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Leclwes and Notes on Shakespeare, p. ilO

James Slllv. — Lu Hire. -2

choix du type et le point de vue adopté. Pour Molière l'homme gonflé de vanité et damour-propre, le fat entêté de sa personne, le censeur insociable de la société, et les autres, sont autant d'anomalies qui s'écartent du type normal, c'est-à-dire de l'homme dûment adapté à la société. Les Harpagon, les Orgon, les Arnolphe, les Alceste, les Sganarelle, etc., ont leur travers amusant, leur tendance caractéristique, grossis jusqu'aux proportions ridicules d'une gibbosité, et sont définis dès l'abord par l'antithèse qu'ils font avec les membres normaux de la société. Le monde bien ordonné, qui soutient la cause d'une adaptation raisonnable aux usages établis, est quelquefois représenté par l'ami judicieux, celui, par exemple, d'Alceste, d'Arnolphe ; quelquefois par la femme, ainsi M™® Jourdain ; d'autres fois par le frère, celui, par exemple, de Sganarelle; et même, de temps en temps, par la servante privilégiée et mutine, celles, par exemple, d'Orgon, de M. Jourdain.

Par cette juxtaposition le poète comique fait ressortir assez clairement la tendance anti-sociale de la caractéristique qu'il grossit. L'outrage que font à la femme Arnolphe et Sganarelle en maltraitant leurs pupilles ; les sévères exigences d'Alceste à l'égard de la fière et coquette Célimène ; le désordre que la manie de M. Jourdain menace d'introduire dans sa maison ; la cruelle lésinerie d'Harpagon à l'égard de son fils, tout cela est mis en pleine lumière pour le spectateur, et l'exposition des effets malfaisants du travers et du vice sert toujours à fortifier l'eflet comique.

Quand il nous présente ainsi l'hypertrophie d'une tendance morale, Molière donne du mouvement à la personnification en nous faisant saisir l'action organique de la partie malade sur les autres parties de l'homme. L'avarice d Harpagon fait qu'il tremble d'être volé, comme si un vol devait le ruiner. Il trouve que c'est l'insulter que de dire qu'il est riche, et il assure que « rien n'est plus faux ». Ceci montre cet effet de la passion outrée, sur lequel Molière insiste partout, de cet aveuglement d'un esprit dominé par des idées fixes. Que de fois on a remarqué cette sorte de surdité mentale qui se manifeste chez Orgon, lorsque sa servante lui annonce à plusieurs reprises que sa femme est souffrante, et qu'il répète, sans l'entendre, ses

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exclamations « et Tartuffe? » et « le pauvre homme! » Frappant exemple de la valeur comique d'une idée iixe qui détache l'esprit de sa victime des réalités dont les sens de tous les autres sont frappés.

Cet état de l'intelligence réduite à une sorte de « monoidéisme » entraîne à sa suite une perte de la clarté normale de la conscience. L'absurde Arnolphe qui, pour prévenir toute infidélité de sa future femme, la soumet à une intolérable captivité, en vient à s'imaginer qu il est un grand réformateur, et prend le ton d'un pédagogue triomphant, pour affirmer que la femme est « une cire molle » '. Ici comme ailleurs on fait voir au spectateur qu'un être aussi étrange agit, comme un somnambule, sans se rendre aucun compte des conséquences de ses actions. L'auteur étale ainsi le spectacle de la folie humaine, des déviations étranges et des pompeuses extravagances, qui sont le cortège inévitable de la folie.

Sans doute il y a ici quelque peu d'abstraction. Donner à un pencliant une domination complète et faire de l'intelligence sa très humble servante, c'est détruire la complexité organique de l'être humain. Pourtant ce n'est pas porter un jugement exact sur cette manière de mettre en lumière le côté plaisant d'une déviation morale, que de la qualifier d'abstraite. Le mécanisme, tout simplifié qu'il est, vit encore dans un certain sens : on pourrait dire que l'esprit de l'homme mûr est rabaissé au même niveau que celui de l'enfant. Il y a en effet quelque chose qui fait penser à un moment d'accalmie chez un enfant d'un caractère emporté dans les questions d'Harpagon demandant à son cocher ce que les gens disent de lui. Ce qui ressemble de façon encore plus frappante à un enfantillage, c'est la naïveté de M. Jourdain étalant à sa femme et à sa servante la supériorité qu'il vient d'acquérir en découvrant la signification du mot de « prose ».

On peut ajouter que l'auteur échappe encore à la rigidité de l'abstraction par le développement de la déviation môme. Tant que l'on voit grandir les choses, on les trouve vivantes. L'ambi-

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