‹ Essai sur le sentiment esthétiqueChapitre 52 sur 75 · Bazaillas, Musique et inconscience · texte numérisé non relu

Bazaillas, Musique et inconscience

2. V. Lalo, op. cit. La signification conventionnelle des sons varie avec le milieu et l’époque. Chez les anciens Grecs et les Orientaux modernes, le son aigu, le cri, le rythme rapide expriment la tristesse ; aujourd’hui le grave et le rythme lent nous paraissent mélancoliques. Ce changement ne correspondrait-il pas au progrès de la pensée affective, l’emportant sur la souffrance physique comme expression de la douleur ; par conséquent à l’évolution vers l’intellectualité ?

tonne, la force, la puissance1. La mélodie est doucement sentimentale. « Le cantilène grégorien traduit en toute sérénité la confiance et l'humilité du moine agenouillé. Il est la transcription lyrique de la louange et de la prière. Le souffle d’aucune passion humaine ne vient rider la face transparente de la mélodie2. »

Rien n’empêcherait en principe de codifier ces interprétations, d’associër certains sons à des idées ou sentiments déterminés. On aurait alors le langage de la musique comme on a celui des fleurs ou de l’éventail ; un tel dictionnaire n’existe pas, et, d’après les musiciens, donner aux sons musicaux une signification trop précise équivaudrait à ruiner leur art ; le leit-motif même, disent-ils, est indice de décadence ; il n’est pas en soi œuvre musicale, mais le mot, la phrase d’un langage conventionnel.

On admettra que la grande musique pure, isolée, que ne secondent ni décors ni gestes, ni paroles, ni même un titre suggestif 3 n’exprime que des tendances affectives générales, un état d’âme calme ou tumultueux,

1. Interprétant la Sonate Appasionata, de Beethoven, M. G. Sparck appelle notre attention sur l’agitation, la vivacité, l’énergie, la liaison, la lenteur des sons, qu’il traduit en lutte douloureuse ou passionnée, anxiété, sérénité, enthousiasme.

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