LE PAUPÉRISME
L'étude de la situation d'un peuple,à un moment donné, se fait d'après des moyennes. Les statistiques comparatives se sont toiyours faites d'après des moyennes. Il n'y a pas possibilité d'agir autrement.
Pourtant, quelques considérations sont nécessaires à ce sujet.
Les changements opérés dans les mœurs^ dans la façon de vivre, d'une époque à une autre, sont assez grands pour qu'on en tienne compte. Autre-
seulement. En 4869, 60 hectolitres. En 1830, il y avait donc diminution sur le xin^^ siècle.
En 1830, le salaire agricole était de 300 francs par as ou S6 hectolitres de froment. En 1856, de 406 franc» ou 17 heioto^ litres seulement.
En Angleterre, de 1760 à 1865, le salaire agricole s*e8t ëleVé de 83 p. c. Le prix de la viande a augmenté de SOC p. c; celui du pain, de 70 p. c; celui du beurre, de 130 p. c; celui de la bière, de 300 p. c; celui du loyer, de 200 p. c.
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fois, les classes riches et les classes moyennes vivaient beaucoup plus simplement, plus sobrement qu*à notre époque. Pour s*en convaincre, un seul fait suffira. On cite un peu partout le détail de ce qui se dépensait à la cour du roi Louis XVI, détail révélé par M°** de Maintenon dans sa correspondance.
Aujourd'hui, .au contraire, le luxe s'est développé d'une façon scandaleuse. La bourgeoisie mène une, vie beaucoup plus luxueuse que ne le faisait la noblesse du siècle passé. Les moyennes fournies par la statistique sont donc au désavantage des ouvriers de notre époque. Cette difiërence, sur la quantité, n'est probablement pas d'une importance très grande, mais nous pensons qu'il était bon de la signaler quand même.
Les statistiques officielles, les seules dans lesquelles on peut avoir confiance, laissent encore beaucoup à désirer en ce qui concerne Thomme, sa manière de vivre, etc.
Partant de là, on rencontre beaucoup de difficultés dans l'étude du paupérisme et des autres questions qui se rattachent à la situation matérielle du peuple.
Le paupérisme a-t-il augmenté?
Examinons cette question :
En 1828, il y avait, en Belgique, 563,565 in-
digents secourus par les bureaux de bienfaisance, ou 1 sur 6.93 habitants;
En 1839, 587,695 indigents, ou 1 sur 7 hab.; 1846, 699,857 — ou 1 sur 6 — 1856, 718,333 — ou 1 sur 6 — 1866(1).
Voilà pour le pays en général. Si nous faisons une comparaison par province, nous voyons qu'en 1828 il y arat, dans la province du Luxembourg, 1 indigent sur 130 habitants, et, dans la province de la Flandre occidentale, 1 sur 61/2 habitants ;
En 1839, 1 sur 71 habitants dans le Luxembourg et 1 sur 5 habitants dans la Flandre occidentale ;
En 1846, dans la première province, 1 sur
(1) Nous avons feuilleté, mais en vain, les derniers documents statistiques sans trouver aucune indication sur le nombre des pauvres secourus par les bureaux de bienfaisance. En retour, nous trouvons que le nombre des entrées aux dépôts de mendicité, de 1840 à 1880, est ainsi fixé :
En 1840 3,739
Le nombre des aliénés indigents, qui était de 3/*73 en 1860 el 4e 4,767 en 1870, était de 6,389 en 1880.
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69 habitants et, dans la dernière, 1 sur 31/2 habitants !
Nos Flandres, autrefois si prospères, sont à la queue de la Belgique, au point de vue du bien-être. On parle beaucoup de Tlrlande, mais nos populations des Flandres belges sont aussi malheureuses que les Irlandais.
Dans une étude spécialement faite par M. Ducpétiaux sur le paupérisme dans les Flandres, nous trouvons le tableau suivant de l'état du paupérisme de 1801 à 1850 :
En 1801, il y avait 10 indigents sur 100 habit. 1818, 10 — —
Si nous prenons la statistique de l'indigence d« la ville de Gand, nous voyons qu'il y avait, en 1801, 14 indigents secourus sur 100 habitants, tandis qu'en 1850 il y en avait 16 par 100 habitants.
