Imprimé. « Yvre. » (OUDIN, Curios. franç
9. Exemple : Montaigne, II, 11: « La chaleur naturelle, disent les bons compaignons » (= les bons buveurs).
3. Notons le même emploi de « joli garçon », autre euphémisme qui recouvre la même réalité. Cf. LITTRÉ, s. v. joli, 30. Alph. Karr, Les Guépes, févr. 1841 : CANIN ST detre sont sortis hier d'un cabaret, après le couvre-feu, et un peu jolis garçons. »
en revinst bon compagnon » (= ivre). — Arch. du Morbihan, E, suppl. IT, 421.
Bonne compaigne. — II, 255, « une qui en sa jeunesse a esté
bonne compaigne » (= gaillarde qui a eu des aventures et fait la fête).
Borgner. — II, 19, « l'avoit un jour borgné et bandé les yeux ». Ce verbe ne se retrouve nulle part, mais le sens est clair : boucher la vue, aveugler.
Bouillans. — II, 354. Voir bouillons.
Bouillons. — Terme provincial : boues, bourbier. II, 12, les filles «estoient aux bouillons » ; IT, 207, « tirer nostre penible vie des bouillons et recharges où elle est empestree et arrestee ». M. Courbet comprend : « agilations », en quoi il a tort. Assézat avait très bien traduit par « boues ». Polygame compare sa vie à une charrette embourbée (Coulabin, Dottin, etc.….). Au chapitre XXXV (IT, 354), « pêché aux bouillans », quoique ce soit la leçon de toutes les éditions, est certainement une faute pour « pêché aux bouillons ». Cf. pécher.
Bouillonneux. — Provincialisme : crotté. II, 98 (d'emploi courant en Ille-et-Vilaine sous la forme bouillonnoux).
Bouler. — II, 174, « boulions en partie par ces chemins là... » Assézat et M. Courbet comprennent : « jouer aux boules », et
j'estime que cette traduction est à la fois simple et juste (Cf. au ch. XXI d'Euitrapel la description d'une partie de boules jouée le
long du chemin). Mais Godefroy s'étant avisé de traduire bouler
par « marcher », dans ce seul exemple de du Faili, M. Sainéan a vu là un terme d'argot signifiant « aller », et a rappelé que le vocabulaire de Vidocq (1837) définissait bouler par « marcher » (Argot ancien, p. 168). Assurément, bien que du Fail ne soit pas prodigue de termes argotiques, un mot de cette catégorie ne serait nullement déplacé dans la bouche du chenapan qu'il fait parler. Mais M. Saïinéan supprime dans sa citation de du Fail l'expression en partie qui est pourtant intéressante et qui ne reçoit une signification précise que si l'on admet une partie de boules jouée par Chauvel avec ses camarades.
Bouleur. — Joueur de boules. Propos Rust., p. 75.
Bourder. — S'arrêter net. I, 279, « maugreoit Dieu comme un chartier bourdé ». Telle est la vraie leçon, donnée par 15862 et 15863, comme l'a démontré La Borderie (Bibl. Ec. des Ch. XXX VII, 595, et Arch. du Biblioph. breton, III, 94-97). L'édition de 1585, suivie par la plupart des autres, donnait bourde. Ajou-
LMD TOR
tons, à titre de curiosité, que l'édition de 1598 in-12 remplace ce mot par poltron (sic!) Cotgrave traduisit au petit bonheur par « gravelled » (ensablé). Bourder et se bourder sont encore d’un emploi courant en Haute-Bretagne (Cf. Coulabin, Orain, etc...). On dit plaisamment : « il a trouvé un échalier de bourdaine » pour dire : «il s’est arrêté » (afin de boire un coup). — J'attribue le même sens, bien que M. Courbet en ait fait un article spécial, au mol bourder du chap. XXIV (IT, 182) : « afin de ne bourder, et esitre recongneu pour eslourdi et ignorant ». Nous n'avons pas ici affaire à un dérivé de bourde (commettre une bourde, un impair) Nous devons comprendre que maître Pierre ne voulait paraître arrété par aucune difliculté : « de peur d’être pris de court », « pour ne pas avoir l’air de choper... ».
Bouter. — I, 153 : « Boule, boute, et ne laisse rien, je te pry. » = Va, parle, confe-nous ton histoire. 1,159 : « Boute, compere ». Propos Rust., 24 : « Boute, boute » (= Allons! Allons-y!)
