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opposition radicale et que jamais les deux équipes qui se tournent le dos ne se rencontreront ? On est tenté de le croire, on l’a longtemps cru, témoin les dissertations plus ou moins méprisantes des premiers commentateurs du Code civil — qui se seraient certainement qualifiés de sociologues si le mot, à leur époque, avait connu la même fortune qu'aujourd'hui — sur le rôle de la jurisprudence. Toulier, dans la préface placée en tête de sa Théorie du Code civil, s'exprime ainsi : « Quant à la jurisprudence des arrêts qui est la science relative du droit, c’est-à-dire la science dans ses rapports avec les caprices des faits et dont je ne saurais trop blâmer la complaisante intervention dans les œuvres théoriques, elle peut fort bien être soumise à une analyse raisonnée; sous cette multiplicité d'opinions contradictoires, l’on peut trouver : sinon un système, au moins une tendance; sinon des vérités combinées, au moins une moralité, une sorte d'harmonie. » 6),
Cependant, à mesure que l’on s'éloigne de la date de la promulgation du Code civil, on constate un revirement dans cette opinion; la jurisprudence s’est vu attribuer un rôle théorique de plus en plus grand qui, pour certains, est devenu total.
Comment expliquer cette réhabilitation ? Nous empruntons à MM. Colin et Capitant les quelques lignes qui suivent : « On a beaucoup exalté le rôle de la jurisprudence; on a fondé sur son action de grandes espérances. Cette sorte d'engouement, très visible chez nombre de jurisconsultes contemporains, tient à des causes diverses et complexes. D'abord les éloges décernés à l’œuvre des tribunaux ont fait, en quelque manière, la critique de celle
(3) Toulier, cité par M. Bonnecase, dans Supplément au Traité théorique et pratique de Droit civil, par Baudry-Lacantinerie, t. I, p. 217.