M. le docteur Meyne (1), qui a fiait une étude spéciale sur les Flandres, comparées au reste dn
(1) Études d'hygiène publique et sociale.
pays, dit textuellement : Tout fait prèsumeT que le paupérisme augmente.
Un rapport de M. de Watteville sur V administration des bureaux de bien/aisance nous apprend, en 1866, que 9,336 communes de France possèdent un bureau de ce genre ; que la population générale de ces commune* est de 17 millions d'habitants environ ; qu'il y s. un million et demi dHndividus secourus^ ce qui fait une moyenne de 1 indigent sur 12 habitants. La moyenne des secours alloués est d'environ 12 fr. 70 par tête et par an.
Nos recherches sur le paupérisme, en France, nous ont donné les chiffres suivants :
En 1829, 1,329,650 indigents (Villeneuve) ; 1847, 1,586,340 — (Watteville); 1861, 1,495,729 — (Contr.d.financ); 1865, 1,658,627 — (Enc.gén. 1870).
Ce n'est là, assurément, que le nombre d'indigents secourus par les bureaux de bienfaisance. Or, en 1866, comme nous l'avons vu, il n'y avait que 9,336 communes qui étaient pourvues de ces institutions sur plus de 36,000 communes que compte la France.
Le paupérisme, dans la ville de Paris, suit également une marche ascendante :
En 1867, il y avait 120,270 indigents secourus; 1868, — 129,991 —
Ici encore, l'augmentation est constante (1).
L*Angleterre est, par excellence, le pays du paupérisme. Ce pays possède toute une législation relative aux pauvres. C'est le pays le plus riche du continent et c'est celui, en même temps, qui possède le plus de pauvres, tant il est vrai que la richesse et la misère marchent sur une ligne parallèle dans notre organisation sociale.
La statistique du paupérisme anglais, que" nous donnons plus bas, est empruntée au Financial Seform Almanach de 1880.
Voici ces renseignements :
En 1849, il y avait, en Angleterre, 934,419 familles pauvres assistées ;
(1) Lille coinptait,en 188:2, 1 pauvre sur 3 habilants ;
Marseille, — i — 7 —
Bordeaux, — i — 7 —
Lyon, — 1 — le —
Paris, — i — ii —
Les départements manufacturiers, 1 sur 8, et les départements «griooles, 1 sur 44.
En 1859 . . . 860,470
D'après cette statistique, il semblerait que le paupérisme diminue en Angleterre.
En effet, si nous divisons ces chiffres, nous trouvons :
En 1849, 1 famille pauvre sur 19 habitants; 1859, 1 — 22 —
Ce fait, s'il est exact, est unique en son genre (1). En effet, nous ne connaissons pas d'autres pays où la statistique du paupérisme nous apprend qu'il est en décroissance. Le contraire seul est constaté.
Les chiffres sur lesquels nous avons établi no» calculs pour l'Angleterre sont empruntés, comme
(1) En effet, une statistique du paupérisme à Londres non» apprend qu'en 1877 le nombre des pauvres secourus était de :
En 1877 84,649
nous l'avons dit, au Financial Reform Aimanach^ publication qui n'a rien d'officiel, et si nous l'avons citée, c'est parce que nous n'avons pas trouvé de documents publiés récemment par le gouvernement britannique sur cette question cependant si intéressante.
Chose étrange et digne de remarque! si nous consultons la statistique du paupérisme dans tous les pays d'Europe, nous voyons que les nations les plus riches, les plus prospères, sont celles où il y a le plus de malheureux (1).
Notre vieille Europe est donc bien malade !
Depuis un demi-siècle, l'émigration a pris des proportions colossales. Tous ceux qui ne peuvent livre convenablement dans leur pays et qui possèdent quelques ressources s'embarquent pour le Nouveau-Monde. Là, il faut le reconnaître, la
(1) D'ane statistique récemment dressée en Saxe, en vue d» fournir des données certaines à Tassistance publique, il résulte que les villes riches et populeuses ont plus de nécessiteux à secourir que les autres. Ainsi, sur 100 habitants :
Leipzig en entretient .
