CONSTRUCTION DE LA PHRASE
on y voit à nu le procédé de l'auteur, qui accroche vaille que vaille ses phrases les unes aux autres, avec le seul souci de trouver des expressions drôles et des périphrases gaillardes. On s'attend à un point après « refroidir sa fureur. » Mais la phrase — si l’on peut employer ce mot de « phrase » — repart de nouveau à l’aide d’un relatif; nouveau rebondissement sur reverend et passage à une idée différente au moyen d'un lequel; la fin nous promène d'’ellipse en ellipse. Pour employer une expression dont se sert Eutrapel lui-même 5, c'est écrit « les pouces à la ceinture », c’est-à-dire avec une joyeuse insouciance.
Les raisons de-ce laisser-aller sont diverses : il en est de toutes négatives, et il en est de positives. Après le vigoureux effort des Propos Rustiques, avoué par l’auteur, et que nous devinons à le lire et à parcourir ses minutieuses corrections de 1549, du Fail trouva certainement plus commode de laisser courir sa plume à l'aventure. Il n’aimait pas la contrainte. Dans son esprit vif, mais sans continuité, les images et les idées se succédaient très vite; il voyait et pensait fragmentairement. Il nous à dépeint sa nervosité : « Eutrapel prit la parole à la volée, comme estoit sa coutume » (1, 165). En perdant de plus en plus de sa cohésion et dé sa tenue, le style de du Fail se conforma aux allures et à l’idiosyncrasie d'Eutrapel. Il se conforma aussi à certaines théories réalistes qui se manifestent dans les Baliverneries et que nous avons dégagées ailleurs#; elles élaient éminemment propres à encourager la paresse artistique. La phrase célèbre où du Fail, faisant l'éloge d'Albert Dürer, préconise le réalisme, nous a précisément fourni un bon exemple de syntaxe amorphe 5.
Toute l'attention de du Fail se porte désormais sur Îles procédés syntaxiques qui donnent l'impression de la vie rapide et du mouvement. Personne n'a encore observé qu’il avait indiqué lui-même dès 1548 dans quel sens il entendait travailler après les Propos Rusliques. À la fin de la préface
Se 14 10 4. Vie et Œuvre, chapitre VIII.