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2. Contestable au point de vue philosophique l’esthétique de Lipps contient des études empiriques du plus grand intérêt. L’éminent obserr vateur distingue 5oo formes fondamentales d’architecture. Les couleursles sons, le rythme poétique et le rythme musical ont été soumis à des enquêtes du même genre (V. Basch, L'Esthétique allemande contemporaine).
3. Le sentiment esthétique d’après Shopenhauer vient, soit de l’arrêtdu vouloir-vivre dans la contemplation, soit de l’intuition de l’idée, lorsque celle-ci se présente comme intense objectivation du vouloir vivre, ce
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nont pas craint d’étayer leurs systèmes d’arguments métaphysiques, parfois élevés, mais que l’on ne saurait accepter, sans protestation dans les pays de sens rassis. Le goût du transcendant est à l’aise en esthétique et nous assistons à ce spectacle curieux qu’il s’y prolonge et dure encore, comme s’il n’était pas possible de déterminer une chose aussi banale, aussi populaire, en France du moins, que le plaisir esthétique, en se maintenant à l’intérieur du circuit humain sans aller au delà, sans en appeler à d’obscurs processus difficiles à comprendre et que rien ne justifie.
En résumé l’Einfuhlung Allemand avec ses projections sympathiques1, les subtilités d’une compénétration réciproque grâce au pouvoir intuitif d’une faculté mystique, se réduit (et nous insisterons plus loin sur ce point) à des opérations normales d’intelligence, d’imitation, d’association, d’idées de sentiments et d’imagination. Tout cela est fort naturel et ne mérite à aucun
qui est le cas par exemple lorsqu’il s’agit d’un être vivant et à plus forte raison de l’homme ! L’illustre philosophe a construit sur ces bases une esthétique de haute fantaisie. Du style, du brio, de subtiles remarques, d’impressionnantes images, certes nous les trouvons en abondance, mais aussi, des contradictions sans nombre, et par-dessus tout un mysticisme transcendant, continu, aussi enfantin qu’insupportable.
i . La sympathie comporte trois stades ; le stade synergique dans lequel les mouvements, les attitudes sont inconsciemment imitées; le stade synesthésique dans lequel par contagion, nous subissons les affections qui existent chez les autres, peur, joie, chagrin ; le stade intellectuel enfin ouvre la porte à l’intelligence ; il s’établit entre nous et autrui l’accord des sentiments et des actes. Il y aurait donc quelques réserves à faire sur l’emploi du mot sympathie lorsque l’homme n’est pas objectivement en cause. Nul accord de sentiments n’est possible dans ces conditions, et la sympathie, alors simple fruit d’imagination, diffère essentiellement de la sympathie vraie. Il paraîtra exagéré de nous placer en rapport de sympathie esthétique avec les étoiles de mer et les végétaux ! Nombreux sont d’ailleurs les cas devant la nature inorganisée et organisée, surtout en repos où la suggestion sympathique est inexistante (v. p. 126, 268 et suiv.).
degré l’auréole du mystère. Serré de près, l’Einfuhlung s’enveloppe de nuages dans lesquels il s’égare ; d’ailleurs trop de clarté ne conviendrait pas au goût de ses disciples L
Bien avant les travaux de Lipps, Basch avait inauguré et exposé en France son néo-vitalisme sentimental. Le système français, très cohérent et très complet, se distingue de la copie étrangère par les points suivants :
Il ne fait appela aucune faculté spéciale d’intuition, et par là, du moins en principe, tout mysticisme se trouve écarté 1 2.
Il ajoute heureusement à ces mots projection sympathique du moi, le qualificatif symbolique qui résume et fait bien comprendre le caractère propre et la portée de l’opération.