. . . iO
Freyberg
Meerane. ....
Dresde . . . . .
Chemnitz ....
Aniiabourg ....
Le nombre des assistés, en Saxe, est de 93,67i, soit 3 1/16 p. c. de la population.
situation est meilleure que dans n'importe quelle nation européenne pour ceux qui vivent de salaires. Mais cette situation va avoir un terme ! Le paupérisme fait son apparition aux États-Unis; il grandit, se développe et, dans quelques années, il faut en prendre son parti, il sera menaçant.
M. Henry George, un économiste américain, a publié, il y a quatre ans, un livre d'un grand intérêt, sous le titre : Progrès and Poverty (Progrès et Misère).
< ... Il y a trente ans, dit-il, en Californie, quand la civilisation en était à ses débuts, et qu'il n'y avait ni capital, ni machines, ni routes, ni cités, l'aisance était générale : nul n'était riche, mais il n'y avait pas de pauvres. Les habitations étaient faites de troncs d'arbres, mais le squatter^ par son travail, se procurait de quoi vivre dans l'abondance. Aujourd'hui, San-Francisco est une ville opulente.
» De tous côtés s'élèvent des palais. La mécanique y accomplit ses merveilles et centuple la production. Le capital s'accumule. Mais en même temps que, dans les rues bordées d'hôtels éclairés au gaz, commencent à circuler les splendides équipages, les mendiants apparaissent, et ces barbares, plus dangereux que les Huns et les Vandales, annoncés par Macaulay dans sa lettre
prophétique, se multiplient dans les bas-fonds des grandes villes. A mesure qu'augmente le nombre des millionnaires, celui des pauvres s'accroît. L'accumulation du capital, qui, d'après les économistes, est le seul moyen d'améliorer le sort des classes nécessiteuses, semble avoir, au contraire, pour effet d'engendrer la misère (1). »
Quelles révélations dans ces quelques lignes! Et quand on y réfléchit bien, il ne saurait en être autrement. En effet, c'est un axiome politique que jamais une classe n'est apte à représenter les intérêts d'une classe différente. De même, dans le monde économique, la classe de ceux qui possèdent le capital, et par conséquent la puissance, ne peut s'occuper des intérêts de ceux qui ne possèdent point. Les censitaires font leurs affaires. Ils font des lois dans leur intérêt. Les capitalistes, eux aussi, dans le domaine de la production, font
(l) Voici, résumées, les idées de Henry George :
io A mesure que la produclion de la richesse devient plus grande, la part qui va à la classe ouvrière diminue ;
âo La classe ouvrière crée ses propres salaires à mesure qu'elle les reçoit ; entièrement fausse est donc la doctrine qui dit que les salaires sont lirëH du capital ;
80 La population n^augmente pas plus vite que ne le font les moyens de subsistance ;
40 La misère, en réalité, est causée par ta détention du sol par les individus ;
So La misère sera supprimée par la confiscation du sol par TÉlat.
leurs affaires sans s'occuper du bien-être de ceux qu'ils emploient. Dans le domaine de la politique, pour que tous les intérêts soient représentés, il faut non seulement que tous aient droit de vote, mais encore que ce droit soit exercé de manière à représenter les intérêts du plus grand nombre. Dans le domaine économique, pour que tous bénéficient du progrès de la richesse et de la prospérité publique, il faut que tous aient un droit égal dans le capital social.
Aussi longtemps que la terre et les capitaux appartiendront à une catégorie de personnes, la masse sera esclave. Et sa situation sera de plus en plus mauvaise à mesure que le progrès économique augmentera. Pour qu'elle en profite, il faut que la terre et les capitaux deviennent la propriété de tous et non de quelques-uns.
l'alimentation.
