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CHAPITRE JI lie salaire ; son t^aractère historique

Qu'est-ce que le salaire?

•C'est le mode actuel de rémunération An travail adopté par les chefs d'industrie.

Le travail n'eist pas une marchandise. Il faut donc considérer le travailleur comme un êtr« humain, ayant besoin de vivre convenablement ^t de se développer.

. Le salaire doit donc représenter ces conditions. ■Or, pour cela, que faut-il?

Un économiste bourgeois, M. Joseph Garnier, a résumé les conditions qui lui semblent néces- «aires pour que le salaire payé à l'ouvrier soit cê qu'il doit être, et voici, selon lui, quelles sont les conditions que le salaire doit comprendre ppur être suffisant :

€ 1** Celqu'il faut pour vivre dans le milieu où l'ouvrier se trouve et veut rester, sans monter ni descendre dans l'échelle sociale ; *

' » 2** L'entretien et le renouvellement dé ses outils ;

» 3* L'amortissement du capital employé par ses parents, avec lequel il peut alimenter son enfant qui le remplacera un jour dans la société, en admettant, par hypothèse, que sa compagne se suffise à elle-même; .

> 4° Le déchet de sa vieillesse, c'est-à-dire de quoi parfaire à ses besoins au fur et à mesure que rage engourdira ses membres, et de quoi les satisfaire en entier, le jour où il jsera oblige de cesser le travail ;

» 5** Un produit net de son travail, avec lequel il augmentera sa famille ou son bien»-être, avec lequel il soutiendra sa mère ou son vieux père, avec lequel il fera la charité à ses semblables, avec lequel il montera dans l'échelle sociale, etc. (1). »

Le salaire ainsi déterminé nous semble assez complet, surtout venant de la part d'un économiste bourgeois. Et, disons-le bien vite, combien peu de salaires remplissent toutes ces conditions qui, pourtant, sont reconnues indispensables!

Le salaire actuel représente-t-il, en général, de quoi vivre à l'ouvrier? Non.

(1) i. Garmier, Éléments d'économie politique.

Le salaire permet-il à l'ouvrier de nourrir sa yieille mère ou son vieux père? Non encore.

Le salaire est-il assez élevé pour permettre à celui qui le reçoit de faire des économies pour vivre tranquille alors que ses forces ne lui permettent plus (Je travailler? Non toujours !

Les maladies et les chômages ont-ils une part d'assurances dans le salaire moyen actuel? Pas plus que les autres conditions énumérées cidessus.

Et voilà pourtant un minimum reconnu nécessaire par un homme qui n'est point socialiste!

Après avoir vu ce qu'est le salaire : la rémunération actuelle du travail, voyons maintenant comment cette rémunération, ou récompense du travail, se faisait dans le passé.

Dans l'état primitif des sociétés, alors que les terres n'étaient pas encore appropriées individuellement et qu'il n'existait point d'accumulation personnelle de capitaux, le produit tout entier appartenait au travailleur. Dans cet état, il n'y . avait pas de propriétaire ; par conséquent, pas de rente. Il n'y avait pa^ non plus de maîtres ou patrons, et, par suite, pas de profit ou bénéfice.

Aussi longtemps que cet état continua, le travailleur reçut donc l'intégralité du produit de son travail. Et si cet état eût persisté, c'est-

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à-dire si les terres et les capitaux,' au lieu de devenir des choses propres à des individus, avaient continué à appartenir à Tensemble des habitants^ la part du travailleur, pu son salaire, aurait augmenté à mesure que ses facultés productives se seraient accrues.

L'invention des machines, ainsi, que toutes le» découvertes qui ont été faites dans le but d'augmenter la puissance productive des hommes, auraient profité à tous dans cçt état- social, au lieu d'être, ^comme aujourd'hui, une force entre les mains des capitalistes, force, qu'ils emploient et doivent forcément employer pour dominer les ouvriers et les réduire au silence.

Dans le système des sociétés communautaires, la forme salaire n'existe donc pas.

Dans le système patriarcal, la forme salaire est également inconnue. Le père est le chef de la famille. Tout le monde participe à la prqductiori; tout, le monde donc travaille selon ses forces^ et la répartition dés fruits de ce travail se fetit selon les besoins des membres de la famille.

Le salariat est, par. conséquent, une forme relativement récente dans la production.

Pour s'en convaincre, il suffit de jeter u»

regard en arrière et de voir quelle marche ont suivie nos grandes industries d'aujourd'hui.

Prenons, par exemple, Tindustrie houillère.

Au début, dans plusieurs contrées, chacun allait prendre à la fosse, qui se troûvsdt à fleur de terre ou à une petite profondeur seulement, le charbon dont il avait besoin.

Peu à peu les befeoins se développèrent, et Tindustrie houillère naquit.

Mais, primitivement, le travail resta uni au jcapital, c'est-à-dire que la production se faisait d'accord entre les ouvriers houilleurs et celui ou ceux à qui appartenait la terre qui recelait le charbon.

Au XIII* siècle (1), le métier de bouilleur consacrait t^ette association du capital et du travail. . Dans ce métier, Touvriér était libre, mais cette liberté était conditionnée par les 'arrêts de la corporation.

Les ouvriers réunis élisaient- certains officiera, réglaient les heures de travail, le nombre det apprentis, etc.

Ce système dura pendant plusieurs siècles^

Peu à peu, «cependant, l'industrie houillère se développa; radministration de cette industrie exigea un plus grand personnel. Les ouvriers se

{\) Ceci 5e rapporte parUcnliërementà la Belgique. Mais il e» , de même parloat ailleurs, à l'origine de rexploilation charboB-

fut niëre.

choisirent alors ce qu'ils appelaient les compara cormiers^ ce qui voulait dire : chargés de patç tager les fruits du travail^ chargés de faire lèi parts. Ceux-ci devinrent de plus en plus puissants et arrivèrent en quelque sorte à être les maîtres. .Cette transformation a été Surtout activée à la fin du siècre dernier (1).

De 1834 à 1840, en Belgique, se constituèrent de nombreuses sociétés anonymes. Dès lors, la séparation du travail et du capital devint complète. •

Dans l'industrie lainière, le même fait s'est produit. Au début, cette industrie fut patriarcale. La femme filait et le mari tissait les fils.

Il résulte de ce qui précède que le salariat a un caractère historique ;

Qu'il est \di forme actuelle de la rémunération du travail ;

Qu'autrefois cette forme n'existait pas ;

Qu'aujourd'hui, comme nous le verrons dans

(i) LMgnorance de la masse, son inorganUation, son insMidarité, auront toujours le même résultat. Si aujourd'hui, dans beaucoup d'industries, les ouvriers devaient choisir des délégués chargés de l'administration de Tusine ou de la mine, il est possible que ces délégués, s'ils avaient affaire à une masse ignorante» non unie, essaieraient de devenir les maîtres. Il faut donc que la classe ouvrière s*habilne k faire ses propres affaires et qu'elle soit organisée de façon à ne pas se laisser mener par de nouveaux maîtres. ^

la suite, cette forme change déjà par la participation de l'ouvrier dans les bénéfices de l'industrie, participation qui se fait un peu dans tous les pays, mais surtout en Angleterre;

Enfin, que cette forme salaire est appelée à changer encore, par Télimination continuelle des éléments qui vicient la rémunération normale et rationnelle du travail.

La recherche de ces formes nouvelles est l'œuvre des socialistes, qui ont pour but, on le sait, de . donner au travailleur le produit intégral de son travail, les charges sociales étant remplies.

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