‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 11 sur 59 · ÉLÉMENTS PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PROVINCIAUX

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Néanmoins il y avait chez le hobereau de Château-Letard assez de verve naturelle pour qu'on n'attribue point ses allures populaires au seul désir de « singer » Rabelaïs.

Une question se pose tout d'abord quand on considère la partie populaire de la jangue de Noël du Fail : dans quelle mesure ce réaliste a-t-il été un écrivain de terroir ? Quelle est chez lui la proportion des éléments dialectaux ?

Comme on peut le voir en feuilletant notre lexique, cette proportion est sensiblement supérieure à celle qui résultait des éditions ou relevés lexicographiques antérieurs au nôtre, mais elle est certainement plus faible qu'on ne serait tenté de le supposer priori de la part d’un auteur aussi rempli d'allusions à sa province. Des Périers par exemple fournit plus de documents sur le patois poitevin que du Fail sur le patois haut-breton. Au reste, le relevé des mots et locutions « de terroir » ne peut se faire avec une précision parfaite : non seulement le haut-breton du XVI° siècle nous est très mal connu, mais ce parler est, on le sait, très peu différent des parlers angevin et manceau qui l'avoisinent. Aussi serons-nous très larges et userons-nous du terme général et vague de « provincialisme ».

Le contingent apporté par les Propos Rustiques est extrèmement faible. Signalons : avoirs (bétail), deal (dé), la forme bestial (bétail), les termes techniques fortouer (tordoir) et fileries (veillées), le mot senaud. la formule de serment par mon cotin, peut-être la locution puisqu'à faire faire, que l’auteur remplace du reste dès 1549 par la locution courante « puisque faire le faut »; le mot coupationt. L'auteur des Propos Rustiques montre une aversion évidente pour le pastiche linguistique, et ses paysans ne parlent pas paysan. Si nous notons dans cet ouvrage des exemples de la forme poyer pour payer, gardons-nous de voir là une imitation voulue du parler des rustiques bretons : du Fail a hésité luimême entre ces deux formes; au reste, poyer appartient bien au parler de la Haute-Bretagne.

1. Hayer (Pr. RUSl., p. 88) n’est pas noté dans les lexiques bretons modernes; mais d’après l’article de GODEFROY, haier (enclore d’une haie) est usité en Bretagne, dans l'arrondissement de Dinan. Bas-Maine : hèyé (DOTTIN).

Il y a dans Eutrapel quelques tranches de patois, mais Ces sortes de citations sont fort rares; relevons la petite phrase Palle va o lu? attribuée à une femme de Rennes; quelques mots en palois de Lamballe prononcés par le bon capitaine du chapitre VIIL3; une phrase du métayer de la Herissaye (I, 282), où nous recueillons les mots coutel (couteau) et feusse (fosse). De temps à autre, la préposition 6 (avec) est employée par du Fail avec l'intention évidente d'imiter le patois local, où elle subsiste encore aujourd'hui. T'ouné caricature la prononciation des Bas-Bretons. On pourrait signaler quelques autres citations 4 Mais le plus grand nombre des provincialismes se trouvent dans la cenversation familière d'Eutrapel, ou, ce qui revient au même, dans celle des deux autres devisants, si souvent ficiifs. Ils sont enchâssés dans le texte même de du Fail. Citons : veillois (IT, 6) et jileries (IT, 6), le premier de ces deux mots — qui signifient « veillées » — étant noté par du Fail comme sentant plus spécialement le terroir ; cotignon, douette dans la locution « filer à longues douettes », biaut, gallicelle, gâche d'avoine, pain faitis, belocier (glosé par « prunier sauvage », IT, 104), esclotouere, couetil (coutil, IT, 179), pochon (bourse, IT, 201) 5,buscher des astelles, garçailles, hardeau {valet de ferme), hardelles (jeunes campagnardes, Il, 10), picher (que l’auteur éprouve le besoin de gloser par « pot à eau », I, 188), tect (I, 189) ou tait (II, 7) aux vaches, remusseau de fil, couaner, bourdé, devanteau S, devidouere (11, 107) 7, begaud, begauder, chauvir des oreilles, faire le long (lambiner, s'attarder, Il, 286), bouillons, bouil-

2. Comprenez : « Parle donc avec lui » (palle, forme assimilée de parle; va renforce l’idée impérative).

4. Une phrase en poitevin (I, 283) « si le bot frapit le palet, ou si le palet frapit le bot » est tout simplement une citation littéraire, un souvenir du fameux Meneloque &e Robin, qui est un des ornements de la Gente Poitvin'rie (éd. L. Favre, Niort, 1878, p. 34).

D: Bas-Maine (DOTTIN) : pPouchon; le mot à passé sous cette forme dans l'argot (SAINÉAN, Sources de l'argot anc., Gloss.).

6. Pas plus pour ce mot que pour la plupart des autres, nous ne voulons prétendre affirmer un emploi exclusivement haut-breton. Mais quand du Fail écrit (11, 209) « le devanteau ou tablier », nous en concluons que le second mot est là pour gloser le premier, et par suite que celui-ci devait paraître à l'auteur plus provincial, plus rustique que l’autre. É

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