CAne Dh-ciT. eN TL e6 (LesaCorrivaut)
Mais ce n’est pas cela ; je te supplie, escoute
Ce que je veux te dire. — Or là, mon amy, boule. Et comp., dans Noël du Fail, Propos Rust., p. 79 : « Poulsez, poulsez, dit Brelin » (= poursuivez).
Bragueux, adj. et subst. — Pimpant, galant et prétentieux. [Propos Rust., XIV; I, 120]. « A la fin de telz bragueux deviz » (il s’agit d'une déclaration d'amour ampoulée). 11, 272, « respondit ce bragueux » (petit-maitre). À
Braguibus. — Se dit d'un personnage prétentieux, Il, 81. Mot fabriqué sur bragard, bragueux, brague, avec une terminaison comiquement savante (Cf. coquibus, borgnibus, lourdibus, couillonnibus, elc.).
Brave, subst. verbal de braver. — I, 171, « entra... bien eschauffé, et avec une grande brave » (= en faisant l'important, avec un air de défi). Cf. bave (loquacité), piajje, etc.
Brifaut. — II, 197, « Brifaut à moi si tu faux. » Sur cetle phrase, qui devait être la formulette du jeu de brifaul, mentionné par Rabelais, voir notre note de la Revue des Etudes Rabel., t X (1912), p. 247-249.
Brifée. — II, 82. Voir : Brisée.
Briguet. — I, 240, « mestifs et briguels. Godefroy d'après Sainte- Palaye et M. Courbet d’après eux définissent : « gens issus de pères nobles et de mères roturières ». Mais cette définition,
fondée sur la phrase de du Fail, explique simplement le sens métaphorique de briguet, et ne rend pas compte du sens vrai. Briguet n'est qu'un doublet, avec légère variante phonétique,
du mot briquet et désigne comme lui une espèce de chien. Dans l'Orléanais la chasse sauvage s'appelle La chasse-briguet (Laisnel de la Salle, I, 171) et dans la Touraine la chasse-briquel (A. Harou, À travers le monde, 1898, p. 4). Le briguetl ou briquel, outre le sens que donnent nos dictionnaires, devait signifier un chien de race mixte, « mestif », comme dit du Fail.
Briquet. — I, 264, « mastin, levrier ne briquet ». Dans la phrase de du Fail ces trois mots sont le développement du mot « chien », Aussi est-il impossible de comprendr: par quelle opération culinaire Cotgrave a réussi à faire de ce briquet un levraul. Le mot a déjà été signalé dans Charles d'Orléans, et je le note plus anciennement dans La Manière de Langage (1396), édition P. Meyer, p. 403 : « Ou est Bryket, le petit chien? »
Brisee. — II, 82. Il s'agit d'un individu affamé qui dévore : « faisant une terrible brisee sur ce qu'il attachoit ». Assézat conjecture brifee, ce qui est ingénieux et séduisant, — d'autant que brisee n'est pas attesté ailleurs avec ce sens spécial. Mais toutes les éditions anciennes donnent brisee. Le mot appartient peut-être à l’argot ou à la langue comique. Il faut se rappeler qu’en jargon le verbe casser voulait dire « manger » (Cf. fam. « casser une croûte »). Briser a pu avoir cette acception.
Broc. — II, 71, « brocs ferrez ». Du Cange, texte de 1465 : « un broc ou fourche de fer, à charger foing ». — Coulabin : fourche à deux dents et à long manche.
Brouiller. — 1° Souiller, salir. I, 250, « brouillee et terracee ».
e° S'agiter, se démener. I, 215, « les ames... brouilloient quelquefois entre les sépulcres » ; II, 191, « brouillant, tracassant ». I, 144, emploi actif : « je tracasse, je brouille ces belles besognes »; et quelques lignes plus loin (1, 145), brouilier, neutre, désigne encore les menues occupations auxquelles s'emploie l'activité de l’auteur. Pour l'alliance de brouiller et de tracasser, cf. par exemple Montaiglon, XIII, 134 : « Tu brouille, tu tracasse, tu brasse ». Du Fail attribue à peu près le même sens au verbe barbouiller (voir ce mot), par un développement sémantique
analogue (troubler en agitant, — d'où : agiter, s'agiter). Brûler la chandelle par les deux bouts. — II, 70. Cette locution symbolise d'ordinaire la prodigalité. Aussi est-il étrange de voir du Fail s’en servir pour caractériser un avare. Un exemple de Carloix cité par Littré (s. ve Chandelle, Hist.), nous donnera la solution de l'énigme : « Et que de sa vie il ne fera la guerre à son royaume, ny contre ses subjects ; car c’estoit se battre soy mesme et brusler la chandelle par les deux bouts ». Or l'avare de du Fail, en lutte perpétuelle avec son propre fils, mourut d'un tour que celui-ci lui avait joué pour lui soutirer de l'argent.
