‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 12 sur 59 · ÉLÉMENTS PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PROVINCIAUX

lonneuxr, pécher aux bouillons. se treschausser, sublers, engouler (IF, 197), goulée (I, 156), nid de lresée, contre-huys (1, 183), se mucer (se cacher, IT, 30), entour-lié, travouit, « je ne suis point souvenant de... » (I, 157), campane, escacher ; pierre aguisoire ; mouche à miel et quelques autres encore.

Mots invariables : à (avec), probablement illec, assez employé par du Fail, mais surtout provincial dans la position suivante : « Ce gars illec »; probablement aussi atout®, bien que cette préposition ne semble plus employée dans le hautbreton actuel 10,

Les formes greussante (Courbet, I, 41), pour « grosseente » 11, feusse-pour « fosse » 12, ainsi que le « deux amy » (pour « doux ami ») du capitaine Lattay (1, 302) nous présentent une particularité phonétique intéressante des parlers de Haute-Bretagne : le passage fréquent d’un o à un æ 13.

La forme biaut pour bliaut offre un exemple d'un autre

S. I, 302: « sublant ou sifflant (lequel qu2 l’on voudra, ou tous deux) ». Subler est encore la forme ordinaire en Ille-et-Vilaine.

9. Je n'ai que deux exemples à signaler dans Eutrapel, ch. XVII, II, 89: « atout son tabourin et fluste », et II, 96 (addition de 15862) : « Lupolde atout son rouge nez... » Ce mot pourrait être tout aussi bien un archaïsme qu’un provincialisme. Ces deux catégories sont très difficiles à distinguer.

10. On comprend, que s’il y a souvent hésitation pour les mots isolés, il soit encore plus malaisé de désigner avec quelque süreté les provincialismes de tournure et de syntaxe. Il doit y en avoir très peu chez du Fail, La réplique où il semble bien avoir fait parler le métayer de la Herissaye comme un campagnard (I, 282) se termine par une expression assez intéressante dont le texte a besoin d'être discuté, Ce métayer avare, qui reproche à son valet de consommer trop de pain, lui dit, d’après les éditions 1585 et 15861: « il n’y a pain qui ne s’y en aille. » Mais les éditions 15862, 15863, 1597, 15982, 1603 portent toutes : « qui ne s’en aille. » Malgré leur rombre et l’autorité de deux d’entre elles il me paraît que l'édition princeps donnait la bonne leçon et reproduisait une tournure populaire. Nous retrouvons la même locution, — et cette fois les éditions sont d'accord, — sous la plume de du Fail au chapitre XXVI: « il n’y avoit argent qui ne s’y en allast. » (II, 195).

11. Balivern., édition de 1549 L'édition angevinisée (Assézat, I, 181) remplace cette expression par « pommes de Hery. » M. Courbet à parfaitement reconnu dans greussante une déformation de grosse-ente, et son point d'interrogation est inutile, bien que le mot ne figure plus dans les glossaires patois actuels. Cf. DOTTIN, Pléchâtel: gr&æ, gr®si. ORAIN, Chansons de la Haute-Bretagne, Rennes, 1902, p. 188 : « Le cœur greus de tristesse.

12. Dans la loc. « feusse d'Apigné » (1, 282). Cf. A. de la BORDERIE, Bibl. EC. des Ch., XXXVI, 296. Près d’Apigné, à 5 kilomètres au sud de Rennes, la carte de l'état-major indique sur le bord de La Vilaine un lieu dit « La Fosse. »

13. Voir DOTTIN, Pléchâtel, Introd., 8 126. Au reste ce phénomène phonétique n'ayant pas encore été étudié dans le détail, je me borne à le signaler ici en termes très généraux. Cf. La Reuzeraie (= la Roseraie), ferme près de Rennes, en Saint-Jacques. — La « rue de la Casserole » à Rennes s'appelait autrefois « Casse-reue », = casse-roue (BANÉAT, Vieux Rennes, rue des Ateliers). Etc., etc...

phénomène très ordinaire en pays rennais : la chute d'une liquide précédée de consonne et suivie d’un jod.

On remarquera aussi bon nombre de mots où du Fail note oi par ou, conformément à la prononciation bretonne tortouer, devidouere (II, 107), maschouere (IT, 109), ratouëre (I, 213), martrouere (cercueil, If, 73), esclotouere, terroüer (If, 226), tranchouer (Balivern., Courbet, 1, 47).

En fait de prononciations intéressantes, on trouvera dans notre lexique, outre poier pour payer : baloy (balai), chescun (chacun); cf. aussi prarie (prairie, I, 185), fraries (Prop. Rust., 1547, La Borderie, p. 117), familiarement (Balivern., éd. 1549, 16 v°), dissimularent (—dissimulèrent: Propos Rust. de 1547, p. 64); sarteau pour certeau; fouyer (foÿer: Courbet, I, 47) 14: gouderuleau (godelureau) ; — rallement (= règlement) ; — seillon (sillon).

On peut regarder comme provincial® le suffixe -eux, surtout dans les cas où le français normal préférait le suffixe d'agent -eur. Ce suffixe est représenté chez du Fail par : pleureux (I, 40), ergoteur (Il, 288), marieu, chastreux (I, 312). bragueur, bouillonneux.

Somme toute, du Fail a usé du provincialisme avec modération: et l'examen de sa langue corrobore une constatation que nous avions déjà faite dans notre principale étude : cet auteur, si local qu'il paraisse, a entendu écrire pour être lu de tous les Français de France. La plupart de ses termes provinciaux sont soigneusement glosés.

14. Ed. 1549, fo 40 vo. Il est vrai qu'à la même page du Fail laissait imprimer, quelques lignes plus haut, foyer. Sur fouyer, voir THUROT, Prononc. fr., I, 371.

15. Je dis « provincial », d'une façon toute générale, car on sait que ces formes en -eux se trouvent au XVIe siècle un peu partout dans le parler populaire. H. Estienne nous dit que resveu (rêveur), — employé par Rabelais (I, 33) — était d'usage courant dans le peuple (cf. THUROT, Prononc. fr., IL, 165-169). — Pour la Bretagne, ces formes en -eux ont actuellement disparu; le suff. -Oux représente aujourd'hui -OSuim, -Orem et -atorem. Ainsi chastreux se dit chatrou (ORAIN); on dit bouillonnoux (fangeux, sale) et non bouillonneux, etc. Mais il y avait certainement hésitation au XVIe siècle et nous ne devons pas accuser du Fail d'avoir fait du provincialisme littéraire, par exemple, pour imiter Rabelais, qui parlait de ce « villain Aumeux Grandgousier. » Ainsi, dans notre appendice à la Vie et Œuvre litt. de N. du Fail, n° 14, on notera en 1567 à Rennes un « Jacques Bazille, sonneux. » (ménétrier, musicien). La forme patoise actuelle est s0nou (ORAIN). Du Fail emploie au chapitre XXVIII la forme normale sonneur (II, 226-227) et, dans le même passage, la forme tabourineur (II, 2%), comme il fait ordinairement quand il ne patoise pas. Cependant nous trouvons trompeux adjectif dans un passage des plus sérieux (II, 322).

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