Enfin il range parmi les éléments constitutifs du plaisir esthétique les agréments sensibles de l’œil et de l’oreille. Sur ce point la théorie intellectualiste nous sépare de hauteur. A vrai dire l’on ne comprend pas ce privilège accordé à la vue et à l’ouïe, de préférence aux autres sens ; tous ou aucun à notre avis. Le rôle adjuvant, stimulant des plaisirs sensibles est au contraire parfaitement naturel. On admettra certes avec Basch que tout ce qui est agréable n’est pas pour cela esthétique ; par contre il n’est pas sûr que l’agrément prédomine toujours pendant la contemplation esthéti-
1. Pour une critique détaillée de l’Einfuhlung consulter l’intéressant ouvrage de G. Lalo, Le Sentiment esthétique, auquel nous empruntons largement pour tout ce qui concerne l’Esthétique allemande contemporaine.
2. L’éminent esthéticien français se laisse pourtant entraîner, lorsqu’il traite des sons et des couleurs à des considérations poético-mystjques que ne désavoueraient pas ses imitateurs allemands. (Y. Essai sur l'Esthétique de Kant, p. 3oo et suiv.)
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que. Certains aspects, certaines laideurs seront éventuellement du plus grand intérêt esthétique quoique à ue point désagréables à regarder qu’il se livre un incessant combat entre l’impression pénible et le plaisir de la sensibilité intellectuelle. On citerait aisément des exemples dans l’art ou la nature et telles écoles réalistes, célèbres par la beauté de leurs œuvres, se spécialisent dans ce genre. Le plaisir des yeux, sensible ou par représentation, subordonné évidemment à celui de l’intelligence dans l’aperception esthétique visuelle, tantôt l’emporte cependant ou à peu près, tantôt n’occupe qu’un rang inférieur ou manque complètement : il est utile mais non indispensable dans tous les cas. Il n’en est pas de même pour l’ouïe en musique ; la concentration de l’attention sur le sens auditif ne le supporterait pas. Le plaisir sensible joue ici un tel rôle qu’à lui seul, parfois, sous l’influence d’un tonus émotif d origine physiologique vulgaire, il devient prépondérant. Le sentiment esthétique, s’il existe alors, prend un aspect particulier sur lequel nous aurons l’occasion de revenir dans un autre chapitre.
En résumé le sentiment esthétique d’après le néovitalisme français serait un composé de plaisirs sensibles, de jouissances intellectuelles et de sympathie ; celle-ci comprenant dans son acception métaphorique et réelle la plus large, tous les plaisirs associés1. L’Einfuhlung par contre écarte comme inesthétiques les plaisirs sensibles, mais admet dans l’intuition
i. D’après M. Lato (op. cit.'). Le sentiment esthétique ne serait qu’une synthèse de trois sentiments en soi inférieurs : celui du jeu, de l’harmonie, d’une supériorité, et ne prendrait le caractère esthétique que par la fusion de ces éléments dans le creuset des règles et préférences du moment; il ne saurait y avoir plaisir esthétique sans une aperception fondée sur les goûts et la technique régnantes. Peut-être resterait-il à
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esthétique une faculté spéciale d’ordre métaphysique.
Si Ton demande soit à l’opinion courante, soit au bon sens, soit au dictionnaire qu’est-ce que la beauté? De quoi se compose-t-elle ? la réponse sera qu’elle a pour éléments l’unité, la variété, l ordre et l’éclat.
L’unité faisant double emploi avec l’ordre, restent la variété, l’ordre et l’éclat. L’éclat correspond à cet accessoire à peu près indispensable, le plaisir des yeux et des oreilles ; l’ordre au sentiment esthétique à base de réalisation finaliste et de parfaite adaptation ; la variété à l’expression simple, surtout à l’expression hédoniste et quelquefois, au sublime. La définition populaire résume donc en termes simples les valeurs esthétiques et sensibles confusément perçues comme éléments de la beauté, y compris le sublime qui cependant n’a rien d’esthétique en soi ; elle résume à défaut d’analyse l’impression de surface, incomplète sans doute mais comme il arrive souvent vraie dans ses caractères essentiels. Tout au moins ne s’égare-t-elle pas en de prétentieuses subtilités où domine un mysticisme digne du moyen âge.
préciser la nature en soi du plaisir esthétique. La sociologie réglemente les moyens, dans l’art, mais ne va pas au delà.