Brusque. — Cet adjectif, déjà employé avant du Fail par Comines, par Rabelais ct par d'autres (Cf Rev. des Et. Rabel., IIT, 29; V, 312), n'a chez notre auteur aucune acception péjorative ; au contraire, il signifie : gaillard, galant, éveillé (Cf. notre art. rustre). Exemple Propos Rust., 40, « ne peut estre galant, brusque et savoir son entregent » ; Il, 270, « bon Gentilhomme, mais non trop brusque ny ouvert »; Il, 64, « nostre esprit se resveille, devient brusque et gaillard ». Comparer : des Périers,
nouv. XIII, « mignons, poupins, brusques ». Cholières, II, 382 : « humeur brusque et gay ».
Brusquement. — Joliment. Propos Rust., p. 44, « bien brusquement et au busq accoustré ».
Bue [Balivern., I, 188]. — L'interpolateur angevin glose « picher de terre » par « une bue, où un cruon ». Verrier-Onillon, Bue, cruche de terre: Paul Eudel, Loculions nantaises : bue = cruche en terre. Coulabin a bue et buée; Dottin (Pléchâtel), bù. — Voir Buye.
Busc (au). — A la mode. Ce sens, parfaitement vu par La Borderie, n’a pas été enregistré par Godefroy, mais il se dégage très bien des exemples des Propos Rust., p. 44, « bien brusquement et au busg accoustré »; p. 53, « me faisoit un beau plumart de plumes de chapon, et les me mettoit sur mon bonnet au vieux busq »; p. 86, « le chappeau bien et au busq »; 108, « Donnez ce pigeon, je le mettrai au busq ». Cette expression, si usuelle dans les Propos Rust., ne reparaît plus dans les deux autres ouvrages. Ajoutons que l'interpolateur des [Propos Rust.|, ch. XIV ; I, 130, nous parle d'un « saye » (vêtement d'homme) « au bust noir ». Ici le mot a sa signification concrète : on mettait des buscs ou busts aux pourpoints comme aux robes. De l'expression « vêtement, habit fait au busc s'est dégagée la locution abstraite « au busc » signifiant d'une façon générale « à la mode ». Cf. Monlaiglon-Rothschild, XIII, 4S : Le Triumphe des Veslementz, selon Le temps qui court, faictz au Buz (fin du XV- siècle). Dans cette pièce, le buz est le symbole de la mode. Cf. encore, ibid., II, 160-161. Bernard Palissy (Littré) parl « du temps que l'on commençoit à porter des ceintures et autres habits à la busque », et d’un homme qui criait dans les rues « les crucifix à la bisque », c'est-à-dire « à la mode nouvelle ».
Buscher. — II, 241, « buscher des astelles ». Casser du bois pour faire des bûches (du Fail vient de dire : « fendre du bois »). C'est un provincialisme. Orain : bûcher = tailler la soupe, couper le pain.
Buye. — II, 286, « ayant une buye ou cruche sur la teste » Voir bue. Lecomte (Dol) : buie. J'ai entendu buie à Vitré et à Rennes.
Calfeuter [Balivern., 1, 182. — Variante des éditions de 1548. L'édition de 1549 (f° 36 r°) porte calfeutrer. Calfeuler sans Tr n'est nullement une faute d'impression. Godefroy ne donne pas cette variante, mais fournit (Compl') des exemples de calfester, gallifester. Calfeutrer n'est qu'une altération tardive de calfater. Dans le passage de du Fail (« calfeut(r)er leurs travoilz »), je comprends : « emballer soigneusement leurs dévidoirs ».
Cameriste [Propos Rust., XIV ; I, 1291. — Ecolier qui prend pension en ville. Les exemples de Godefroy (Compl‘) sont postérieurs à celui-là.
