‹ Essai sur le salaireChapitre 14 sur 23 · SU · texte numérisé non relu

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Pain •. fr. 34.33 62.05

Viande 67. KO 77.2-2

Vin .54.17 78.63

Bièjvel cidre 2 20 ^.Sn

Kîiu-dc-vie 4 » 14 28

Poisson 10.17 14 »

«eurre 8.83 33.53

Fromage 4 » 6.95

OEufs 5.83 8.61

Fruits eli<^giimes . . . 20.83 86.71

Vinaigre ....'.. 0.67 0.63

Total. . . fr. 212.53 378.96

Le chiffre de 86.71, dépensé pour légumes et fruits en 1854, nous semble exagéré de beaucoup. Il a frappé M. Husson lui-même, qui donne cette statistique dans le livre cité ci-dessus.

Si on jette un coup d'œil rapide sur ces deux colonnes de chiffres, on remarque que la consommation-argent a doublé en pain, tandis qu'elle n'a augmente que de 20 p. c. en vin. En eau-de-vie, elle a presque quadruplé.

Le prix du beurre, de la viande, du lait et des pommes de terre ayant augmenté, de 1788 à 1854, d'au moins 150 p. c, il faudrait que la somme dépensée annuellement par habitant, à Paris, fût de 531 fr. 32 pour représenter la même somme de subsistance qu'en 1788, et elle n'est que de 378 fr. 96, soit une diminution de 25 p. c.

Voici encore un fait à l'appui de notre thèse : Dans le . rapport fait à l'Assemblée nationale en 1791, au nom du comité de l'imposition,* M. de La Rochefoucauld dit qu'à Paris la journée d'un simple manœuvre vaut de 30 à 40 sous et, dans la plupart des autres départements, de 15 à, 20 sdus; dans plusieurs d'entre eux, de 10 à 15sous. Il ajoutait qu'à Lyon le prix de la journée étaitde20à3Dspus(l).

Prenons 25 sous en moyenne, et nous verrons qu'à raison de'S sous la livre de viande, le salaire journalier équivalait, à la fin du siècle dernier, à 5 livres. Aujourd'hui, la livre de viande se vend.

(t) ProcèS'Verbaux de F Assemblée nat'.onale.

en moyenne, lfr.20,soit, pour 5 livres, Q francs^ Or, il y a peu de salaires de 6 francs en France. La moyenne, au contraire, atteint à peine 4francs.

Pour ce qui concerne la Belgique, écoutons un conservateur, un médecin hygiéniste de grande valeur, M. le docteur Meyne :

« On aime à répéter, dit-il, dans certaines régions, que les classes inférieures jouissent aujourd'hui àe plus de bien-être qu'anciennement. Cette assertion est trop générale, — nous le verrons plus loin, — mais elle est radicalement fausse quant au besoin le plus indispensable de la vie : la nourriture. Le prolétaire tout à fait pauvre a sans doute vécu de tout temps au mUieu de privations incompatibles avec la rigueur, physique, mais la grande majorité des artisans, et même les petits bourgeois, avaient naguère une nourriture bien supérieure à celle de nos jours.

» Certes, nous ne voyons plus ces terribles famines des siècles antérieurs; il y a une amélioration évidente dans le sort de quelques classes d'ouvriers. Il y a même un progrès général dans certains besoins de la vie, tel qu^ le vêtement; mais en ce qui concerne la nourriture, le recul est incontestable. Tous les hommes d'un certain âge, en faisant* un retour sur le passé, seront de cet avis.

» Il n'est d'srtlleurs pas difficile d'expliquer ce triste résultat ; les causes en sont manifestes.

» C'est d'abord le grand. fait économique de la baisse trop rapide de la valeur des métaux et des monnaies, baisse qui n'est pas suffisamment compensée, chez nous, par Téchelle des salaires, comme nous le verrons. L'argent ne valant plus (jiiela moitié, tout coîîte le double (1). »

Quoi que l'on dise, il est acquis aujourd'hui «lue la consommation moyenne de la classe des salariés n'atteint pas ce qui est exigé par l'hygiène. Il y a insuffisance d'alimentation, cela est indiscutable.

Divers auteurs estiment à 324 kilogrammes d'aliments secs la ration annuelle exigée par l'hygiène (c'est celle du soldat). Or, elle n'est en France que de 220 kilogrammes. En déduisant 20 p. c. pour les enfants de moins de cinq ans, on arrive au chiffre maximum de 230 kilogrammes, soit un déficit de 90 à 95 kilogrammes par individu .

Fait triste à constater, c'est que, dans tous les pays d'Europe, l'alimentation de la classe ouvrière n'atteint pas celle du soldat. Partout, .les soldats sont mieux nourris que les

(^) Livre citë,page8 57 et 58.

ouvriers (1). Ceux-ci ont pourtant un- dur labeur à supporter relativement à ceux-là. Et, en Belgique, il est constaté officiellement que la ration du prisonnier est plus substantielle que celle de nos travailleurs en général !

Après cela, est-il nécessaire de conclure?

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