‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 43 sur 59 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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des Baliverneries, — si péniblement écrite, — il confie à son « grand ami H. R. » que si ses Propos furent « choses indisposées, mal couchées, mal dressées, sans lime, encore moins de grace » (nous ne sommes pas forcés de croire à une humilité aussi complète), il ajoute qu'il médite de nouvelles baliverneries « si croissant l'aage, le scavoir s’amplifie tellement que la plume plus vivement se puisse tourner ». La vivacité, telle est en effet la qualité qu'il s’efforça d'acquérir, tel est l'idéal auquel il sacrifia tout le reste.

Nous pouvons ramener à deux chefs principaux les particularités de style individuelles de Noël du Fail : la rapidité et la dyssymétrie ou recherche de la variation.

I. — A la rapidité correspond essentiellement, mais non exclusivement, l’ellipse. La proposition infinitive a l'avantage de la rapidité, sans être pour cela elliptique : fort employée par Rabelais, elle l’est aussi, et plus encore, par Noël du Fail. Dans lés Propos Rustiques et les Baliverneries, on peut rencontrer des tournures telles que : « je vous prie que vous disiez »; elles sont remplacées dans Eutrapel par : « je vous prie dire ». Le sujet de l’infinitif est parfois assez difficile à déterminer. « Je vous prie », dit un interlocuteur, « estre tant soit peu ouï, avant faire mon procès » (II, 277). Le sujet change, sans que du Fail nous prévienne : c'est d’abord « moi », puis « vous ». Il, 100, « Je m'affuble de son manteau, estimant estre le mien 6 ».

Il n’y à pas à insister sur les ellipses de pronoms sujets ou d'articles, l'usage de du Fail ne différant pas en cela de l'usage ordinaire de son temps. Il n'y a pas à insister non plus sur certains procédés de narration vive dont il ne me paraît pas avoir abusé et qui se retrouvent chez d'autres conteurs. Lorsque du Fail dit de Tourtelier : « il fit un petit arc d’arbaleste, lequel il mit sur la grosse enclume, la clef sous l’huis, et au pied vers les Trois Maries 7 pres Rennes 8 »,

6. Sur la proposition infinitive précédée de que, voir ci-dessous, p. 71.

7. Nom de paroisse bretonne. Aujourd'hui Corps-Nuds (canton de Châteaugiron).

8. 1, 321. Dans cette phrase, l’ellipse totale du verbe n’est certaine que devant « au pied. » Il est possible que dans la pensée de du Fail « la clef » fût gouvernée par « il mit », exprimé une fois.

ces ellipses de verbes destinées à peindre une succession vive d'actions sont aussi naturelles et légitimes que celles que nous trouvons par exemple chez Daudet (Les Vieux) : « je mis la clef sous la chatiere; mon bâton, ma pipe, et me-voilà parti ».

De temps à autre apparait l'infinitif de narration, aujourd'hui quelque peu désuet. Il se trouve avec ou sans de : «et moy de fuir » (IT, 102). Voici un exemple particulièrement riche : « Soudain le bruit espars dans la ville, cloches de tonner, chapitre de capituler, desploier bannieres, ..… allumer torches, vestir de faux pauvres, accoustrer parfums, noircir Eglises, tendre la biere... » (II, 310). Mais, contrairement à ce qu'on pourrait supposer a priori, du Fail a usé avec beaucoup de discrétion de ce genre d’infinibif 10, C’est ailleurs qu'il nous faut chercher les particularités et bizarreries de Noël du Fail.

