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V. Rieman, Les éléments de l’esthétique musicale

LA MUSIQUE

traire. C’est en partie grâce au rythme (avec il va de soi le concours de la mélodie et d’autres effets musicaux1), grâce à la succession de repos et d’activités, aux intervalles de silence pendant lesquels nous restons comme suspendus par l’attente et le désir, aux variations dans la hauteur, et l’intensité des sons, aux alternances de tension et de détente, à la prévision, que la concentration nerveuse, sans fatigue, réalise son effort. Avec la fixité de l’attention, l’intense plaisir des oreilles aidant, le tonus émotif s’intensifie pour se résoudre, selon le genre et la qualité de la musique soit en extase polyidéique, soit en voluptueuse torpeur, soit en mouvement divers, soit en larmes et trépignements comme chez le nègre Bambara.

Le rythme est donc agréable par l’émotion qu’il contribue à produire, exaltant par l’imagination qu’il stimule, utile même pour l’interprétation qu’il facilite. De son agrément propre l’on peut dire qu’il est d’ordre physiologique banal, par contre son rôle dépasse le plaisir sensible et le range dans les premiers rangs parmi les moyens musicaux. Aux races dépourvues d’instinct artistique ou faiblement douées sous ce rapport le rythme et l’éclat des sons suffisent ; le rythme avorte alors et n’atteint pas la plénitude de ses effets2. Nous reviendrons plus loin, en parlant de l’imagination esthétique musicale sur l’état de tension émotive provoquée par les modulations attractives de l’attention et la préperception expectante. L’une des formes et non des moindres du plaisir esthétique musical trouve en

1 . Le retour du thème constitue également une sorte de rythme ; par la mémoire des sons et l’encadrement, il conduit et repose l’attention.

2. Les monotonies obsédantes d’une harmonie sans vie ou d’un rythme sans mélodie provoqueraient la léthargie ou la frénésie émotive, à l’exclusion de l’extase esthétique.

cette hypertension nerveuse sa raison d’être et son point d’appui.

A cette question enfin, le plaisir propre du rythme est-il de nature esthétique, la réponse sera évidemment négative.

La mélodie et l’ harmonie.

(( L’origine de la mélodie, dit Rieman, c’est la continuité primitive et pour ainsi dire le caractère spatial des sons ; l’origine de l’harmonie, c’est la discontinuité que nous y déterminons artificiellement1. » Son effet est un « un enchaînement réglé, relativement prévisible, si bien même que les dérogations en sont escomptées comme telles et usitées intentionnellement pour produire un effet de variété et de surprise 2 ».

Par son rythme propre, par ses modulations attractives, par l’intérêt et l’attente des sons sans cesse changeants, par le plaisir de l’oreille, la mélodie concentre et en même temps soulage l’attention ; elle la facilite et la dirige, le rythme aidant, grâce à la prévision, et sur ce point en particulier son rôle est de première importance, l’idéation anticipatrice3 se traduisant pour

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