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Acte III. se. III

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tion ridicule de M. Jourdain lui donne, par son épanouissement même, une certaine plénitude de vie. Cette vie peut se développer tout entière dans un même sens, et, par comparaison avec la vie de l'homme normal, nous rappeler la raideur d'une machine ; cependant c'est encore un organisme détraqué qui agit, et non un mécanisme^.

Il est à noter aussi que ces caractères, bien qu'ils ressemblent à des déformations morbides du type normal, n'atteignent pas véritablement le niveau de la folie. Sans doute M. Jourdain, dans les scènes de la cérémonie finale, approche de la limite qui sépare la raison de l'insanité ' ; mais le poète comique a grand soin de retenir son personnage hétéroclite en deçà de cette limite.

Souvent, au dénouement de ce genre de comédie, l'action arrive à un point culminant où la sottise du personnage comique devient si énorme et si débordante quelle entraîne les spectateurs avec elle dans un tourbillon de gaité folle. La mystification finale dont M. Jourdain est la dupe en est un exemple. Molière connaissait trop bien son art, était un homme trop sensé, pour essayer en aucun cas de dépasser les bornes d'une (^ justice poétique», en donnant à la sociélé, dans la lutte qu'elle soutient contre une perversion profonde et obstinée de la nature humaine, une autre victoire que celle du rire. Le malheureux Alceste n'a plus qu'à fuir au désert sans sa Célimène, au milieu de l'hilarité des spectateurs. Sans doute Arnolphe et Sganarelle voient leurs plans déjoués, et sont trompés dans leurs espérances ; Tartufife est démasqué et se trouve en fort mauvaise posture ; cependant rien ne prouve chez l'auteur une intention générale de punir. Orgon, quoiqu'il faille pour le guérir de son pieux aveuglement une médication héroïque, n'est pas plus sévèrement puni que M. Jourdain, pour avoir sacrifié sa famille aux intérêts et à l'autorité d'un étranger. Harpagon même, cette incarnation d'un vice odieux, ne se voit rien infliger qui mérite d'être appelé un châtiment.

1. M. Henri Bergson {op. cit.. chap. in) me parait pousser un peu trop loin son idée d'une certaine raideur mécanique dans les caractères de Molière, bien qu'il en tire un bon parti.

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