Wif. and Humour, p
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conscience de l'amusement qu'ils procurent, tel le Joyeux Chevalier Falstafl", ou rester tout à fait inconscients du pouvoir qu'ils possèdent de provoquer le rire. Une partie importante de ces peintures amusantes consiste à mettre en lumière les traits originaux et bizarres, non seulement des individus, mais des classes et même des races.
Outre cette présentation objective des aspects humoristiques du caractère et de ses rapports, lécrivain peut augmenter l'elfet en faisant entendre de temps à autre, en guise d'accompagnement, des notes de réflexion fantasque, et en introduisant ainsi un élément d'humour subjectif. L'idée que ce genre de réflexion est déplacé dans l'art narratif paraîtra étrange à celui qui connaît l'histoire de la littérature. Si les commentaires du chœur en présence des événements étaient à leur place dans le drame Grec et de même, dans le drame Shakespearien, les réflexions plus profondes encore exprimées par certains personnages au cours de l'action qui se déroule devant eux, de telles réflexions ne sauraient être bannies d'un récit en prose. Quelques-uns de nos meilleurs romanciers, Fielding, Thackeray et George Eliot entre autres, emploient très heureusement ces réflexions qui accompagnent le récit. Dans les meilleurs ouvrages du dernier de ces écrivains nous trouvons quelque chose de cet art, où excellait Shakespeare, d'ajouter à l'action une observation pénétrante qui favorise, loin de la troubler, la disposition nécessaire pour bien apprécier les événements.
Dans les écrits des grands humoristes, de Rabelais, de Cervantes, et, à une certaine distance derrière eux, de Sterne, il semble que nous trouvions, dans le sujet et dans la manière de le traiter, une ampleur qui s'adresse directement à la réflexion aussi bien qu'à la perception. Il vous faut connaître le moyen âge, que l'auteur repousse si joyeusement du pied, avant de vous intéresser tant soit peu à Gargantua; il faut que vous considériez Don Quichotte et son écuyer, non pas comme deux individus, ni même comme deux types de caractère, mais comme des incarnations de deux niveaux de culture bien éloignés l'un de l'autre ; je dirai plus, de deux manières différentes de voir les choses de ce monde, avant de sentir tout ce qu'il y a de piquant et de profond dans leur juxtaposition. Il en est de même du
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contraste si marqué entre M. Shandy et son frère le capitaine. 11 n'est pas nécessaire que l'auteur s'interrompe pour réfléchir : les proportions du sujet, la largeur avec laquelle il est traité, la richesse des idées exprimées, nous obligent à la rétlexion. Le rire qui nait quand on perçoit l'opposition complète entre les organismes mentaux et moraux ainsi juxtaposés et liés, est tout saturé de réflexion. Il y a plus : chacun de ces caractères opposés est si vrai, si aimable, si estimable même, avec son tempérament et sa manière de voir si bien marqués, que nos sympathies vont vers tous les deux à la fois. Ainsi nous laissons bien loin derrière nous la simple perception des choses présentes et le point de vue relatif de la comédie ; nous nous élevons presque à la hauteur du penseur qui embrasse tous les points de vue particuliers, et qui finit cependant par rire d'un rire qui lui est propre. Lorsque, comme dans les Siebenkds de Jean Paul et mieux encore dans le Sartor Resartus de Carlyle, le contraste semble engager la 'grande bataille qui se livre dans l'expérience humaine entre le sentiment et la réalité prosaïque, entre l'idéalisme et les instincts terre à terre de la vie pratique, nous nous tenons en vérité sur la frontière oîi se rencontrent l'humour de la fiction et celui de la philosophie.
L'humour a sa place, et là encore elle a son importance, dans les Essais et les autres genres littéraires qui ont affaire directement à la réalité, et qui sont moins des productions de l'imagination que de la pensée. Là le contraste entre le sérieux et le plaisant se montre dans le passage d'un genre de réflexion parfaitement grave à un genre humoristique. On peut, ici encore, observer des différences de ton marquées. La remarque humoristique peut n'être qu'une diversion momentanée de l'attention, un coup d'œil enjoué lancé de côté au cours d'une argumentation sérieuse. Dans quelques écrits, ceux de Sir Thomas Browne et de Lamb par exemple, on ne peut pas dire que l'élément humoristique figure sous forme de digressions ou même d interruptions momentanées, car il est fondu et presque invisible dans le sérieux de l'argumentation ^ Chez des écrivains plus récents, dont quelques-uns vivent encore,
1. Voyez rintroductiua aux Esnays of Elia par le Chanoine Ainger, p. 8.
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nous avons aussi des exemples admirables de récits historiques et d'études critiques où brillent çà et là, douces comme celles du ver luisant, les lueurs discrètes de l'humour. En d'autres cas le caractère humoristique est si marqué qu'il modifie la teinte générale, ainsi que dans les Traveh in Africa de Miss Kingley. Un Essai, enfin, peut être dans son ensemble un jeu d'esprit où le plaisant semble prédominer, tandis que le ton est d'un bout à l'autre celui d'une argumentation grave ; ou bien, plus subtilement ouvré, comme cela se voit parfois chez Charles Lamb, il donne l'idée d'un sandwich où l'on trouve le plaisant entre une apparence de sérieux par-dessus et un sens véritablement sérieux par-dessous. La fusion des tons laisse beaucoup à désirer chez nombre d'écrivains que le public regarde comme de parfaits humoristes. Une simple interruption de la pensée sérieuse par une sorte d'a-parte enjoué ne prouve pas qu'on possède le don de l'humour, qui est, dans son essence, le pouvoir de jouer sur des tons non seulement différents mais d'ordinaire opposés, avec assez d'art pour éviter tout choc et toute impression de discontinuité.