Ibid., tom..I.”, pag
‘dénué de toute sensibilité; néanmoins on était parvenu à lui faire avaler quelques alimens légers, et l'excrétion des matières fécales avait lieu chez lui. Les exemples de sommeil prolongé sont extrêmement rares et doivent être considérés comme des maladies. Lorsque le corps a réparé ses forces, c’est-à-dire au bout de six à huit heures, terme moyen, les organes des fonctions de relation reviennent successivement à la vie, et cela dans un ordre inverse de celui dans lequel ils se sont ASE Les fonctions intellectuelles, qui avaient cessé d'agir les dernières, sont les premières à réparaître. D'abord les idées sont confuses, la volonté ne peut encore les diriger; on éprouve cette espèce de délire que nous avons remarqué au commencement du sommeil. Les fonctions des sens, ‘et en prémier lieu celles du foucher et de l'ouie, se réveillent ensuite; puis celles de la vue, de l’odorat ; puis les sensations internes, et, enfin, les fonctions muséulaires. Des pandiculations, des bäillemens rappellent l’innervation dans les muscles encore engourdis; on se frotte les yeux, on cherche à s’'exciter ; enfin le corps peut se mouvoir, on peut se tenir debout, marcher, parler, exécuter tous les actes dont on est susceptible : le réveil est complétement établi. Nous avons exposé les phénomènes que présente l'organisme pendant le sommeil; nous avons dit comment commence cet acte et comment il finit; mais nous ne l'avons considéré que comme s’il était complet, c’est-à-dire, s’il y avait suspension absolue de toutes les fonctions de relation. Or, il n’en est pas ainsi ; le sommeil complet n'existe pas, ou existe seulement pendant quelques heures. Nous avons déjà vu, en effet, que les premiers instans de cet acte ñe sont qu'un assoupissement, et qu'il existe un état analogue avant le réveil. La volonté elle-même n’est pas toujours totalement absente, bien des personnes ont la faculté de se réveiller à des heures fixes, surtout lorsque, avant de s'endormir, elles ont l'esprit Res préoccupé de cette idée. S:: re Les actions musculaires s'exécutent instinctivement; on se retourne
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dans son lit, on change de place, on ramène les couvertures: phé: nomènes qui prouvent également que le sens du taét n’est pas. entièrement endormi. Les fonctions intellectuelles s’exercent pendant le sommeil, sans que nous en ayons la conscience; c’est ce qui constitue les réves ou songes, phénomènes qui ont tant exercé les philosophes ét qui cependant s'expliquent, ce me semble, assez naturellement; d’un côté, par la grande activité de l’organe des perceptions, qui travaille, pour ainsi dire, constamment; de l’autre côté, par l'absence de la volonté, faculté essentielle, sans laquelle les idées. ne peuvent être coordonnées.
Certains auteurs ont prétendu qu’on rêve toujours, même pendant un sommeil profond : il est difficile de justifier cette opinion, car ces rêves. ne laissant aucune trace dans notre mémoire, nous. n'avons rien qui puisse nous afhirmer qu'ils existent. Cependant on a des exemples de personnes impressionnables qui, une heure, deux. heures après que le sommeil est établi, manifestent au dehors pardes gestes, par des paroles incohérentes, le travail de leur organe intellectuel. Le nombre prodigieux d'idées disparates qui se succèdent et.se confondent, explique très-bien pourquoi nous n’en avons au réveil qu’un souvenir confus.
Quoi qu’il en soit, c’est principalement le matin que les rêves ont Honé parce que, comme nous l'avons dit, l'organe cérébral se réveille long-temps avant les autres. Les objets sur lesquels nous avons appliqué notre esprit pendant la journée, les impressions diverses, tant externes qu’internes, qui ont agi sur nos organes ,.les choses qui ont frappé vivement notre imagination, se reproduisent à nous sous. mille formes diverses, et sont la plupart du temps la cause de nos. rêves. Cependant, il est quelquefois difhcile de rattacher ces derniers à des objets du dehors, et souvent nous voyons en songe des êtres tout-à-faitimaginaires, ou des personnes auxquelles nous n'avons pas pensé depuis fort long-temps. Dans la plupart des cas, les rêves ne consistent que dans la production d'actes intellectuels; mais quel-
quefois on voit en même temps se manifester des phénomènes expressifs : on parle, on chante, on pleure, on rit; la locomotion peut s'établir; on marche, on se transporte d’un lieu dans un autre. Enfin, il peut arriver que quelques-uns exercent leurs fonctions, tels que ceux du toucher actif et de louïe. Les derniers phénomènes constituent le somnambulisme, état singulier, dans lequel les fonctions de l'intelligence semblent diriger nos sens et nos mouvemens; cependant il y a absence de la volonté, et au réveil on ne conserve aucun souvenir de tout ce qui s’est passé. Le somnambulisme proprement dit a la plus grande analogie avec ce somnambulisme artificiel, produit par le magnétisme animal. Dans les deux états il y a exaltation des fonctions cérébrales, et quand on connaît ce qui se passe dans le premier, on est moins en droit de s'étonner des phénomènes qui se manifestent dans le second.
. Il n'entre pas dans mon plan de décrire le somnambulisme, il me suffit de le mentionner comme un des phénomènes qui appartienrent au sommeil |
- Causes du sommeil.
Parmi les causes prédisposantes du sommeil il faut ranger en première ligne la fatigue qui résulte des travaux du corps ou de ceux de l'esprit. Les actions musculaires et les actes intellectuels ont une durée limitée; de là la nécessité indispensable de se livrer au repos. Nous avons déjà vu que la nuit est généralement consacrée à cette suspension obligée de la vie animale; mais ici se présente la question de savoir comment agit la nuit, ou quelle influence elle exerce sur notre organisme. La nuit, comme nous l'avons indiqué plus haut, n'est pas en elle-même une cause du sommeil, mais la disparition des rayons solaires; le silence, dans lequel la nature entière est plongée, et par conséquent l'absence de tous les excitans extérieurs qui pourraient impressionner les sens de la vue et de l’ouïe, augmentent la disposition au sommeil qui résulte de la fatigue de la journée.
