‹ Essai sur le rireChapitre 80 sur 112 · Conf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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doute par un mélange de sympathie. Peut-être, si nous connaissions les conditions physiques des processus organiques, nous pourrions parler ici « d'interférence », ou du moins de quelque action antagonistique entre les impulsions motrices du rire et celles du soupir.

Il est une autre condition qui paraît importante. Quand les émotions sont franchement dissimilaires et sujettes à entrer en antagonisme, il est nécessaire qu'elles ne soient pas toutes les deux excitées avec énergie. Nous pouvons réussir à obtenir une fusion entre un rire modéré et une douce pitié; mais nous ne l'obtiendrons certainement pas entre un état de vive excitation joyeuse et un état de compassion profonde. Le cours de l'humour n'a rien de bruyant, le rire et le sentiment bienveillant mettant l'un et l'autre une sourdine, comme pour se fondre en un accord plus doux. Celte nécessité dune diminution dans l'énergie des émotions associées peut aussi trouver son explication dans les conditions des processus organiques qui doivent se combiner. Ceci n'implique pas cependant que les deux sentiments qui s'unissent dans l'humour soient d'égale force. Comme on l'a indiqué plus haut, l'humour paraît toujours, même quand il est pénétré d'une tristesse presque poignante, se maintenir au niveau d'un plaisir tranquille. Il répond à cette disposition desprit qu'on a appelée le luxe de la pitié et dans laquelle le sentiment de la peine s'est effaré jusqu'à n'être plus qu'une résonnance à peine perceptible, tandis que la note fondamentale de tendresse adoucissante rend un son clair et plein.

Cette analyse peut nous aider à comprendre pourquoi M. Meredith voit dans le rire de Shakespeare et de Cervantes « les richesses réunies du rire du cœur et de celui de l'esprit^ ». Elle peut nous aider à comprendre aussi certaines choses que les métaphysiciens allemands ont dites sur le rire. Kant, par exemple, rachète la pauvreté d'ensemble de sa théorie par un passage digne d'être retenu sur l'aspect amusant d'une na'ivelé de conduite qui ne sait pas se cacher. Il admet que dans ce cas il se mêle au rire (qu'il suppose né de la réduction à rien de

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