C'est Eutrapel — du Fail qui parle
65. Voilà un augmentatif allitéré qu'on pourrait joindre à nos exemples d’allitérations (ci-dessus, p. 37).
du Fail, après avoir écrit la première partie de la phrase, à oublié le premier sujet pour porter sa pensée toujours mobile sur un collectif masculin tel que « homme » ou « peuple ». Bien téméraire serait l'éditeur qui, passant outre à la concordance de toutes les éditions, remplacerait ici son par nostre. On voit par ce second exemple, que nous avons choisi sérieux à dessein, que l’auteur d'Eutrapel transportait Jusque dans l'expression des idées calmes ou graves les procédés syntaxiques violents de la conversation négligée : et c'est bien cette absence de nuances et de perspective que nous reprochons surtout à son style. ;
Inutile d’insister longuement sur les eliipses, parenthèses, anacoluthes, pour démontrer qu'elles aussi ont le point de départ dans la conversation familière. Nous reviendrons sur l'ellipse. Les petites parenthèses sont déjà nombreuses dans les Propos Rustiques, où l’on peut trouver qu'elles font bien dans la bouche de vieillards précautionneux et parfois un peu ironiques : en général très courtes, elles interrompent un instant le cours de la phrase sans le faire dévier. Elles s’allongent dans Eutrapel et, après leur passage, l’auteur renoue tant bien que mal le fil brisé. Il y a au chapitre XX (II, 142) toute une parenthèse de six lignes, d’ailleurs amusante, où du Fail nous renseigne sur les diabloteaux de Suède qui, comme les « follets » du Mogol, « font office de valets 66 ». Cette parenthèse comiquement documentaire a été amenée par ce simple début de phrase : « Le pauvre Diable », — où le mot « diable » désignait du reste un homme 67. Il y a des cas où la parenthèse apparaît beaucoup moins nettement et, comme nous l'avons déjà regretté, n’a été marquée ni dans les éditions anciennes ni dans les éditions modernes. On peut : se demander parfois s'il ne vaut pas mieux l’admettre et la marquer que de conclure à une anarchie syntaxique totale. Soit le passage fort connu et intéressant, où du Fail a parlé
66. La Fontaine, Fables, VII, 6. — C'est Olaüs Magnus qui avait renseigné les Français sur les.« trolls » de son pays. Du Fail avait peut-être tout simplement lu l’Hymne des Démons de Ronsard (1555) et, avec sa mémoire infidèle, substitué Suede à Norouëgue.
67. Ce procédé des parenthèses atteindra des proportions encore bien plus grandes dans le Moyen de Parvenir, de Béroalde de Verville.