‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 16 sur 59 · EXPRESSIONS PROVERBIALES · texte numérisé non relu

EXPRESSIONS PROVERBIALES

goguenard, que tient le Pot de terre : « Monsieur de fer », dit-il à l’autre, « vous m'excuserez s’il vous plaist : je suis un pauvre compagnon, qui n'ai brebis ny mouton, mais je n'iray point avec vous, car ÿ ne faut qu'un moins de rien, ou demie cholere pour me casser, et puis adieu Fouquet : allez votre chemin, et moi le mien : le premier arrivé fera le logis à l'autre. » (1, 247). Il faudrait citer aussi, au chapitre X d'Eutrapel, le travestissement rustique du Saint-Graal, « apres lequel les Chevaliers errans couroient, comme petits gars qui auroient adiré leurs vaches. » (1, 329).

Comme il faut s'y attendre, les proverbes jouent un grand rôle dans la prose de du Fail. Au reste, le goût des proverbes était général au XV° et au XVI siècles. La poésie gnomique des grands rhétoriqueurs en était pleine : « Mais, comme disoit Meschinot, Poëte Breton, après le beau temps vient la pluye, après la pluye vient le beau temps »31. Ainsi parle du Fail; je ne jurerais pas qu’en citant ce truisme avec référence, du Fail n'ait point mis dans son « comme dit Meschinot » un grain d’ironie à l'adresse de son vieux compatriote si sentencieux et dont les lunettes faisaient voir le monde sous des couleurs si moroses. Du Fail, lui, ne prenait pas tant au sérieux la sagesse des nations: il savait, comme Rabelais, choisir des proverbes amusants, pittoresques, pleins de verdeur. Il en use même plus que Rabelais; mais il ne faudrait pas trop crier à l'artifice et au système. Les proverbes, je le répète, foisonnaient dans la conversation, dans les lettres %, et se trouvaient chez les écrivains les plus graves. C’est là une bonne vieille mode que railleront au XVII siècle

30. Bien que je n’'aie trouvé aucun autre exemple de cette phrase, il est évident que c’est là une formule toute faite, un dicton: on y remarque la rime, et il suffirait d’une légère correction « [ny] brebis » pour faire du second membre un octosyllabe comme le premier.

31. Eutrapel, II, 88. — Lunettes des Princes, éd. de Gourcuff, v. 1.

32. Citons un exemple inédit tiré d'une lettre fort grave et fort cérémonieuse que contient la liasse Beaulieu de la série E des Arch. dép. d’Ille-et-Vilaine : « On dit communément qu'il n'y à faute si lourde qui ne se puisse amender par bonne recognoissance du meffaict, qui est cause que encores que j'aye grandement failly en vostre endroit de ne vous avoir point escript jusques à present, je ne laisse pour cela maintenant de vous protester que toute ma vie je vous seray fidelle et cbeissante sœur, me resolvant en ceste vulgaire opignion que mieulx vaut tard que jamais, etc. » (Lettre d'Esther de Beaulieu à sa sœur Suzanne).

la Comedie des Proverbes et le monologue de Pett-Jean au début des Plaideurs.

L'intervention des proverbes dans les dialogues d'un du Fail ou d’un Cholières est donc loin d'être un procédé, et notre auteur est sans doute véridique lorsque, au chapitre VI d'Eutrapel, il introduit dans la conversation un sieur de Launay-Perraud dont le seul rôle est de prononcer cet adage un peu trop évident : « Il est bien heureux qui à un bon voisin. » 3 ([, 290). Hätons-nous d'ajouter que les proverbes et locutions proverbiales de du Fail ont généralement plus de saveur. Il les accumule volontiers. « Qui aura affaire de feu, si le vienne trouver », dit Eutrapel qui propose plaisamment de se faire rechercher en mariage contrairement à la coutume; à quoi Lupolde réplique : « À bon vin il ne faut point d'enseigne : tu es une assez belle happelourde, et capable d'en tromper une bien affettée : ne te soucie, Robin trouvera toujours Marion. » 8% (II, 251). Le même Lupolde interrompt un développement d'Eutrapel pour débiter cette kyrielle : « Hantez% les boîiteur, vous clocherez ; hantez les chiens, vous aurez des puces ; il souvient tousjours à Robin de ses flustes 86 » ‘T1, 111). Un fermier veut-il consoler un fils de la mort de son père, il lui présentera ainsi l’idée de la fatalité inéluctable : « JL nous faut tous passer par là ou par la fenestre » (IT, 67).

Pour prendre au hasard un chapitre des Contes d'Eutrapel, nous notons au chapitre VI, un des plus courts et un des moins débordants de verve populaire, les locutions suivantes : à savoir si la main alloit au bonnet ou le bonnes alloit à la main ; — à hardy homme court baston, à bon maistre hardy valet ; — n'estre Sujet à courir apres son esteuf 7; — pour

33. Cf. SOLON DE VOSGES, Adages : « Bien a en sa maison, qui de ses voysins est aymé. »

34. Cette locution, qui est un souvenir du célèbre « jeu » d'Adam de la Halle, se retrouve par exemple dans la farce du Musnier, v. 135, dans des Periers (trad. du Lysis, éd. Lacour, I, p. 27), etc.

35, Assézat imprime « chantez » (!!)

36. Ce proverbe se retrouve dans le Moyen de parvenir, chapitre XXXI, Le Grand Parangon (éd. Mabille, p. 117) le donnait sous cette forme: « il souvient tousjours à un tambourineux de ses flustes, »

37. Voir la note d’Assézat (I, 284, n. 3). Au jeu de paume, il était désagréable d'être obligé de courir après son éteuf (balle). Je retrouve cette expression

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