‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 50 sur 59 · A côté de la forme plus ordinaire appointement · texte numérisé non relu

A côté de la forme plus ordinaire appointement

écoliers par les « regents et fesse-culs », comme dit ailleurs du Fail. Une question difficile risque de « faire montrer le c. » (euphémisme). Ex. : Disc. non plus melanc. que divers, ch. V (Des grammairiens françois) : « Car d'autant que l'art dé grammaire est une bonne chose, mais fort mal plaisante et qui m'a fait maintes fois montrer le cul au vilain qui sotement me l’enseignoit ». Du Fail veut donc dire : « questions difficiles, capables de (ainsi s'explique le subj.) faire fouetter... », puis il passe à une autre image : « .… des bouteilles » (Cf. notre art. fesser). Il continue sa phrase en équivoquant de même sur le double sens du verbe vuider (une difficuité et des bouteilles).

Deal. — Dé à coudre (Propos Rust., p. 47 et 122). Provincialisme, que du Fail corrige dès l'édition de 1549. Sur le suffixe -ale dans l'Ouest, cf. ci-dessous Reaument1.

Degonter. — On‘Tit.au chapitre XI d'Eutrapel dans l'édition Assézat (IT, 11) : « puis, tout d'un coup, comme les mouvemens d’un horloge, degoutez si vistement... » Telle est en effet la leçon donnée par la série des éditions 1585, 15861, 1587, 15981. Mais, comme je l’ai déjà indiqué (Vie et Œuvre, p. 379), il faut non seulement déplacer la virgule qui suit horloge pour la mettre après degoutez, mais lire degontez avec la série 15862, 1597, 15982, 1603, et comprendre : des mouvements d’horlogerie sortis hors des gonds, affolés. Au mot desgonder, Godefroy cite précisément un exemple breton de desgonter, tiré d'Alain Bouchard ?. La formation avec t est tout aussi légitime que celle avec d, le mot gond n'ayant jamais eu de dentale finale prononcée 5.

Demeurer est employé d'une façon assez curieuse par du Fail pour désigner non pas l'état durable, mais l'entrée dans cet état. Ex. : Il, 339, « la mer demeura en un instant calme et sans vent »; If, 290, « ou beaucoup d'eux... sont demeurez morts » (= sont morts).

Déploré. — II, 211, « causes déplorees, mal conduites... » Désespérées. Latinisme (deploratus). Godefroy (Complém., s. v° Deplorer) cite un exemple de L'Hospital : « punir rigoureusement les grands crimes et meschans desplorez ». Il comprend : « lamentable, affreux », — traduction bien vague. J'interprète : « méchants dont il n'y a rien à espérer, endurcis, desperali homines ». Voir Littré, s. v. Déploré et Déplorer.

Dernier indiquant la situation dans l’espace et s'appliquant à ce qui est placé en arrière, est susceptible de superlatif : II, 112, « les

1. Petit Jardin pour Les enfans, fo 17 vo « Dé ou deau en lyonnois, digitale. »

9. Fait curieux, l'édition de 1532 d'Alain Bouchard (Chron. de Bret., fo 1362) commet aussi la faute d'impression desgoutler pour desgonter.

3. La forme avec d, qu’on trouve dans Rabelais (1, 27), peut être considérée comme normale; elle est encore dans LITTRÉ.

plus derniers hurlans et grondans » (il s'agit d'un chœur de chantres : ces « plus derniers » sont les basses, plus grands que les autres et placés en arrière) ; II. 116, « tirees du plus dernier des cieux » (= du plus profond des cieux). Cet emploi parait spécial à du Fail.

Diablasser. — Maugréer : I, 190, « tousjours rechignant, diablassant »; II, 229, « diablassoil, rechignoit, et tordoit les maschoüeres ». Pour l'image, cf. I, 179 : « tordoit la gueule comme

le Diable qui escrit le caquet des femmes derriere Sainct Martin ». Mais on peut comprendre aussi : « jurer par le diable ».