Telles sont les causes lés plus appréciables du sommeil périodique, de celui qui, dans l'ordre naturel des choses, revient tous les jours, et dont le besoin se fait sentir à peu près à la même heure. © Mais il existe encore d’autres causes qui sont susceptibles d'amener le sommeil, soit à l'heure accoutumeée, soit hors du temps qui lui est spécialement consacré. Ainsi une tmipérsture élevée , comme celle qui a lieu pendant l'été, celle des climats HiéNalotinués d'un appartement trop échauffé, d’un bain; un froid excessif; les liqueurs spiritueuses ; un repas COpIeUx; un prb monotone, un discours ennuyeux, où prononcé d’ün ton uniforme, sont autant de causes qui peuvent plus où moins porter au sommeil. | Quant à la cause prochaine de cet acte, elle nous est inconnue. Æn vain chercherait-on à l'expliquer par un embarras dans la circulation des esprits animaux qui remontent au cerveau, ou avet CaBaAnis, par un reflux des puissances nerveuses vers cet organe; en vain d’autres auteurs le font-ils dépendre d’une accumulation de sang vers l'encéphale, et par suite d’une compression des nerfs où d’un épuisement des principes d'actions émané du cerveau : toutes ces hypothèses n’expliquent pas et ne sauraient expliquer pourquoi le sommeil se produit. Qu'il nous suffise de savoir que notre corps peut être comparé à une horloge qui, pour marcher toujours, a besoin d'être remontée. Fr
Utilité du sommeil.
Homère avait raison quand il faisait dire à Junon, dans son Iliade (chant XIV, vers 233), que le sommeil est le roides dieux et dés hommes : Yyve, GyaË mavrovre Seüy TéyTwyT aybewruv.
Il indiquait par là et sa puissance et son utilité. Quels bienfaits ne répand-il pas sur la nature vivante et animée! Sous son influence salutaire le corps répare ses forces épuisées, l'esprit reprend une nouvelle fraîcheur, les organes de la vie de relation se retrempent; en ‘un mot, ils sé rendent propres à recommencer leurs fonctions.
Le sommeil nous fait oublier, pour un moment du moins, nos peines morales les plus puissantes, des sensations internes impérieuses, telles que la faim et la soif, les douleurs physiques les. plus vives; c'est lui-seul qui donne encore quelque charme à l'existence du malheureux en proie pendant la veille à une maladie organique qui le fait continuellement souffrir. Demandez à un phthisique, à un: malade atteint d’un cancer, quel est son meilleur ami, il vous répondra : c’est le sommeil. co :
Le sommeil, comme nous l'avons vu, en donnant plus d'activité à la vie organique, développe notre corps; c’est à la faveur de cet acte que l’enfant augmente si rapidement en force,-en volume; et s'il est plus long, plus fréquemment répété dans.le premier âge de la vie, c'est que l'enfant, CPR avait besoin de plus de temps pour se réparer.
Chez l'adulte, le sommeil ne sert pas nidhots à redonner aux fonctions de es la force qu'elles ont perdue; dans un grand nombre de personnes, surtout chéz les hommes de cabinet, c’est pendant le sômmeil que s’élaborent certains travaux qui n’ont été qu’ébauchés pendant la veille. Tous ceux qui se livrent aux travaux de l'esprit ont dû remarquer ce phénomène, dont il n’est pas facile de se rendre compte. Si vous avez entrepris de traiter un sujet quel- : que peu difficile, laissez-le reposer pendant plusieurs jours, plusieurs semaines. et vous serez étonné, en le reprenant, de la facilité avec. laquelle les idées se présentent à votre esprit. Mais, pour être effieace, le sommeil: doit avoir de justes bornes : ici l’excès peut nuire aussi bien que lédéfaut ; le premier, en: affaiblissant la puissance nerveuse, en émoussant en. quelque sorte les organes; le second, enne donnant pas à ces derniers le temps de se refaire : on connaît cemot de Zimmermann, que le plus sûr moyen de rester stupide, est de dormir jusqu’à midi.
1. Von der Erfahrung in der Arzeneïkunst, IVtes Buch ; Jtes. Kapitel.
Borrnave rapporte l'exemple d'un docteur en médecine qui, cherchant son bonheur dans le sommeil, émoussa tellement ses fa- Cultés, qu'il périt misérablement dans un hôpital. D'un autre côté, la pathologie nous enseigne qu’un grand nombre de maladies reconnaissent pour cause les veilles prolongées. C'est donc ici le cas de dire, comme dans toutes autres circonstances, ir medio virtus.
Telle est la description bien imparfaite, sans doute, du sommeil considéré sous le rapport physiologique; il y aurait encore plusieurs questions à examiner. On s’est demandé, par exemple, -dans quel état se trouve le cerveau pendant le sommeil; quelle est la portée du système nerveux qui en est le siége; et enfin, si cet acte de la vie est un état négatif du système nerveux, ou si au contraire ce système exerce une certaine action, par laquelle il se répare : questions que je crois insolubles, du moins dans l’état actuel de nos connaissances. Je passe à la seconde partie de ce travail, qui est consacrée au sommeil considéré sous le rapport pathologique.
IT Du sommeil considéré sous le rapport patho-
logique.
Je me propose d'examiner dans cette partie :
1.0 Le sommeil morbide, considéré sous le rapport de son excès ou de son défaut; 5 3