Campane. — II, 111 : « luy, qui premier avoit mis la campane au chat ». Le sens de cette locution est parfaitement clair, et du Fail l’a glosée lui-même deux lignes plus haut : « disant qu'il
avoit commencé la noise ». Cela signifie donc : « allumer une querelle ». Du Fail avait déjà employé la même locution dans les Propos Rustiques, mais, — suivant son habitude à cette époque, — en évitant le terme provincial campane : « Jouan Pretin, qui mettoit le feu aux estoupes, et la cloche au chat » (p. 67). Assézat, en traduisant par « qui excitait les disputeurs et faisait kiss kiss » (I, 80, n. 4), avait beaucoup mieux compris cette locution que La Borderie, qui le critique, et qui se fourvoie en évoquant ici le souvenir de la fable du Conseil tenu par les rats (La Borderie, p. 209). Campane, au sens de « clochette, grelot attaché au cou des vaches ou des chèvres », est encore très usité en Haute-Bretagne (Coulabin). De même il est vraisemblable que Rabelais a tout simplement trouvé dans sa province natale ce mot campane qu'il emploie aussi, et où l'on a vu tantôt un emprunt italien, tantôt un décalque savant du latin campana.
Cap. — Tête. I, 189, « qui toutes y perdirent lou cap. » Citation languedocienne. On trouve le cap (=la tête) dans Cholières (IT, 52, 380).
Cap-d’escouade. — II, 297. Lupolde ignorait ce mot nouveau, que les soldats lui révèlent ; il se servait du terme plus ancien de cinquantenier 1. Le terme cap-d’escouade est d'origine gasconne. Cf. l'églogue de Pey de Garros (1567) publiée par Ducamin, Mél. Chabaneau, p. 295, v. 7% : cap d'escoada. — Le mot n'ayant pas été signalé en français par Godefroy, donnons quelques exemples: La magnificence de la superbe... entree de la noble... cité de Lyon faicle au... Roy. Henri deuxieme...(Lyon, G. Roville, 1549) présente la forme cap-desquadre, laquelle se retrouve en 1550-1551 dans la Mütistoire barragouyne (éd. Techener, p. 35).
1. Chef de cinquante hommes d'armes. GODEFROY a deux exemples de ce mot; il est à remarquer que le second est fort tardif (159S-1601).
Caps d'esquade dans la Polymachie des Marmitons (Montaiglon. VII, 58), en 1563 (et non 1553 comme dit le Dict. Gén., s. v. Escouade).
Carole. — IT, 122 : « çà un trihory en platte forme, et le carôle de mesme à trois pas un saut... » Ce genre masculin est bizarre. Mais comme toutes les anciennes éditions portent le carole, il vaut peut-être mieux tenter une explication que de faire une correction. Dans cette phrase où Eutrapel, s'adressant à l’archaïque Lupolde, emploie des archaïsmes, il se peut qu'il fasse allusion au fait que la carole, alors en décadence, s'était surtout réfugiée en Basse-Bretagne. Les Bas-Brelons faisaient le mot du masculin 1; c’est ainsi qu'ils disaient « un beau fam » pour « une belle femme » et commettaient beaucoup de fautes analogues (C£ Le Privilege aux Bretons, et Ernault, Revue Celt., t. XVI). Le Miroir de Contentement (1619 et non 1519 comme le dit Godefroy) cite la carole comme particulièrement bretonne :
Des Bretons la druë carole, Et la pavane à l'Espagnole. (Fournier, Variétés, II, 16). Aujourd'hui les noms propres Corolleur, Le Corolleur, si fréquents en Basse-Bretagne, attestent encore la vogue dont cette danse à joui parmi les Bretons.
Carte virade. — Voir : Virade.
Champagne. — Propos Rust., p. 64, « aux Landes et Champagnes. » Sur le sens spécial de ce mot, voir Vie et Œuvre, p. 1, n. 1.