Nous avons vu que le paupérisme grandit un peu partout, que le nombre des pauvres secourus par la bienfaisance publique augmente d'année en année. On peut dire, sans se tromper, que la grande masse des salariés ne gagne pas suffisamment pour vivre convenablement. Si cela
continue, chaque salarié pourra être considéré comme indigent. Cela existe déjà pour les ouvriers de la grande industrie et le deviendra pour les artisans et les métiers jusqu'ici privilégiés.
Examinons maintenant, à un autre point de vue, la question qui nous occupe.
De tous les besoins, c'est encore l'alimentation qui est le plus essentiel. De celle-ci dépend surtout la conservation de la vie humaine. La question est donc de savoir si les consommations moyennes actuelles sont plus fortes, plus abondantes en quantité et en qualité qu'autrefois.
Ici encore les matériaux qui devraient nous renseigner ne sont guère riches. Nous avons trouvé partout un assez grand nombre de faits, puisés aux sources les plus sûres et les plus impartiales ; nous allons voir ce qu'elles nous apprennent.
Nous avons déjà dit que le taux des salaires ne s'est jamais élevé aussi rapidement que le prix des subsistances.
Quelques faits à ce sujet.
M. Chatelanet, dans le Journal de statistique suisse, de 1875, démontre qu'il faut actuellement en Suisse 2,000 francs par an pour vivre sur U même pied qu'il y vingt-cinq ans, alors qu'il n'en fiillait que 1,200.
A Tappui de son dire, M. Chatelanet donne le prix du pain, de la viande, des pommes de terre, du beurre, etc., en 1848-1850 et en 1873.
En 1848, le pain se vendait 19 centimes la livre; en 1873, 23 centimes. La viande, 36 centimes en 1848 et 65 en 1873. Le beurre, 67 centimes en 1848 et 1 fr. 10 en 1873; enfin la mesure de pommes de terre, 82 centimes en 1848 et 1 fr. 20en 1873.
A part le pain, les prix des autres produits ont presque doublé en vingt-cinq ans.
A Hambourg, suivant le docteur Engel, l'augmentation du prix des subsistances a été, de 1840 à 1875 :
Pour le beurre .... 191 p. c.
— le bœuf .... 189
— le lait 184
— les pommes de terre. 182
— le pain .... 20
En Belgique, en France, en Angleterre, dans tous les pays d'Europe,pourrait-on dire, le même fait brutal est observé. Les statistiques officielles que nous avons sous les yeux le prouvent surabondam ment; mais nous ne pouvons citer trop de chiffres.
Aux Etats-Unis, le même .fait est observé.
De 1860 à L^75, les salaires ont été augmentés d'environ 60 p. c. et les subsistances les plus indispensables de 90 p. c.
Il est donc constant que les salaires n^augmentent pas en proportion du prix des subsistances; par conséquent, le bien-être diminue plutôt que d'augmenter.
M. Armand Husson, chef de division à la préfecture de la Seine, a publié, en 1856, sous le titre : Les consommations de Paris, un ouvrage remarquable à plus d*un titre. Les renseignements fournis par ce livre nous semblent très exacts, puisqu'ils ont été pris aux sources les plus sérieuses.
Nous allons voir la marche de la consommation ' de Paris en fait de pain, de viande et de vin.
On consomnïait, par jour et par habitant :
En 1637 540 grammes.
Les calculs de M. Husson s'arrêtent en 1854 et nous avons cherché en vain les éléments pour
poursuivre cette étude de la consommation du pain jusqu'aujourd'hui.
La consommation de la viande a également diminué depuis le siècle dernier. Nous résumons, pour ne pas devoir citer de longues colonnes de chiffres :* ,
A Paris, la consommation moyenne de viande a été, par jour etpar habitant, de :
. . 178 grammes
Ces deux derniers c
îhiffres témoignent lin»
augmentation. Nous ne saurions vérifier ce fait. Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai qu'en acceptant ces derniers chiffres, il y a encore uae diminution relativement à la consommation d« viande au siècle dernier (2).
