il tend, dans l'ensemble, à en faire tomber les barrières. Il y travaille par la chaire, la presse et les sociétés d'éducation qui aident les idées nouvelles à circuler dans toutes les classes Ces idées conduisent, directement et indirectement à la fois, à une certaine assimilation des groupes; et cette action assimilatrice se produit rapidement aujourd'hui. Toutefois, comme nous l'avons vu, elle laisse beaucoup de place pour des degrés de culture différents ; car les différences naturelles de rudesse et de souplesse dans la fibre intellectuelle assureront toujours un contraste marqué entre ceux qui sont cultivés et ceux qui ne le sont pas.

La diffusion du savoir et de la culture à travers toutes les classes agit indirectement sur les distinctions de groupes en

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faisant connaître les occupations d'une classe aux membres des autres, et particulièrement à ceux des classes inférieures. Le tils de l'ouvrier, qui a de l'intelligence et qui la cultive, peut, on nous le dit souvent, se frayer un chemin jusqu'à l'université et prendre sa place, sans que personne la lui conteste, parmi les hommes de loi, les docteurs, parmi les maîtres les plus respectés.

Or tous les changements de classe soudains, surtout quand ils vous élèvent, sont sujets à paraître risibles. Môme quand l'élévation est due à la faveur royale, nous sentons qu'il y a quelque chose d'anormal dans ce passage rapide à une sphère supérieure, et nous avons l'habitude de contrôler de près le nouveau titre. Les instincts conservateurs des hommes s'opposent à l'apparition de dignitaires nouveaux, à peu près comme ils s'opposent à l'apparition d'idées nouvelles; et l'on peut s'attendre à trouver pendant quelque temps le personnage un peu emprunté dans sa nouvelle case sociale. On nous dit que la Comédie de la Restauration « déverse à flots le mépris sur ces champignons d'un jour, les chevaliers de récente création ^ »

Même quand l'ascension dans l'échelle sociale est parfaitement méritée, cette impression de nouveauté déplacée se produit un moment. La famille et les relations du personnage de fraîche date, continuant à vivre dans une lumière moins éclatante, ne pourront s'empêcher de rire, bien que ce soit peut-être avec une admiration sympathique, de létrangeté de cette élévation soudaine ; et le jeune homme qui s'élève ainsi sera bien heureux, s'il ne laisse pas voir de temps en temps aux observateurs égayés, qu'il est peu familier avec les manières de la société dans laquelle il vient d'entrer.

Cependant la confusion des rangs amenée par la diffusion générale de l'instruction est peu de chose et ne frappe guère, si on la compare à celle qui vient d'une autre cause. L'agent de destruction le plus actif des limites établies entre les classes est la force qui tend à transformer une société en ploutocratie. Cette tendance peut sans doute faire ressortir elle môme les effets de l'instruction largement répandue; car l'homme qui a

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