‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 14 sur 59 · Peut-être brisée (voir au Lexique · texte numérisé non relu

Peut-être brisée (voir au Lexique

17. Voir notre chapitre sur les Propos Rustiques, dans Vie et Œuvre, p. 148 et suiv.

homme rural un peu braque, qui avait peu fréquenté les cours, qui faisait volontiers étalage de sa rustrerie et eût raillé les salons rennais s’il se fût trouvé à Rennes une société polie, devait avoir un langage naïvement vert et salé, émaillé d'expressions comiques et pittoresques que sa mémoire lui fournissait sans effort. On pourrait noter çà et là le rythme et le pittoresque de la conversation familière jusque dans des morceaux sérieux comme la préface des Arrêts et comme celle du Demosterion. Nous allons donner des exemples de l'usage très abondant et souvent heureux que l’auteur à fait dans ses trois livres des métaphores, comparaisons et locutions tirées du vaste répertoire populaire. C’est là un des traits les plus évidemment caractéristiques de son style et de sa manière. Au reste, il n'est pas seulement un emprunteur, et son imagination foncièrement rustique crée au besoin des images conformes au milieu qu'il décrit et qui fut le sien.

En écrivant les Propos Rustiques, il est si plein de son sujet que, parlant de lui-même à la fin du prologue, il développe une comparaison tirée du travail des champs pour décrire son labeur. Si ce premier ouvrage est autre chose qu'une idylle d’humaniste, il le deit pour une bonne part aux images el expressions familières dont il est farci et qui ont en général un caractère champêtre. « Laissez faire aux bœufs de devant » (p. 68) est une locution que du Fail trouvait dans le Gargantua, mais elle convient également au milieu où du Fail la transportait. Autres exemples : « Par la mere Dieu », dit maitre Pierre qui cherche une querelle à Mistoudin (p. 77), « je t'apprendray à railler les Garçons et à manger des Poyres aux gens qui ne te demandent rien » : curieuse locution, que nous ne retrouvons pas ailleurs, et qui à pu être cueillie sur les lieux mêmes 18, Guillot le Bridé « estoit beau mastin, S'il eust voulu mordre » : celte fois la locution est connue 1, « Si nous avions autant d'escuts comme vous

18. Ces « poyres » sont métaphoriques, comme on peut s’en assurer en se reportant au contexte : Mistoudin ne mangeait pas de poires réelles. L'expression est synonyme de « se moquer des gens en les bravant, les railler de gaieté de cœur. »

19. Elle se trouve dans LE ROUX, Dict. com. (Mâtin) et même dans LITTRÉ (Chien, 100).

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