Chauvir. — Jean Maugin [Propos Rust., XIV, p. 174] a employé
l'expression complète : « mesme d’une qui en derriere chauvist des aureilles (= se moque sournoisement de l’amoureux transi), pretendant le coucher ». — Chauvir tout seul a chez du Fail,
comme dans le patois rennais actuel2, le sens de « ricaner, sourire, rire en dessous ». Comme l'a très bien vu La Borderie (Arch. du Bibl. breton, IIT, 99), il faut lire chauvissant et non chemissant3 dans Eutrapel, XVI (II, 67) : « en chauvissant et riant en faux-bourdon ». Suivant un procédé habituel à du Fail,
1. Bret. Koroll, subst. masc. = danse. Je ne sais pourquoi V. HENRY voit dans ce mot un « abstrait du fr. ancien coroller », au lieu de faire appel tout simplement au subst. carolle. Pour les alternances de o07- et de ar- (ici il y à peut-être en plus une assimilation vocalique), voir notre art. orbaleste.
2. On dit aussi: « il chauvit de la rouelle », pour: « il rit sous cape ». (Cf. ORAIN, roualle).
3. Chemissant est donné par le groupe des éditions 1585, 15861, 1587, 15981; chauvissant par 15862 et 5, 1597, 15982, 1603. C. Defrémery s'était rallié à la première leçon (Rev. Cril., 1876, I, 258) : il voyait dans chemisser une variante du norm. chemicher (pleurnicher). Mais outre que chemisser n'est pas attesté en haut-breton (on dit chenucher ou chemucher en Ille-et-Vilaine), le fermier, dans le récit de du Fail, n’a aucune raison de pleurnicher, et il est évident que chemissant était une simple coquille, corrigée par du Fail en 1586.
la seconde expression glose la première, C'est à tort qu'Orain et Lecomte impriment chauvire. Nous avons affaire à un verbe inchoatif, et « chauvent des oreilles », dans Rabelais (III, prol.), est une exception.
Chescun. — J'ai noté deux exemples de cette forme dans les Baliverneries (Courbet, I, 19, cf. 276, éd. 1549, fo 15 r°, et 1549, 1° 26 vo : Courbet, 1, 31, imprime à tort chascun). Mais chascun domine de beaucoup. Néanmoins chescun n'est pas une simple faute d'impression ; du Fail a voulu normaliser le mot, mais il à laissé subsister par mégarde quelques traces de la prononciation dominante autour de lui. M. Gürlich a montré que chescun, checun est très fréquent dans les documents de la Bretagne et de l'Anjou (Die Nordiwesll. Dialelite, p. 75).
Cheval. — Dans faiseurs de mines à cheval (II, 222)= individus prétentieux, qui se comportent dans la vie comme s'ils étaient toujours à cheval. Cf. Arrêts d'Amour de Martial d'Auvergne, éd. 1731, p. 145 (XID) : « Ny estoit coustume de venir à telz biens par force, ny en parlant à cheval » (= d’une facon autoritaire).
Chevalin. — Diminutif de cheval. 1, 184. Godefroy ne note pas le sens diminutif, et ne cite, en dehors de du Fail, qu'un exemple de chevalin, dans Aliscans. Je note cavalin (= cheval) au XVESs. dans la Deploralion de Robin (1556 ; Montaiglon, V, 253) : « Sus quavalin, ou bien une jument ».
Chiabrena. — Il, 278 : faire le chiabrena = rechigner. Quelle que soit l'origine de cette locution obscure, il est cerlain qu'elle a été interprétée au XVIe siècle comme un composé scatologique 2, tout en présentant le sens de « faire des simagrées, des diflicultés, grogner, etc... » Le mot chiabrena est appliqué aux femmes grincheuses dans le Pelerinage de Mariage (1556) 3. Pour un rapport sémantique possible entre la notion de « cacare » et celle de « simagrées, chi-chis », voir ci-dessous notre article Chiarderies.
Chiard{eries (s). — Simagrées [Propos Rust., 1548 ; I, 52]. Godefroy, qui cite ce seul exemple, comprend « obscénité ». C'est un contre-sens. Des Autels se sert du même ferme scatologique pour parler des subtilités de l'amour romanesque : « non pas
L 1. Cf. E. PHILIPOT, Rev. des Et. Rabel., V (1907), p. 137-139 et L. SAINÉAN, ibid., p. 399-401. — A ncter un quia brena dans une poésie de Guill. Cretin à Charbonnier (Poésies, édition 1723, p. 229).
2. Voir par exemple le texte de l’Alphabet du Temps présent cité par M. H. CLOUZOT, Rev. des Et. Rabel., VII (1909), p. 487-488.