D'abord il ellipse le plus qu'il peut les verbes déclaratifs comme dire, répondre, demander, ajouter, etc. Parfois, mais rarement, nous le voyons absorber ce verbe dans celui qui exprime un fait concomitant : « Je le vous diray, travailloit le senateur » (II, 311), c’est-à-dire, « disait en travaillant, disait avec effort ». La locution « dit-il » est parfois omise :

9. Cf. encore, dans Eutrapel : II, 72 : « Incontinent force chandelles »; II, 74: « Lors tout le monde à cheval, … »; II, 68: « Lors notaires en besogne, cent escus baïillez au maistre, … »

10. Dans son article sur l’infinitif de narration (Revue de Philologie française, XVIII, p. 161-167), M. L.-E. KASTNER à noté sept exemples chez du Fail. Or de ces sept, trois sont faux : preuve que du Fail est difficile à lire, même pour des philologues de métier. Voici ces trois exemples signalés ivdüment par M. Kastner : 10 II, 197 : « le Poete aussi delivré d’un grand faix qu'il se voyoit preparé, et de n’ouir point, Helas! le defunct n’eust pas fait ainsi. » 11 est clair que l’infinitif ouir dépend de delivré, tout comme le substantif faix : c’est un cas de dyssymétrie; du Fail aime à accoupler au même joug des

éléments hétérogènes. — 20 I, 160: « J’ayme le piot, que voulez vous? et puis me mettre à dormir. » Ce cas est le même que le précédent : le substantif piot et le verbe me mettre sont tous deux gouvernés par j’ayrne. — 39 I, 176: « et

annar vite à la prochaine maison. » Si cet andar vie (et non annar vite) était de du Faïil, ce serait un exemple d'infinitif de narration en italien plutôt qu’en français; mais andar est de l’interpolateur Jean Maugin, et le texte authentique de 1549 porte « et vie à la prochaine maison. » — M. BEHM (Infiniti, p. 73) signale cinq cas d’infinitif de narration et ses exemples sont justes; seulement M Behm a tort de prétendre que le dit infinitif ne se présente qu'une seule fois sans la préposition de; rien que dans le grand exemple collectif cité par nous (11, 310) on compte cinq cas sans de, et on ne peut pas soutenir que nous ayons affaire ici à la non-répétition de cette préposition, exprimée devant les deux premiers infinitifs; si elle est exprimée, c’est qu'il y à des sujets substantifs, tandis que les autres infinitifs ont un sujet indéfini non indiqué.

« Je sais assez (advisageant Lupolde), que nostre temps... » (IT, 215).

Le cas le plus ordinaire, c’est la suppression du verbe déclaratif non seulement quand il a été exprimé une fois (nous reparlerons plus loin de la non-répétition ou haplologie), mais lorsqu'il se trouve plus ou moins clairement contenu dans un verbe déjà exprimé. Ce dernier peut même faire totalement défaut. Exemples : I, 261, « Lupolde luy parla du lieu, comment, et les enseignes de tout l’affaire ». If, 277, « La mesme eschole et assemblee se mist à criailler Sur luy, et de plus belle, qu’elles en savoient assez ». Il, 264, « Quelqu'un... a voulu deguiser le point, et qu'à tous... » Déjà, dans ce dernier exemple, c'est à peine si l'on peut soutenir que le verbe déeclaratif (« et [prétendre] qu'à tous...) est implicitement contenu dans « deguiser le point ». Il serait vain de se poser pareille question dans le cas suivant : IT, 175, « encore en estoient ilz remerciez, et [on les priait]) qu'ils retournassent ».

C'est par l’ellipse des verbes déclaratifs que nous pouvons expliquer ces étranges infinitifs que nous voyons surgir chez du Fail et qui fonctionnent comme des verbes à un mode personnel. Exemple : « Tant y a que les anciens jusqu'alors n'en avoient ouy parler; et estre (= et c’est) au jugement plus seur et uniforme, punition divine » (II, 225).

La transition vers ces infinitifs, en règle générale précédés de et ou de toute autre copule, nous est certainement fournie par les propositions complétives coordonnées où la proposition infinitive se présente, amenée par un besoin de variation (dyssymétrie), à la suite d’une ou de plusieurs propositions complétives avec la conjonction que. Marquons les étapes de cette évolution :

1° Le verbe régissant est exprimé et suivi d'abord d’une complétive avec que ; la proposition infinitive vient ensuite : « Eutrapel... concluoit par l'autorité de ce savant homme Panurge que magis magnos eclericos non sunt magis magnos sapientes, et n’en avoir veu de sa vie deux convenir en une opinion » (II, 44).