Dodo. — [Propos Rust., XV ; I, 136], « des canards à dodo l'enfant ». Déformation, par plaisanterie, de l'expression culinaire bien connue « canard à la dodine ». La formule « à dodo l'enfant » témoigne de l'existence d'une chanson que nous ne possédons pas sous une forme aussi ancienne que 1548.

Douette. — II, 6 : « à longues douettes » (il s'agit de fileuses au travail). Faisant un contre-sens sur ce passage de du Fail, Cotgrave définit « à longues douettes » : « in long rowes, files,

rankes. Bret. » (« Bret. » veut dire « du Fail »). Douette ne se traduit pas non plus par « frange », quoi qu'en dise Godefroy. Ce mot provincial est pourtant connu, et Assézat lui-même en a donné, d'après Legoarant une bonne définition détaillée. Dottin définit ainsi flè a la grà dwèt : « filer le plus long fil possible sans l’enrouler sur le fuseau. Divèté=« brasse, quantité de fil égale à la longueur de bras d'une fileuse ». — Etym. *dücla.

Ecacher. — Voir : Escacher.

Echevin. — 11, 199, « tous supposts de l'Université, et des premiers Eschevins de la Pierre au Lait ». Titre ironique que l'on s’amusait à donner à des gueux et filous. Oudin, dans ses Curiositez françoises (1640) a cet article : « Eschevin du Port au foin, i. coupeur de bourses, vulg. » Le Jargon de l'Argot réformé, de 1628, définit les « Capons » (catégorie de filous) comme étant « les Eschevins de la Triperie »1. La Triperie n'était pas loin de la Pierre au Lait, et le tour que du Fail organise avec ses compagnons « échevins » pour soutirer l'argent des précepteurs correspond bien à la définition que Sauval nous a donnée des Capons : « c'étoient de petits gueux qui jouoient autrefois sur le Pont-Neuf, faisant semblant de ne savoir pas jouer, et perdoient leur argent avec des personnes attitrées, qui les gagnoient eux et tous les autres ? ». On trouve dans la Mégère amoureuse

1. L. SAINÉAN, Sources de l'Argot anc., I, 296. 2. Ibid., I, 393.

de Poisson (acte IT) l'expression Marquis du Port au foin comme synonyme de fripon.

Embabillé (bien). — Beau parleur. Il, 36. Manque dans Godefroy. Je note cet adjectif dans da Femme mocqueresse mocquée (vers 1525 ; Montaiglon-Rothschild, IX, 270) Le vieux-français connaissait emmparlé. On lit dans Cholières (éd. Jouaust, IT, 202) : « les deux mieux enlangagées ».

Embadaudé [Propos Rust., XV ; I, 137], « le gros maroufle embadaudé ». Sot, niais. Pas d'autre exemple (pour la formation, cf. embabouiné).

Embrissemens. — Balivern., éd. Courbet, I, 47, « manquinages, embrissemens » (Ed. 1549, fo 39 r°). Les éditions de 1548 ont rétabli l! initial (1, 187). Mais embrissement pour lembrissement (= lambrissage et lambrissure) n’est certainement pas une faute d'impression ; c’est un cas d'étymologie populaire par fausse division ({ initial interprété comme l’article). Godefroy ignore embrissement (ainsi que lembrissement), raais connaît embriseure et embrisser.

Emmantelé. — II, 102, enveloppé (d'un manteau). Mot rare, dont on à signalé un exemple au XIII siècle dans la Règle de saint Benoit par Nicole, éd. Héron, v. 1050.

Emmasqué. — Masqué. Propos Rust., p. 45; II, 244 Le premier exemple connu de ce mot est celui des Propos Rust. Godefroy ne cite en dehors de du Fail qu'un exemple de Jodelle.

