‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 25 sur 59 · CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIT

Éléments savants.

Cette prose où abondent les tours populaires est pourtant savante en grande partie. Les deux catégories de style alternent ou se mélangent constamment. Au cours d’un récit très lestement conté, du Fail nous transporte dans une église où vient de se réfugier à toute allure un gentilhomme poursuivi par un sergent et des paysans; le fugitif s’installe à la place d’un saint et ne bouge plus :

« estant ainsi en rang de bataille, son espee au poin, ressemblant un sainct Julien : à necessité ! que tu sais bien faire promptement ouvrir les cabinets de tant d’esprits qui sont en l’homme, oit d'une voix et tumulte, Où est 11]? gar de çà, gar de delà, il est au letrin, non est, c’est derriere le grand autel, les plus in gambe (ô le gros rat) qu'il estoit monté au clocher 1 », etc...

Eclairci par des parenthèses (de « à necessité » à « oit ») et quelques points de suspension, ce passage peut amuser et rend bien une poursuite fébrile. Comme éléments d’origine populaire nous notons les exclamations « gar de çà, gar de delà », la formule « non est » et la violente ellipse qui suit «les plus in gambe »; l’ellipse d’un verbe tel que « s’écrient » est motivée par la presse du narrateur qui veut rivaliser avec celle des poursuivants. Mais déjà on sent quelque chose de forcé non seulement dans cette amputation, mais dans la brusque exclamation entre parenthèses (« Ô le gros rat ! ») qui vient s’intercaler entre le verbe déclaratif absent — si l'on peut s'exprimer ainsi — el la proposition complétive « qu'il estoit monté ». Du Fail avait à dire quelque chose

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