2 Dans des constructions plus libres, la première propo-

sition avec que fait défaut, mais avant la proposition infinitive se trouve une autre proposition qui rapporte les -paroles d'autrui; de sorte que la notion de style indirect, non représentée matériellement, existe en fait. Exemple-type : « Vesiel, ce notable marieur, ..… m'en vouloit l’autre jour donner une : elle n’est pas riche, disoit il, mais c’est un beau vaisseau pour porter enfans : outre, avoir, sub eodem tecto, . deux bons moulins » (II, 243). Au lieu de continuer à citer en style direct les paroles de Vesiel et d'écrire : « outre, j'ai sub eodem tecto, etc... », du Fail, par besoin de dyssymétrie, passe sans crier gare à la proposition infinitive. La construction n’a rien de grammatical; cependant, grâce à l'incise « disoit-il », l'idée de discours indirect plane sur toute la phrase, et le lecteur devine sous la phrase actuelle la construction, normale chez du Fail : 1° Vesiel disoit que...; 2° en outre fil disoit] avoir.

3° La proposition infinitive est complètement indépendante, sauf qu'elle traîne avec elle une conjonction de coordination, survivance et indice de son origine.…, et Noël du Fail parle petit-nègre : « Or 1 Lupolde avecques son escritoire a mené cinquante hommes d'armes à la guerre, et cela estre fort relativement prononcé en bonne Logique » (II, 252). « Ce livre fut... transporté en la ville de Tiberiade..., et estre ce secret cogneu à bien peu de Juifs » (11, 345. « Mes compagnons et moy ne durasmes gueres, el estre bien vray, Farine de Diable, n’estre que bran 12, et choses mal acquises devenir à neant » (II, 202). Evidemment, ces cascades d’infinitifs plaisaient à l'oreille de Noël du Fail.

Parfois, mais très rarement, la conjonction et vient à manquer, ce qui arrive dans ce début de réplique (II, 267) 13 :

11. L'édition Assézat porte « Et Lupolde. » On lit « £t ainsi Lupolde » dans les éditions 1597, 15982, 1603. Les éditions publiées du vivant de du Fail (1585, 15861, 2) ainsi que 15981 donnent : « Or Lupolde... » C’est la leçon que nous avons adoptée.

12. Expression proverbiale que M. ERNAULT (Mélusine, IX, col. 261) rapproche d'un proverbe breton. Une anecdote du Moyen de Parvenir (chap. XLWV), empruntée du reste à Pogge, illustre le calembour scatologique sur le double sens du mot bran.

13. On trouvera dans la dissertation de M. BEHM (p. 22, 40, 42) une abondante collection d’infinitifs faisant fonction de verbe principal. Mais M. Behm n’a pas noté la présence à peu près constante de et ou d’une conjonction de coordination devant l’infinitif et n’a pas présenté avec précision l'origine de l'infinitif faisant fonction d'’indicatif, Quelques-uns de ses exemples sont faux :

« Nenny, dit Eutrapel, ma raison estre que... ». Faut-il croire que dans la réalité Eutrapel-du Fail ait parlé de la sorte ? C'est bien douteux. En somme, du Fail a tout simplement transporté dans le discours direct les procédés du discours indirect 14.

L'un des traits caractéristiques de la syntaxe de Noëi du Fail, surtout dans £utrapel, c'est l'emploi extrêmement étendu de l’infinitif pur, sujet de verbe ou complément de verbe, de substantif ou d’adjectif. Dans son désir de brièveté, du Fail supprime les prépositions de et à dans des proportions beaucoup plus fortes que ses contemporains. Il nous suffira de donner ici quelques exemples, en renvoyant pour le reste aux listes dressées par M. Behm :

Exemple d'infinitift sujet logique : 1, 213, C’est deshonneur parler ; I, 228, que ce soit mal fait yvrogner ; II, 336, s'il estoit licite le nommer homme #5 ; II, 30, sa resolution estoit le faire mourir.