3. Recueil Le Roux de Lincy-Fr. Michel, p. 10 et 28 : dans le second exemple, on invoque même une sainte de ce nom : « Sancta Chia brena, ne faches pas de nobis (= Em. PICOT, Sotties, III, 282 et 296).
ces chiarderies d'Amadis de Gaule, de Grece, d'enfer. » (Mitist. barragouyne, éd. Techener, p. 5). Rabelais faisait dire à frère Jean dans l'île de Cheli (IV, 10): « Mais ceste brenasserie de reverences me fasche plus qu'un jeune diable ». Godefroy comprend « vilenie », ce qui est aussi inexact que la traduction donnée par lui du mot chiarderie. Pour les désignations scato-
logiques de « simagrées, manières, etc... », voir notre article Chiabrena.
Cholerer (se). — Balivern., 1549, 14 vo, se cholerer ; 30 vo, demy
cholerez (Assézat, I, 157, 177). Le premier exemple signalé par le Dicl. Gén. est postérieur aux Baliverneries (1548)
Chonier. — Voir : Chouier (choyer)
Chouette. — Choucas. II, 78-80. La petite fable de du Fail se passant de jour, il est clair que chouelle ne peut se traduire par notre moderne « chouette ». Le simple choe avait régulièrement le sens de « choucas » en ancien français (Cf. Romania, XXIT 319: XXVIIE 59; XXX, 387: XXXVI, 447; XLI, 450). Le diminutif a eu, et peut avoir encore dans certains patois, le sens du primitif. Cf. Rolland, Faune pop., Oiseaux sauvages, p. 127, noms du choucas : cauveite, covette (Normandie), couette (picard), choueite (fr., Cotgrave), chuette (fr. dial., Salerne). — Au XVIe siècle, le Petit Jardin pour les Enfans (Hortulus, à Joanne Fontano) donne, f° 39 r° : C'hucas, chouchetle ou chouelte, monedula lycos ; f° 33 r° : Chouëlte, où chucas rouge, Pyrrhocorax, vel picorcorax. Chouële, siuele, chevesche, noctua. Chucas, monedula ». On voit par cet exemple quelle confusion régnait dans les désignations relatives à des oiseaux pourtant si différents. Mais chez du Fail, aucun doute n'est possible.
Ghouier. — Ménager, traiter avec égards : « une garse qu'il avait chouîiee et espargnee ». Nous n’aurions pas introduit ici ce verbe très clair, qui est notre mod. choyer, si M. Courbet n'avait pas reproduit une coquille de l'édition 1585 et des éditions qui en dérivent, choniee, et fait place dans son Glossaire à un verbe chonier, suivi d'un point d'interrogation, et pour cause. — Montaigne employait la forme chouer.
Coarcté. — IT, 192. « As-tu un alibi bien cordé, coarclé et bridé ? » Resserré (ici, mélaphoriquement : un alibi nettement défini, délimité avec une précision mathématique). Mot savant que Littré ne connaît qu’au sens médical et dont il ne donne pas d'exemple ancien.
Cocardeau. — II, 212 : « je ne say quel petit cocardeau couvert d'un tas d'habillements ». Dans ce contexte, cocardeau ne signifie pas « sot », comme l'ont compris Assézat et M. Courbet, mais :
100 j STYLE ET LANGUE DE DU FAIL
« petit-maître, freluquet prétentieux ». Signification conforme au sens primitif de coquard (jeune homme qui fait le beau, qui piaffe comme un petit coq).
Cochonner. — II, 93. Glosé par « traiter friandement ». Festoyer. L'interpolateur ‘Jean Maugin avait écrit dans les [Propos Rust., p. 139, I, 19] : « et s’il n'y a du cochon n'est jamais feste ». Pas d'autre exemple de cochonner en ce sens.
Coegal. — II, 187. Collègue (appliqué ironiquement à de jeunes écoliers). Mot assez rare, dont Godefroy (Ccmpli) cite 3 exemples des XIVe-XVe siècles. — Cf. ci-dessous : Caevaux.