(1) Annuaire de VEconomie politique et de la Statistique,
(â) Le ministre du commerce vient de rechercher la moyenne
La consommation du vin semble, elle, avoir augmenté. Mais ici il y a plusieurs remarques à faire. Le vin, qui se vend aujourd'hui en détail, est frelaté.. Certains connaisseurs trouvent même qu'un litre de vin, il y a cinquante ans, équivalait en force à ce que valent deux litres aujourd'hui. Voilà une remarque. En voici une autre. Tous les hommes de science sont d'accord pour dire que les masses ouvrières, mal nourries, cherchent
de la consommation annuelle des aliments usuels par habitant et pour les principales villes de France.
Voici les résultats que nous révèle la statistiqu* :
▼lAWDI PÀI9 VIN FBAlCHK
Kil. Litres Kil.
Paris 104 224 «0
Lyon 175 230 71
Marseille 241 186 b'S
Bordeaux 168 2i0 (55
Lille 219 25 49
liantes 267 164 46
Toulouse 177 176 51»
Rouet 183' 49 «1
Ainsi, Paris est la vilfe oti, or. iiiuycnne, l'habitant mange It plus de viande fraîche et le moins de pain.
Lyon est la ville où Thabitant boit le plus de vm.
A Rouen et à LilU, Thabitant boit le moins de vis. Ce qui s'explique par Tabsence des vignobles et l'usage; à R«uen, fin <idre, et de la bière à Lille.
À Lille, la moyenn« de la consommation annuelle de la bière €81 de 213 litres, et à Rouen, la moyenne de la consommalioi) in cidre est de 124 liires par an.
dans les akools le stimulant nécessaire au travail que la nourriture ne leur donne pas. L'ouvrier de nos jours, mangeant moins de pain et surtout moins de viande qu'autrefois, cherche dans les boissons alcooliques les forces qui lui font défaut par le manque de nourriture. Faut-il s'étonner, alors, de Taccroissement considérable de la consommation des boissons alcooliques constaté un peu partout? Hélas! non. C'est là une preuve vivante de l'insuffisance de la nourriture des classes ouvrières. Et les gouvernants bourgeois^ toujours bêtes ou infâmes, ne voient qu'un remède à opposer à ce qu'ils appellent, à bon droit, le fléau de l'alcoolisme, c'est d'imposer lourdement les boissons spiritueuses, ce qui n'empêche pas l'accroissement de la consommation, au contraire, mais agit sur la falsification des alcools.
D'après les documents officiels, la consommation des alcools, qui était en 1830, pour la Belgique, de 18 millions de litres, atteint aujourd'hui le chiffre énorme de 60 millions de litres! En 1840, iJ y avait, en moyenne, un cabaret sur 90 habitants; aujourd'hui, il y a, en moyenne, 1 cabaret pour 49 habitants. Si on ne compte que la population mâle, âgée de plus de 21 ans, on trouve 1 cabaret pour 12 Belges.
Dans quelques centres industriels, il y a telle
localité ok le nombre des débits de boissons est de 1 pour 6 ou 7 individus. C'est là un témoignage indirect de la condition précaire du travailleur, de la dureté de sa vie, de son épuisement. S'il va au cabaret, c'est uniquement pour se soustraire artificiellement aux fatigues et au manque d'une nourriture réconfortante.
La consommation de vin, à Paris, par an et
par habitant, a été de :
. . 121 litres
. lit
Ié31 à 1840. . ' .
Voilà les chiffres fournis par M. Husson.
Si maintenant nous recherchons, dans VAnmaire de V Economie politique et de la statistique, la consommation depuis 1854, nous trouvons, par habitemt :
En 1861 . .
. . 134 litres.
Cette augmentation, dans les trente dernièrei*
années, nous paraît extraordin^irement exagérée. Les renseignements de M. Husson nous semblent plus sérieux, plus dignes de foi que ceux de VAîimiaire.
Si nous cherchons quelle est Içi dépense moyenne faite annuellement en argent pour sa nourriture par le Parisien, comparée àcette dépense enl788, nous trouvons qu'elle est aujourd'hui de 378fr.96 sur 212 fr. 53 en 1788.
Voici ce tableau, il est assez intéressant :
Dépense moyenne en argent par habitant.