Ellipse de de après des verbes : Il, 108, achevé devider ; IT, 323, je n'ai que faire me marier ; If, 231, s’efforceront vuider ; II, 189, vous m'accusez avoir mangé du raisin.

Ellipse de de après des substantifs et adjectifs : Arréts, éd. 1579, p. 252, permission porter armes ; II, 168, ayant permission acquerir ; Il, 93, avec advertissement le faire court ; Il, 127, avons belle envie faire comme les Candiots ; IL, 26, il n’y avoit plus moyen dire ; Il, 321, il est aisé juger ; H, 261, il est aisé juger.

Ellipse de à : IT, 324, ne te travaille pour neant chercher ;

ainsi dans la phrase citée p. 41 (du Fail, II, 269 et non II, 209) : « ils commenceront de plus belle, qu'ils y perdent tout le leur, mais qu'il n’y a de remède, il faut depescher marchandie, estre estrené », il est clair que ce

dernier infinitif dépend de « il faut », tout comme « depescher » et par suite n’a rien à faire avec l'emploi de l’infinitif qui nous occupe en ce moment.

14. En considérant un certain nombre d'exemples on est amené à penser que du Fail a été entrainé à ces abus de la proposition infinitive par l'habitude des résumés de procès, d’arrêts, de dépositions de témoins, etc... bref par ses habitudes de juriste. Voici quelques-uns des exemples dont nous parlons: I, 239 « et avoir esté ainsi jugé. » II, 178 « et avoir esté de tout temps immemorial ainsi observé, gardé, et jugé. » I, 305 et ainsi avoir esté jugé. » Tout cela sent l’homme de loi.

15. Dans ce passage du chapitre XXXIV d'Eutrapel, du Fail transcrit presque mot pour mot un passage de la traduction des Diverses Leçons de P. Messie par CI. Gruget. Or on lisait ici (Div. Leç., II, XXXIID) : « s'il est licite de le nommer homme. » Du Fail a supprimé le de de son modèle.

Il, nous ont enseigné laisser ; II, 320, faillir vous dresser. Arrêts, éd. 1579, p. 271, condamne... remettre ; ibid. 308, condamné payer.

Nous ne faisons qu’aborder sommairement quelques-unes des questions relatives à l’infinitif chez Noël du Fail ; ce que nous en avons dit suffit déjà à faire comprendre quelle importance inusitée il a conférée à ce mode : il le détache, le débarrasse de prépositions qu'il juge encombrantes, l'élève à la dignité de mode personnel rêve de lui faire exprimer tout; ici linfinitif à lui seul marque un rapport de cause : « où seulement y avoir songé je resterois perdu » (II, 236)16; là un rapport de moyen : « laquelle [santé] ne pourrez mieux entretenir que mettre en cholere vostre Lupolde » (II, 106) 17. Non content de faire alterner la proposition infinitive et la proposition complétive ordinaire, du Fail imagine de les amalgamer et de faire précéder l’infinitif de la conjonction que. Le cas est fréquent chez lui ; et il écrit avec sérénité : « De ma part j’ay tousjours estimé que la plus grande finesse qui puisse estre en ce monde, estre, aller rondement en besongne » (IT, 222), et voilà encore l’infinitif installé dans les fonctions de l'indicatif ; il équivaut en fait à un plus-queparfait du subjonctif dans une phrase comme celle-ci : « De peur qu'un Roy ou grand Seigneur ne l’eussent enfermé en quelque château, et le contraindre (—et ne l’eussent contraint) à faire illec une infinité de lingots » (I, 325). Si nous ajoutons à cela des infinitifs de narration, quelques infinitifs marquant l’antériorité d’un fait par rapport à un autre (ellipse d’après) et des cas divers dans le détail desquels nous ne saurions

