‹ Essai sur le sentiment esthétiqueChapitre 65 sur 75 · Gros, cité par Lalo, op. cit · texte numérisé non relu

Gros, cité par Lalo, op. cit

2. Gros, id. — Devons-nous entendre par là que la perception des formes provoque l’imitation des mouvements qu’elles supposent ? Sinon le sens compréhensible serait qu’il n’est pas de plaisir esthétique possible sans attention, ce qui est évident.

3. La kinesthésie, ou sens musculaire, comprend la sensation muscu-

laire, tendineuse, articulaire, vestibulaire (sens de rotation.) — Tilchener,

Psychologie ).

LA GRACE

sentiment esthétique secondaire. Il se produit alors, sans effort, l’aperception esthétique de la difficulté vaincue, de l’effort réalisé méthodiquement et bravement, d’une volonté persévérante, récompensée ; et aussi, plus facilement, la clairvue de l’expression éventuelle et sa compréhension esthétique. Rien ne s’oppose d’ailleurs à ce que se développe en même temps, devant un mouvement accompli on exprimé, ce que Kant appelle « l’harmonie de l’imagination et de l’entendement », en d’autres termes le sentiment esthétique supérieur qui a pour objet la parfaite adaptation, le beau des mouvements selon la cause finalité1. Le tonus affectif n’est-il pas éminemment favorable au sentiment, quel qu’il soit et à l’imagination sous toutes les formes ! Le côté physique, impersonnel, nous frappe-t-il alors davantage, il y a prédominance de l’idée d’ordre ; existe-t-il un danger, une souffrance, une imploration, un indice de courage, un effort méritoire, de l’humanité enfin, la sympathie l’emporte et le sentiment esthétique secondaire se déclanche, d’accord avec les suggestions visibles ou auditives, et selon les prédispositions de chacun.

Ainsi l imitation en ce qui concerne les mouvements, et la grâce par conséquent, n’a rien d’esthétique en soi. Son rôle ne va pas plus loin que d’encourager éventuellement, par des voies détournées, l’aperception esthétique selon l’ordre physique ou moral, l’expression et l’imagination, ces trois modes classiques du sentiment esthétique devant l’art et la nature ; et c’est tout2.

2. Remplaçons les mouvements par les formes, le résultat est le même. Les attitudes et les formes supposent des mouvements que nous sommes tentés d’imiter, et la sympathie nous aide à les percevoir esthétiquement.

L’expression.

« Le jugement esthétique, dit Souriau1, que nous portons sur les mouvements dépend de leur beauté propre, de la valeur morale du sentiment qu’ils expriment et de leur puissance d’expression. »

C’est peut-être un truisme que d’apprécier la valeur esthétique des mouvements d’après leur beauté si l’on admet que la beauté au sens propre ne peut être séparée du sentiment esthétique, et d’autre part la proposition nous paraît inexacte si l’on pense que le mot beauté est à sa place lorsqu’il signifie, selon les circonstances, agrément , force , puissance , agilité , précision , etc . , etc . 2 , comme dans ces expressions : beau tapage, beau climat, sans que le plaisir esthétique soit réellement en cause !

Quant à la valeur morale comment en tirer argument dans une appréciation ou plutôt une comparaison esthétique, qu’il s’agisse des mouvements, d’art ou de littérature. Le temps est passé où l’on considérai comme nécessaire dans les arts la prédominance du caractère moral ! Sans compter que les idées d’impuissance, de faiblesse, d’abandon, d'imploration qu’exprime la grâce séduisante ne correspondent à aucun idéal moral et même contredisent l’égalité et la justice ; ce qui n’empêche pas l’effet esthétique correspondant de compter parmi les plus irrésistibles et les plus recherchés.

Reste la puissance d’expression. Celle-ci est assurément au premier chef une qualité esthétique du mou-

1, Souriau, op. cit.

Page 1