‹ Essai sur le salaireChapitre 19 sur 23 · COMPAGNIES HOUILLÈRES · texte numérisé non relu

COMPAGNIES HOUILLÈRES

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Sociétés. ... . . Auionrdnui

démissioîf.

Vicoigncs-Nord. . . 4,000 I9",000

Maries 500 17,000

Courrières 300 27,000

Les salaires n'ont pas eu la moindre part de celle augmentation de richesses, au contraire.

tion commence à changer. Ces terres ne sont plus aussi facilement accessibles à tous. Les salaires commencent à diminuer, et dans un temps plus ou moins rapproché, les Etats-Unis ne seront plus un pays de salaires et de profits élevés.

« La baisse des profits, dit-on encore, entraîne la baisse des salaires en diminuant la demande de travail, p

L'erreur, ici, est encore grande. En effet, de quoi se compose le profit? Le profit, on le sait, c'est la difierence entre le prix de revient d'un produit et son prix de vente.

Le prix d'un produit se compose de la matière première et de la main-d'œuvre. Nous ne parlons pas des frais généraux qui n'y entrent, dans la plupart des cas, que pour une partie très minime. Or, le producteur des matières premières domine en quelque sorte l'industriel; ces matières premières ont un prix donné, presque toujours réglé par le marché. L'industriel peut réduire ses frais généraux, mais n'arrive presque jamais à réduire le prix des matières premières. Reste donc les salaires.

Le profit se réalise essentiellement sur le prix de la main-d'œuvre, sur le salaire. Le caractère essentiel du profit, comme le démontre très bien Dupont-White, résulte de ce que le capitaliste.

l'industriel, ne peut guère bénéficier sur le consommateur qui lui échappe^s'il vend plus cher que ses concurrents, ni sur les matières premières qui ont un prix donné, tandis que le salaire est l'élément de gain le plus maniable et bien souvent le plus désarmé. La baisse des profits, en ôtant une part de puissance au capital, est donc plutôt favorable aux salariés.

Il n'y a que deux cas où les salaires et les profits ont une destinée commune. Quand la production a été excessive, par exemple, et que la vente des produits se fait lentement et désavantageusement, les salaires et les profits souffrent ensemble. Quand, au contraire, la production peut être activée grâce à des débouchés extérieurs, les profits haussent et les salaires aussi, et ainsi le travail et le capital triomphent ensemble. Malheureusement, ce dernier cas devient de plus en plus rare.

Le rapport des salaires et des profits est hostile, car le taux des profits est en raison inverse des salaires ; les profits baissent quand les salaires montent, et s'élèvent généralement quand les salaires descendent. De là un effort permanent du capital, soit pour obtenir un bénéfice en réduisant le prix du travail, soit pour éviter une perte en résistant à son élévation.

Théoriquement, le capital peut extraire du profit de plusieurs éléments; mais, de fait et d'ordinaire, il ne s'en prend qu'au salaire, car c'est le plus facile à manier, surtout quand les salariés ne sont pas organisés solidement pour résister aux tentatives capitalistes.

« La hausse des profits, dit Ricardo, résulte uniquement de la baisse des salaires. »

Les profits énormes réalisés dans l'industrie charbonnière, il y a une dizaine d'années, sont dus, à n'en pas douter, à ce fait que le taux des salaires ne s'est pas élevé en proportion du prix de vente de la houille. La différence du prix de revient au prix de vente, c'est le profit; comme cette différence était grande, le profit a été élevé. Depuis lors, les profits ont baissé et les salaires aussi, comme le prix de vente du charbon ; mais les salaires auraient baissé beaucoup plus si les capitalistes avaient osé le faire. Ils ne l'ont pas fait, parce que, d'abord, ils craignent les troubles que de trop grandes diminutions de salaire pourraient causer et, ensuite, ils ont peur de voir leurs ouvriers émigrer en France, qu'ils auraient de la peine à retrouver lorsque les affaires reprendraient.

Qu'on ne s'y trompe point, le rapport du salaire et du profit, autrement dit entre l'ouvrier et le

capitaliste, est un rapport hostile, antipathique. Que faut-il croire, en présence des faits qui se passent chaque jour, de ceux qui disent aux ouvriers :

« Aime ton patron,, car ses intérêts bien entendus s'accordent avec les tiens; aide-le à accroître et à conserver son capital, instrument de bien-être et de liberté, source du salaire (1); réjouis-toi de la propagation des machines, qui t'affranchissent des travaux les plus rudes, car elles profitent même à ceux qui n'en ont pas(2). »

Il en coûte, on le sait, de croire à ces luttes, à cette hostilité. Mais on oublie trop de quel passé nous sommes issus.

Dans son beau livre sur les Relations du ira- Duil et du capital, Dupont White, trop peu connu, dit avec raison :

« La richesse antique se composait de vols faits à la liberté; la richesse monarchique et féodale, de vols faits à la propriété.

» Eh bien ! ce passé nous importune et nous poursuit parmi les conquêtes de la raison moderne. On n'abjure pas en un jour, ni même en une nuit, fut-ce celle du 4 août, des préjugés séculaires,

(1) Ce n'est pas le capital qni p«ie le saluirc, c'est le produit. (l'j Le Hardy dk I>eaulieu. le Salaire.

des traditions invétérées. On veut les détruire, on ne réussit qu'à les mitiger. D'un reptile attaqué avec la hache, il reste et il se débat quelque temps des tronçons pleins de vie; tel est le débris, telle est la queue des temps passés qui leur a survécu sous forme d'attentats aux salaires. »

Cette guerre entre les travailleurs et les capitalistes revêt chaque jour un caractère plus acharné. Elle est inhérente à l'organisation actuelle du travail et ne disparaîtra que le jour où le capital et le travail seront réunis dans les mêmes mains.

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