Souriau, op. cit
2. Brain, Experimental research.es on Attention; Th. Ribol, Psychologie de Vattention, etc., etc.
s’abaiseet se fronce, les plis du front sont verticaux, la bouche se ferme, l’œil se voile, c’est la réflexion.
En ces périodes de préparation et d’élaboration, le regard, les yeux et l’esprit seront plus ou moins soutenus, dirigés afin d’éviter une fatigue qui entraverait le développement normal des sentiments esthétiques.
S’agit-il de la nature, du paysage, nulle prévision sauf exceptionnellement, nulle recherche anticipée. De spontanée l’attention devient volontaire par une invasion subtile de l’aperception esthétique dans le sens de l’expression, de l’ordre, des sentiments personnels, de l’imagination. Même alors, ils ne sont pas à dédaigner les moyens propres à soulager la tension nerveuse et l’effort physiologique. La nature ne prépare intentionnellement rien en ce genre ; bien au contraire ! Raison suffisante, avec d’autres, pour transformer, chez quelques uns, la beauté du paysage en énigme sans intérêt!
Chez l’auditeur de grande musique pure, alors par conséquent que le rythme et la cadence ne prédominent pas, l’attention tient un rôle considérable. Volontaire d’abord, à peu près spontanée ensuite, excitée par le plaisir des oreilles et le désir de comprendre, facilitée par la préperception, elle se fixe sans effort grâce à la variété des sons, à leurs modulations changeantes dont elle suit les mouvements, grâce au rythme et à d’autres artifices musicaux ; bientôt ces alternances de la concentration nerveuse en arrivent à produire un tonus émotif sai generis qui augmente l’émotivité générale, et se traduit quelquefois, même après l’audition, en imagination esthétique de l’ordre le plus élevé. Mais n’insistons pas sur des processus qui seront plus loin développés en détail.
Dans tous les cas qu’il s’agisse des arts auditifs ou
LES ÉMOTIONS
visuels, du paysage ou delà nature organisée, Témotion de l’attention pourvu qu’elle soit alternante, graduée, soutenue, n’est pas sans agrément. Il en est ainsi de toutes les émotions. A peu près négligeable dans les arts visuels, ce plaisir s’ajoute pendant la musique aux autres stimulants du tonus émotif ; les réflexes de la concentration nerveuse dépassent alors le stade de l’agrément ; leur rôle est d’un ordre physiologique plus élevé, et infiniment fertile en résultats esthétiques.
Mais dira-t-on, l’artiste débute souvent d’une façon intuitive ; le sentiment l’emporte, l’imagination s’élance, la raison coordinatrice ne vient qu’après. N’existe-t-il pas pour l’amateur une sorte d’intuition du même genre, antérieure à toute opération intellectuelle et raisonnée? Et d’ailleurs voici un fait communément observé. Un tel soudainement placé devant une œuvre d’art la perçoit esthétiquement et pendant ce temps on ne cesse de tenir une conversation banale et animée1. Où est l’attention ? Que devient la théorie intellectualiste? L’intuition pratique, quelque soit l’agrément des yeux et des oreilles2, ne saurait être invoquée dans tous les cas ; l’intuition métaphysique est à écarter d’emblée ; reste donc le dédoublement de l’attention, mais ce dédoublement même est à expliquer ; le mécanisme n’en est pas aisément compréhensible.
Les uns invoquent l’attention latente3, deux mots
1. Ceci n’arrive pas devant les grands spectacles de la nature; l’impression de sublime rend silencieux. C’est après que l’esprit analyse et synthétise esthétiquement vers l’expression d’ensemble.
2. Lorsque devant le paysage, l’expression hédoniste'est objet de l’aperception esthétique le plaisir sensible peut suffire à provoquer une sorte d’intuition pratique, d’ailleurs incomplète, et qui s’accroît par la réflexion.
3. Voici un exemple des actes dénommés par quelques-uns actes
qui jurent de se, trouver ensemble, autant que les termes contradictoires d’ « intelligence inconsciente ». Les autres en appellent à la mémoire. L’image peut s’y graver sans vestige de conscience 1 ; les animaux les plus inférieurs ne donnent-ils pas signe de mémoire? Plus tard viendrait la réflexion. L’explication est plausible mais n’est-il pas plus simple d’invoquer l’extrême rapidité des mouvements de l’attention.
En — ou elle se porte d’un objet sur un autre si 10 20 1 J
bien qu’il n’est pas impossible de cumuler, au même instant, des occupations différentes. M. Paulhan rapporte à ce sujet d’intéressantes expériences. Il a pu écrire des calculs en récitant des vers, écrire et parler deux phrases à la fois2. Le déplacement de l'attention est pour ainsi dire instantané, avec reprise immédiate.
Les arguments tirés de l’intuition pratique ou de dédoublement de l’attention ne sauraient donc infirmer la nécessité d’un certain degré d’attention volontaire ou mixte dans le sentiment esthétique ; hors de là il pourrait y avoir souvenir de plaisir esthétique, mais non sentiment esthétique en lui-même.
B. — L’émotion de sympathie.
Nous connaissons le très grand rôle de la sympathie^
d’attention latente. Un homme prend sa canne et son chapeau, et à travers les rues encombrées arrive à son bureau, sans même se douter qu’il est sorti de chez lui. Il y aurait là une attention qui s’ignore ! Les actes de ce genre ne sont que des réflexes composés.