Coevaux. — Propos Rust., 17, 24: « ses coëvaux » (ceux du même âge que lui). Latinisme intéressant et utile (coeval n'est pas synonyme de contemporain) que du Fail a risqué en 1547 (son seul tort est de l'avoir placé, p. 24, dans la bouche d’un de ses devisants rustiques); mais le mot n’a pas eu de succès. On ne le retrouve nulle part au XVIe siècle, pas même dans les autres ouvrages de du Fail, et on ne le retrouve pas non plus dans Godefroy. Bien que coëvaux (dont il n'y a pas d'exemple au singulier} se rattache au latin coævus, je suis certain que l’auteur qui l'a risqué songeait avant tout à l'italien et voulait donner un pendant français à coevo. — Voir ci-dessus Coegal.
Cœur. — Dans la locution suivante (il s'agit des romans de chevalerie) : « la lecture desquels me met le cueur au talon » (II, 205). A. de la Borderie (Bibl. Ec. des Chartes, XXXVI, p. 554) cite ce passage comme une preuve de l'intérêt que du Fail portait aux romans de chevalerie. Assurément on voit par ailleurs qu'il les avait lus avec une curiosité sympathique. Mais il a pu, pour une fois, s’en railler un peu, par l'intermédiaire du devisant Polygame, dans un épisode qui constate précisément la décadence irrémédiable de ces vieux romans. Car mettre le cœur au talon veut dire « fuir ». Exemple
« Car ceux qui m'ont fasché treuvent mes bras trop longs, Et mettent aussitost leurs cœurs en leurs talons. » (Anc. Th. fr., VIII, 306)1
Colérer (se). — Voir : cholerer (se)
Colifiori. — Terme italien qui a précédé chou-fleur. II, 76. L'édition 1585 porte Colirori (15863 colifrori ; 159 cauwlifrori). M. Beh-
1. Il est vrai qu’au lieu de comprendre : « dont la lecture est si fastidieuse qu'elle me fait fuir pour éviter le sommeil », on pourrait interpréter (ce que faisait peut-être La Borderie) : « dont la lecture me donne envie de partir pour courir le monde comme les chevaliers errants. » Mais alors nous aurions eu quelque chose comme « me met du cœur aux jambes. » Le mot « talon » évoque une idée de fuite en présence d'une chose désagréable ou menaçante. Cf. Eutrapel, XI (II, 12) « comme la peur aux talons met des ailes » (à propos de villageois saisis de panique).
rens (Zs. f. fr. Spr. u. Litt., XXIII2, 21) a signalé choufleurt dans le Dict. de Hulsius, 1596.
Collée. — IT, 278. Accolade (archaïsme).
Colliger. — I, 157, 169. Conclure, inférer.
Gombant. — II, 168, « ne rendans aucun côbat » : tel est le texte de 1585, reproduit par Assézat, et c’est par une correction tacite que M. Courbet (II, 33) imprime combal. Cette rectification se trouvait du reste dans les deux éditions de 1598. Elle me parait s'imposer, et malgré la leçon de toutes les éditions données du vivant de l’auteuri, nous rayerons de la lexicographie ce
combant qui ne veut rien dire. Je comprends : « impropres au combat ».
Gompagnon. — Voir : Bon compagnon.
Compaigne. — Voir : Bonne compaigne.
Gompetence. — Conflit, discussion (Cf. Littré, sens n° 4: «rivalité »). IT, 290, « sans... vouloir disputer, ny entrer en competence avec notre Seigneur... »
Complantatif. — II, 194 Voir : Vie et Œuvre, p. 59, n. 1. Pour la déformation du mot (Conternplalif), voir Sparigique, Gouderuleau.
Goncreux. — II, 134, « et s’esbatre en la vallée de Concreux pres Nantes, où l’on tient que le lort vainquit le droit ». S'il n'y avait eu dans cette phrase qu'une simple gauloiserie, nous aurions jugé inutile de faire une place à Concreuzx dans notre lexique. Mais Assézat et Marty-Laveaux ? ont eu tort de ne voir là qu'une géographie symbolique imaginée à plaisir 8 Concreux est un nom bien réel : c’est la commune actuelle de Conquereuil (canton de Guémené-Penfao, arrondissement de Samnt-Nazaire), dans la Loire-Inférieure 4 De son propre chef, ou plus probablement après beaucoup d'autres joyeux Bretons, du Fail a donné une signification obscène à un vieux proverbe historique rappelant la victoire remportée en l’an 981 dans les landes de Concruz ou Concurrus (Conquereuil) par le comte de Rennes Conan {e
1. Celles de 1585 et 15861,2,3 ont cobât. L'édition de 1597 est la première à développer le tilde.