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les éléments étudiés les effets semblables, jusqu'aux principes qui supposent une relation très générale à laquelle se subordonne un nombre considérable de concepts, en passant par les théories juridiques qui attribuent à un ensemble une nature générale et des rapports déterminés.
Cependant, il convient d'ajouter que les concepts sur lesquels s’appuie la méthode traditionnelle sont de deux sortes : les uns sont fournis par les textes légaux, les autres apportés par l’interprète lui-même. Par cette contribution certainement involontaire de sa part, l'interprète se substitue dans une certaine mesure au législateur et aboutit ainsi au résultat qu'il veut éviter. Si bien que chaque théorie juridique, à côté de la part qui revient au législateur, porte en elle la marque de son auteur : sur une matière donnée, il peut y avoir autant de théories qu'il y a de tempéraments individuels.
Mais quel que soit le côté d’où viennent les concepts, tout se passe comme si les exégètes étaient les partisans convaincus de l’innéisme le plus absolu, le plus universel. En effet, alors que dans les sciences de la nature les hypothèses ne sont qu’une étape de la méthode scientifique, des anticipations destinées à devenir une loi ou à être abandonnées selon les résultats de l’expérience, dans les hypothèses juridiques échafaudées par l’Ecole de l’Exégèse, une telle attitude, capitale pour caractériser l’esprit scientifique, n'existe pas. L’induction « exégétique », prenant son départ dans les concepts, ne veut, ou plutôt ne peut aller en deçà; le postulat fondamental s’y oppose. Dès lors, le concept, qui n’est pas un fait, mais une opération psychologique, le résumé d’une quantité d’expériences perceptives, prend une valeur objective, devient une réalité, une entité au même titre que les faits qu'il
représente. Le symbole ainsi confondu avec la réalité, l'opération inductive, impeccable quant à la forme, reste incertaine quant au fond : elle vaut ce que valent les concepts. Si l’idée représente exactement les propriétés reconnues à des objets, le résultat de l’opération s’avère exact, mais si, au contraire, l’idée s'attache à des propriétés qui n'existent pas ou qui n'existent qu'accidentellement, ou bien encore si elle néglige des propriétés dont la présence est constante, le résultat de l'induction ne peut être que faussé (5).
Le principe ainsi obtenu et considéré comme l’expression de la volonté législative va servir de départ à une opération en sens inverse. Le raisonnement déductif mis à contribution semble être le même que celui appliqué aux textes clairs. Mais, à y bien réfléchir, une légère différence subsiste, qu'il convient de ne pas négliger. Tout d’abord, dans l’hypothèse des textes susceptibles d’une déduction directe, l'interprète ne participe pas, pour ainsi dire, au travail inductif qui précède; dans les constructions juridiques, il en assume seul la responsabilité; avec lui, nous pouvons parcourir les diverses étapes de cette opération logique. Si donc nous considérons maintenant le point de départ de l’opération inductive (le concept), et le point d’arrivée de l'opération inverse (le fait concret), ce dernier ne laisse pas de se présenter comme un élément à certains égards nouveau, comme un élément qui ne figure pas dans la précédente. Dès lors, du point de vue formel, il serait inexact de dire que le raisonnement intervenu soit une déduction purement syllogistique. En effet, si celle-ci nous permet de retrouver le concept à partir du
(25) Voir Th. Ribot, Evolution des idées générales, p. 5, 6, 7, 8; Ruyssen, Essai sur l’évolution psychologique du jugement, p. 144.
Neuyen Huy Man. 7
principe, elle ne peut légitimement justifier le passage de l’idée au fait concret. Il y a, semble-t-il, une opération nouvelle, nous rappelant par certains côtés les déductions mathématiques, dont le cours est constamment rompu par des propositions nouvelles, ce que H. Poincaré appelle le raisonnement par récurrence ou inductions mathématiques (6).
Avec elle, nous sommes en présence, croyons-nous, d’une induction nouvelle, créatrice, sans laquelle l'esprit ne s'explique pas la relation créée. |
Et il est bien évident que cette relation tend à faire coïncider le concept avec la réalité concrète; l'effort à fournir, les difficultés à vaincre, sont en rapport direct avec la valeur objective du concept apprécié au départ de l'induction primitive. En définitive, la méthode de déduction tempérée décrite par M. C. Appleton (1), les différents tempéraments que les partisans les plus farouches de la déduction pure sont obligés d'admettre, traduisent, en termes différents, la « déduction-induction » que nous venons de signaler, ainsi que les efforts tentés en vue de plier les idées aux faits.
(26) H. Poincaré, La science et l'hypothèse, p. 20 et suiv.
(27) C. Appleton, Méthode dans l’enseignement du droit, Revue générale du Droit, Paris, Thorin, 1891.