16. Entendez : « rien que d’y avoir songé » ou « pour y avoir seulement songé. » Ce cas est très voisin de celui qu’on appelle communément « ellipse d'après. » (Cf. ci-dessus, p. 57). Et il se pourrait fort bien que cette dernière tournure, encore mal éclaircie (après ne Ss’ellipsant pas), eût son origine dans des ellipses du de causal; on sait que la préposition de, aujourd'hui à peu près vide de sens devant l'infinitif a exprimé jadis un rapport de cause, d'origine. L'évolution pourrait se jalonner ainsi: 10 D’avoir couru, il fut lassé. 20 Avoir couru, il fut lassé. 30 Avoir couru, il s’assit. Propter hoc, ergo post hoc. Mais nous ne pouvons présenter ici qu’une conjecture.

17. Entendez « qu’en mettant en colère. » On peut admettre ici une attraction exercée par le premier infinitif, Mais quelles que soient les explications qu’on puisse trouver pour les cas particuliers, un fait général est certain : du Fail a essayé de faire rendre à l’infinitif tout ce qu'il pouvait rendre, et même davantage.

entrer, nous conclurons que c’est le mode de prédilection de Noël du Fail, et que si celui-ci n’a pas inventé le télégraphe électrique, il en est au moins le précurseur en ce sens qu'il écrivait déjà en style télégraphique.

Le goût du raccourci apparait encore dans l'emploi des participes présents et passés. Substantivé ou non, le participe présent tient lieu d’une incidente avec qui: « il choisit ce venerable Praticien, rien ne disant » (II, 213), comprenez : « qui ne disoit rien ». Nous notons chez du Fail de nombreux participes présents substantivés qui admettent néanmoins un régime direct, — cas extrêmement rare aujourd'hui et qu'on ne trouve plus guère que dans quelques locutions comme « les ayants droit ». Avec suivre et poursuivre 18, le cas est particulièrement fréquent chez du Fail, mais on en trouverait facilement des exemples chez d'autres prosateurs du XVI® siècle 19. Voici qui est plus spécial à notre auteur : I, 229, les faisans le contraire. Il. 269, ces scachans tout. IT, 168, ces sentans encore la charrue. Il, 334, aux croyans et ayans ferme foy et esperance en luy. Il, 310, tous ses gens et autres pretendans droit et interest pour le secourir. — Exemple adjectival : I, 134, la mieux entretenante les gens.

En ce qui concerne le participe passé, nous pouvons noter assez souvent des cas comme ceux-ci où le verbe régissant mais non essentiel est mis au passif : Il, 88, Adrien, ja commencé estre aboyé, eust bien voulu (= le pape Adrien, que l'envie commençait déjà à attaquer). II, 142, sa maison, essaiée estre diffamée par cest hoste (= que cet hôte avait

essayé de diffamer). I, 328, illec fait mettre (= qu'on avait fait mettre là). Il, 85, fut fait descendre par le maistre du festin 2, — Ces tournures, qui dans une étude systématique

se classeraient plutôt dans le chapitre du passif, sont

18. II, 229 « un poursuivant l’estat de president. » II, 114 « les poursuivans braves et hautes executions. » Cf, encore, II, 36, 258.

19. Cf. d'AUBIGNÉ, Hist. Univ., 64. de Ruble, III, 308 « avoit esté mené là dedans par un suivant le duc de Guise. »

20. Avec l’auxiliaire faire on trouverait d’autres exemples du même genre au XVIe siècle. Exemple Louis Guyon, Diverses Leçons, I, IX : « il [le renard] fut enfin fumé et fait mourir, »

21. Le chapitre du passif ferait place également à des exemples comme celuici: II, 6 « non sans estre espiez s’ils tomberoient » (il s’agit des fuseaux. Le sens est: « non sans qu'on épiât leur chute).

considérées comme « populaires » par M. F. Brunot 2; nous les avons groupées à seule fin de donner de nouveaux exemples de la concision de du Fail.

