Spectator, n
2. Le mot anglais « ^Vit », comme notre mot « esprit », a- désigné et désigne encore la finesse et la force de lintelligence en général, par conséquent quelque chnse de bien plus étendu que le don de saisir rapidement et d'exprimer d'une façon piquante, des rapports inattendus entre les choses et entre les mots.
L'anglais possède, à côté du substantif, le verbe « to icit » savoir; tous deux se rattachent étymologiquement a « mse », sage, « ivisdom » sagesse. (Note du Irad.)
LE lUSIUr.E DA.NS l/.\l!T : r,A COMÉDIE 399
quand il y a enjeu certaines forces de répulsion aussi bien que d'attraction ; par exemple entre le marchand qui voudrait vendre et le client qui a besoin d'acheter mais qui tente de se défendre ; entre le galant qui attaque e!, la femme qui tient à ne pas céder une victoire trop aisée. Lorsque, comme entre deux rivaux, la situation tend à s'écliaufler, l'esprit tend à devenir acerbe. Comme nous le rappelle Addison. l'esprit se manifeste souvent dans un jeu inégal entre celui qui sert de « plastron » et ses assaillants, le « plastron » sachant de temps en temps, comme Sir John Falstaff, « mettre les rieurs de son cûté^ ».
L'art de causer avec esprit, comme celui de manier le tleuret, exige évidemment qu'on ait de l'empire sur soi-même ; et dans l'un comme dans l'autre le sang-froid nécessaire est grandement facilité par la présence du spectateur impartial. Il est possible que maris et femmes aient tout d'abord appris à s'escrimer gaîment, en soutenant des disputes devant des auditeurs étrangers.
Si nous nous faisons cette idée de l'esprit, nous pouvons voir comment les jeux de mots s'y introduisent inévitablement. On n'a pas besoin de considérer ici le calembour de l'âge enfantin, qui se contente de tromper l'oreille par un double-sens accidentel. C'est seulement quand l'ambiguïté présente quelque chose de risible, et qu'on peut la faire servir à quelque intention amusante, que l'art peut s'en occuper. Le jeu de mots tend à se changer en un jeu de la pensée. Examinez quelques-uns des « mots » les plus connus, vous verrez qu'ils contiennent le double sens du calembour : tel cet éloge qu'un roi connu pour son esprit donnait à un de ses courtisans en remarquant qu'il n'était jamais « in the way, and never out of the way^ ». Ce qui amuse et charme ici, c'est le sens profond qui se laisse apercevoir sous la contradiction apparente des termes'.