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CHAPITRE PREMIER Considérations générales

Ler socialisme, comme doctrine du bien-être pour tous, a cessé d'être une utopie. Les rêves généreux n'ont plus. rien à voir ici, c'est à la science qu'il faut avoir recours.

Le bien-être est avant tout une question matérielle, une question de nourriture.

Les économistes, ont surtout étudié, jusqu'à présent, les questions relatives à la production des richesses. La science économique a, en quelque sorte, dit son dernier mot sur ce côté de la question. Mais ce qui a été négligé, c'est la question de la répartition, d'une répartition équitable des richesses produites par le travail.

La plupart des économistes ont soutenu aussi que les problèmes économiques devaient être eonsidérés comme une chose constante, immuable. Ils en ont déduit que les choses décrites par eux M sont toujours passées ainsi et qu'elles se passemnt toujours de même.

C'est grâce aux écoles socialistes que cette théorie du statu quo est considérée aujourd'hui comme fausse. Les socialistes, en- recherchant dans le passé les formes de répartition des richesses, ont pu .montrer que les formes anciennes étaient toutes autres que les présentes, et ils ont conclu que d'autres 'formes verront le jour dans la suite.

Mais pour arriver à ces changements sociaux, à ces nouveaux arrangements dans la feçon de répartir équitablement les fruits du travail, il faut que les individus qui y sont intéressés s'en occupent .

€ Les peuples, a-t-on dit, n'ont que les gouvernements qu'ils méritent. » On peut dire également que les peuples ii'ont que les institutions économiques ou sociales dont ils sont dignes.

Certes,les' peuples, aujourd'hui, sont ce que les ont faits les gouvernants qui, jusqu'à présent, ont eu intérêt à les tenir dans l'ignorance. Ils n'ont pas encore conscience de leur force, de Heur puissance ; ils ne se connaissent pas encore.

JjCS guerres fratricides, les misères sans nom, les persécutions du despotisme militaire et industi*iel auraient-elles lieu si le peuple avait conscience de sejs intérêts et s'il ne sacrifiait pas à l'ignoranet •t aux préjugés?

Non, n'est-ce pas ?

. La lumièrç^ heureusement, se fait jour, et peu à peu la conscience humaine se forme et apprend à se connaître. . . '

Les miracles ne sont plus de ce monde, pas plus dans le domaine de la société que dans celui de la religion.

l)u jour où l'espèce humaine comprendra mieux ses intérêts.où elle se fera une idée plus claire des institutions existantes, des ' améliorations, des changements pourront être apportés dans Tordre actuel. . .

Les réformes s'enchaînent. L'une amène natu- Tellement l'autre. Quand une idée est mûre, il feut qu'elle prenne corps et qu'elle ait sa placq au soleil. S'il y a des résistances, la force en a raison, •t cette force alors est légitime.

Quand on dit que « le milieu fait l'homme > , on a raison. Mais on n'a pas tort de dire aussi que l'homme a une influence -sur le milieu existant, et qu'il peut y amener des changements plus ou moins considérables.

.L'abolition de l'esclavage en Amérique a coûté plusieurs milliards de francs et un grand nombre de vies humaines (1). Q'étaitlàun grand acte.

(1) La guerre pour Tabolilion de Tesclavage a coûte 4 milliards tt demi de dollars, soit environ 25 milliards de francs, et 500,C0d Vies humaines.(V. VAmérique actuelle^ 1870,par M. E. Jonveauz.)

Mais voyez Tombre à ce tableau : les esclaves, devenus libres,ne sachant que faire de leur liberté, se jetèrent dé nouveau dans les bras de leurs maîtres!

Tout changement dans les institutions apporte avec lui, il est vrai, une perturbation passagère. Mais l'exemple de rAméric[ue doit faire réfléchir ceux qui rêvent de bouleverser un ordre de choses existant au bénéfice d'un autre ordre pour lequel les hommes ne seraientpasjsufBsamment préparés.

On doit toujours se demander ce qui est immédiatement réalisable, et alors faire l'impossible pour hâter l'application de ces réformes.

Jetez des semences sur un rocher, vous ne récolterez rien : le vent emportera vos semences et vous aurez semé en vain.

Il en est de même des réformes pour lesquelles un peuple n'est point préparé.

Bien souvent des réformes prématurées tournent contre ceux qu'elles veulent aider,T- nous parlons ici des réformes économiques, les autres n'ayant pas une influence considérable sur la situation dW peuple. Dans ce cas, elles sont un. argument, sinon un instrument, ehtr^ les mains de ceux fui ne veulent d'aucune réforme.

Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont.

Donner un couteau à un enfant, des droits poli-

tiques aux sauvages, est dangereux pour les premiers et inutilç, ridicule pour les seconds.

Accordez aux ouvriers naineurs, par exemple, -r- je parie de ceux de notre pays, — 'la propriété des mines, et vous verrez quel usage ils en pourront faire par eux-mêmes.

Il faut commencer par le commencement.

Faites Téducation, l'éducation économique surtout, des travailleurs, et peu à peu ils prendront une place de plus en plus grande dans la société, jusqu'au jour où ils pourront voler de leurs propres ailes.

Cela ne veut évidemment pas dire qu'il faut rester toujours terre à terre ; qu'il faut négliger d'aborder les problèmes qui ne sont pas immédiatement réalisables. Au contraire. Toutes les idées doivent se feire jour. Toutes méritent d'attirer l'attention : l'utopie d'aigourd'hui est souvent la réalité de demain.

Malheur à ceux qui ne voient* pas au delà de ce qui se passe sous leurs yeux !

La recherche du bien-être pour tous doit être le but suprême des vrais amis de la justice et de l'humanité.

Si nous faisons valoir les considérations cidessus, c'est que nous avons conscience de la grandeur de la tâche à accomplir et que l'étude des

questions économiques, doit primer toutes les autres chez les socialistes.

Ces études, loin de nous décourager, nous montreront, au contraire, combien nos espérances sont sérieuses et réalisables. •

Nous commencerons par Tétude du salaire et nous verrons que la forme salaire est relativement nouvelle et qu'elle tend déjà à faire place à une autre forme de rémunération du travail plus conforme à notre idéal de justice et de solidarité.

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