Empêcher. — Occuper : 1° Construit avec à : « il y avoit du debat assez pour empescher tous les maistres arpenteurs du pays à savoir si... (1, 283). 2° Construit avec de : « vous soucier et empescher du fait et conseil de la guerre ».

Emplus = en plus. — Plus. Je ne trouve d'exemple de ce composé que dans les Baliverneries : I, 159, sans que j'y pensasse emplus... qu'à ma premiere chemise. (CI. Rabelais, Garg., prol. : « Combien que, les dictans, n'y pensasse en plus que vous). 1, 171, « ne luy arresteroit emplus qu'un grain de mil en la gueule d'un belier » (Cf. Rabelais, II, 25 : « ne luy eust monté en sa bouche en plus qu'un grain de millet en la gueule d'un belier). I, 152, l'édition Assézat, d’après toutes les éditions de 1548, donne : « qui non plus se fust passé d'Eutrapel ». Mais l'édition 1549 porte (f° 11r°) : « qui emplus se fust passé... » Comme on ne peut guère admettre qu'en plus ait pu avoir à lui tout seul le sens négatif, je suppose qu'il y a là une faute de 1549 ou une faute de l'original, corrigée par l'interpolateur angevin. — Pour la fusion graphique des deux mots, cf. nompas (Balivern., 1549, fo 19r°, deux fois; fo 24v°; nomplus, ibid. fo 24r°, 36 v°, 38 r°).

Enclamer. — 11, 193, « lorsqu'il harangua.. contre les premiers et secondes intentions enclamees au haut bonnet de la sophisterie ». La présence de cette forme bizarre ne contribue pas peu à obscurcir une image déjà peu claire en elle-même. C'est une simple coquille. La série des éditions posthumes 1597, 15982, 1603 donne enclouées, ce qui est une correction intelligente. Mais nous préférons, avec Defrémery 1, faire un léger amendement à la lecon des premières éditions (1585, 15861,2, 15981) et lire enclavees (encastrées dans, fixées solidement dans...).

Enclaver. — Enfoncer dans. Voir Enclamé, et II, 268, « remaschant telle indignité, et l'ayant enclavée sur son cœur ».

Encre au cornet, au sens grivois — I, 308, « je leur laisseroye », dit une femme en parlant des hommes, « si peu d'ancre au cornel... » (je les épuiserais tellement...) Solon de Vosges, Adages : « Avoir de l'encre au cornel »; « c'est contre nature

quand une femme met de l'ancre au cornet ». Cholières, édition Jouaust, I, 232, 252 : II, 88.

Enfumé. — Surnom de Philippot, franc-archer grotesque et prétentieux (Propos Rust., ch. XI). Même signification que fumeux (Cf. Godefroy, fumos), € ’est-à-dire colérique, violent, orgueilleux, à la tête de qui montent des fumées de colère ». Godefroy ne connait qu'un exeniple médiéval d’enfumé, « orgueilleux ». Le verbe se fumer est fréquent dans la littérature des matamores français, bien connue de du Fail. Cf. Mallepaye et Baîlievant (Fournier, 117, col. 1); franc-archer de Chevé, v. 138 ; L'Aventureux et Guermouset, v. 306. Coquillart (éd. d'Héricault, II, 269) : « Et me nomme on, où que je soie Le gendarme fumeur cassé ».

Enluminer = rendre la vue à. — II, 337, enluminer les aveugles. Le mot me parait archaïque en ce sens.

Ennuyé. — Emploi remarquable et unique dans Eutrap. (I, 302), «il leur monstra un peu la dent et que le jeu trop ennuyé ne luy plaisoit ». On comprend que M. Courbet ait fait suivre ce mot d'un point d'interrogation. Néanmoins, comme le texte est assuré et que, d'autre part, il est contre toute syntaxe de rapporter ennuyé à luy [le capitaine], je comprends : « le jeu prolongé jusqu’à l'ennui, devenu fastidieux », et je vois ici une hypallage hardie analogue à celle que nous avons dans la locution de guerre lasse 2.

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