‹ Essai sur le sentiment esthétiqueChapitre 23 sur 75 · V. Taine, L’Idéal dans l’art · texte numérisé non relu

V. Taine, L’Idéal dans l’art

2. Toutes les manières du naturalisme et du réalisme peuvent constituer un idéal d’art quand elles ont pour prêtres Michel-Ange, Titien, Flaubert ou Wagner ; l’effort imaginatif de ceux qui poursuivent une harmonie idéale de rythmes, de couleurs, de lignes ou de sons a toujours la même valeur du moment que l’oeuvre représente un mode de beauté

et comprendre le sentiment esthétique considérons-le non seulement dans ses rapports avec l’ordre en soi ; terrain dangereux que battent les flots du mysticisme ; mais aussi et peut-être davantage lorsqu’il a pour objet la pensée, la volonté, l’effort humain et ses œuvres ; dans l’art par conséquent, dont il est la raison d’être, l’unique préoccupation. Non assurément, le caractère essentiel ne s’impose à aucun degré.

Le sentiment esthétique propre à l’œuvre en soi ne sera donc pas confondu avec le plaisir résultant des idées ou sentiments dominants ; il ne le sera pas davantage, disons-le en anticipant quelque peu sur la suite, avec celui de l’imagination fut-elle désintéressée ; donc en principe esthétique. Celle-ci se déclanche-t-elle sous Tinfluence de la sympathie ou du mystère qu’à l’œuvre d’art correspondent deux sentiments esthétiques distincts et superposés. L’un, principal, à base de sympathie, découle de l’aperception esthétique générale ; l’autre tenant aux envolées de l'imagination embrasse toutes choses, et ne connaît ni limites ni frontières. Aü gré des sentiments prédominants ou des suggestions présentes, il descend et s’étale, ou bien, pénétrant dans la vie, nous associe aux peines, aux joies, aux travaux de nos semblables ; lorsque, surtout dans l’extase musicale, la pensée se détachant de la terre, évolue sans contrôle au milieu des étoiles, avec elle il se perd dans l’irréel. A vrai dire tout objet quel qu’il soit, sans vertu ni qualité esthétique d’aucune sorte, est susceptible, les circonstances aidant, de déclancher l’imagination esthétique !

ou une originalité personnelle (Ingéniéros, Principes de psychologie biologique).

IDÉES* DOMINANTES ET PLAISIR ESTHETIQUE q3

Fusionner sans précautions ni réserves ces processus esthétiques si différents, c’est enlever au bloc qui en résulte toute netteté dans les contours, toute individualité. Ajoutez dans le creuset le plaisir en principe inesthétique qui s’attache aux sentiments accessoires et même (comme nous le verrons dans le chapitre suivant) aux simples moyens esthétiques, que, la confusion s’accentuant, la porte s’ouvre aux spéculations sentimentales, et l’analyse devient impossible. Ces conclusions tirées de l’expérience paraissent favorables à la théorie intellectualiste; elles montrent l’utilité d’un fil conducteur pour sortir du labyrinthe où nous pénétrons.

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