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LE RISIBLE DA\S l'aUT : LA COMÉDIE 32'j
d'exemples pour qui veut étudier l'attitude du peuple en face des nouveautés qui se prêtent à un grossissement bouffon. Le théâtre comique est conservateur, en ce sens qu'il est disposé à ridiculiser tout ce qui porte le caractère d'une nouveauté bizarre. Les auteurs modernes ont bien su reconnaître tout ce que leur fournissait de plaisant l'importation des manières et des costumes étrangers.
A côté des innovations grotesques nous pouvons mettre l'imitation maladroite du costume, du langage, etc., des classes supérieures, qui frappe bien vite l'œil perçant du public ami du rire. La peinture d'un amour exagéré pour l'élégance du langage, surtout quand il s'agit d'expressions empruntées à l'étranger, a toujours eu, semble-t-il, le don de divertir un auditoire instruit. Les Précieuses de Molière resteront comme le grand exemple d'un culte pour la « délicatesse des termes » poussé jusqu'à une exagération d'une dnMerie irrésistible.
Les antagonismes sociaux bien reconnus prêtent aussi à la comédie tout leur répertoire amusant. Le côté plaisant de la lutte sans effusion de sang entre l'homme et la femme, s'offre à nos yeux dans toutes les phases du développement de lart. Naturellement la manière dont il se présente change selon les conditions sociales de l'époque représentée, et plus particulièrement avec le rang que la femme occupe dans la société. Dans le théâtre d'Aristophane, les moqueries réciproques entre les deux sexes sont une source intarissable d'incidents amusants, et forment le motif principal de deux pièces i. Cependant la femme ne prend qu'une très faible part au dialogue-. L'opinion que les Grecs avaient de son infériorité s'étale avec une franchise charmante. L'idée de lui accorder un rang plus élevé dans la vie de la cité est traitée avec une extravagance grotesque qui devait plaire singulièrement aux maris conservateurs. Quand le poète veut nous montrer la folie du parti de la guerre, il imagine une révolte des dames Athéniennes qui, par certaines mesures efficaces, dont quelques-unes d'ordre très intime, par-
f. Moulton, Ancient Class. Draina., p. 344.
'2. Les jeunes filles, qui paraissent très rarement clans Aristophane sont des^personnages umets. (Neil. The KnUjhls of Arislophanes. Introduction.
326 ESSAI SUR LE lURE
viennent enfin, à la honte du sexe fort, à rétablir la paix. Le triomphe du sexe inférieur nous rappelle ici l'hilarité triomphante des femmes sauvages qui avaient battu des matelots européens dans une course à l'aviron. En somme la comédie grecque prodiguait aux femmes, y compris les hétaïres, les railleries insultantes '. Cependant la comédie latine donne quelquefois à la femme la supériorité sur l'homme. Dans VAsi7iaria de Plante un barbon amoureux (c'est là un des personnages favoris de la comédiej est gaîment châtié par sa femme qui découvre son infidélité.
La lutte éternelle entre l'homme et la femme amène avec elle la rivalité entre le foyer et la taverne, ou, comme nous dirions aujourd'hui, le club. Plante, qui prend plaisir à la licence, insiste crûment sur l'opposition. Térence, en introduisant une conception plus convenable de la nature féminine et de la vie conjugale, prépara les voies pour des rapports plus équitables entre l'homme et la femme. Cependant c'est seulement grâce aux améliorations opérées dans la famille moderne et dans la vie sociale, que la lutte de paroles entre les deux sexes dans la comédie a pris plus de piquant et d'éclat.
D'autres rapports tout aussi primitifs, ceux de la vieillesse avec la jeunesse, ou, sous une forme plus spéciale, des pères avec les enfants, fournissent à la scène une ample matière. Chez les \théniens, la Nouvelle Comédie représenta, dit-on, fréquemment les vieillards, tantôt comme avares et austères, tantôt comme indulgents et affectueux-. Le contraste entre le sévère chef de famille et le « papa » indulgent, que nous avons vu mis en lumière par Térence et par Molière, nous montre clairement que la comédie, spectacle qui s'adresse plus particulièrement à la joyeuse jeunesse, favorise les fils et cherche à leur rendre plus légère l'autorité paternelle.
De même qu'elle combat souvent par le rire la rigueur excessive des pères, elle s'attaque aussi à celle des maîtres. Le valet intrigant et le fourbe de la comédie latine ont eu pour descendants maints fripons domestiques, jusqu'à ce M. Morgan dont
i. P. Gardner, Gveek antiquilies. p. 353.