L’ellipse est des plus fréquentes dans les cas de coordination. Nous ne parlons pas seulement ici de la non-répétition du même terme (type : mes -sieurs ei dames), mais de la « mise en facteur commun », — nous aimerions cette désignation mathématique, — d'un terme qui ne se répéterait pas tel quel devant le mot coordonné (lype : son honneur et gloire). Ces procédés économiques se retrouvent plus ou moins chez tous les auteurs du XVI° siècle; ce que nous pouvons dire, c’est que du Fail est de ceux qui s’en servent le plus volontiers. Voici quelques exemples :

1° Non-répétition pure et simple. L’ellipse de que+on rend cette phrase obscure à première vue : Il, 129, « Lupolde... dit qu'on ne s’esbatoit plus comme on faisoit de son temps, et [qu’on] n’entendoit rien à gouverner le monde ». — Ellipse de que +nous dans : « cela fera entendre... que nous avons esté bons mesnagers, [que nous] ne nous sommes laissé aller... » (1, 214). — II, 277, « qu'elles en savoient assez, [qu'il] avoit beau dire.

La phrase suivante offre une ellipse très hardie de la négation ne : «ne Jurer en l’ame de personne, et ne se fourrer que bien peu et [n’Jembrasser trop opiniastrement les affaires d’autruy » (II, 222). Aucune édition ne donne ce n’ et je ne crois nullement nécessaire de le rétablir.

Ellipse de l’auxiliaire avoir dans le cas suivant : « il avoit esté interrogé et [avoit] passé... (IT, 19).

Dans la phrase suivante, le pronom personnel ellipsé à la même forme que le pronom exprimé, mais remplit une fonction différente : « où (— alors que) nous les devrions

soulager et [nous] accommoder à leur simplicité » (II, 275).

22, Hist. de La L. fr., II, 433. — A propos de participe passé et de passif, M. Brunot me paraît dans l'erreur lorsqu'il signale comme un exemple curieux de participe passé de verbe intransitif le passage suivant de Noël du

Fail: « une autre femme, licenciée de tout dire. » Licencier était un verbe actif, et la tournure en question n’est pas plus surprenante que le serait « autorisée à tout dire. » Cf. GODEFROY, Complt, s. v. licencié, licencier.

RABELAIS, III, 13 « licenciees à faire ce que voudront. » DU FAIL, II, 214, 242,

2 Le terme ellipsé eût été différent du terme exprimé. Les exemples abondent. En voici quelques-uns :

Pronom personnel : l'avoit borgné et [luy avoit] bandé les yeux » (II, 19).

Pronom relatif : II, 173, toutes sortes d'injures qu'ils (les malfaiteurs) s’entre-apprennent et [dont ils] tiennent eschole.

Verbe : I, s’estant essuyé les yeux... [ayant] escuré et adoucy son estomac de quelque pied de mouton, beu... — Il, 357, Les villes ont quelque beauté, mais [sont] de nulle commodité. — On sait déjà que du Fail se dispense d’exprimer les verbes déclaratifs dès qu'ils peuvent passer pour être implicitement contenus dans un verbe exprimé.

Préposition : I, 180, au dernier encherisseur et [à] esteinte de chandelle.

Par la « mise en facteur commun », du Fail n’exprime en général qu’une fois un mot différemment régi, par exemple complément direct et complément prépositionnel. Voici un type de phrase d'usage courant chez lui : « trouver et passer le temps avec Lupolde ». Les cas de ce genre peuvent être considérés comme des ellipses, car déjà au XVI° siècle commence à prévaloir l'usage moderne qui consisterait, dans l'exemple cité, à exprimer d'abord Lupolde, puis à le représenter par luy après la préposition avec. Ici, comme dans la plupart des cas, du Fail n’a fait que profiter jusqu'à l’abus d'une liberté qui existait avant lui : Rabelais écrivait par exemple : « complaire et delecter le malade » (1% Prologue du |]. IV).

Exemples :

attraper

L 249 et venir à bout de

À ceste infortunee damoiselle.

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et se moqua d’\

ils avoient recueilly | Ul et faict plaisir à À YSSe:

n'outrepassoient n'y n’alloient plus loin qu’en

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295 | 284 simple menace.

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