Eutrapel, XVIII (II
Meurtrier. — II, 179, « asseuré en sa boutique comme un meurtrier » (le neurtrier d'Assézat est un lapsus dont il est seul responsable). M. Courbet fait suivre d'un point d'interrogation la mention de cette locution. C'est pourtant une comparaison courante au XVI siècle. On la trouve dans l'énumération des comme donnée par l'Angevin Bruneau de Tartifume (Angers, ms. 870, p. 523), dans la Comedie des Proverbes (Anc. Th. fr., IX, 87); et Rabelais avait écrit (IV, 23) : « Je diz couraige de loup, asseurance de meurtrier ». L'édition Burgaud des Marets- Rathery donne cette explication (IT, 145) : « C'était une expression proverbiale pour exprimer la hardiesse d'un criminel à nier effrontément les faits à sa charge ». — Pour la forme du mot, notons les hésitations de du ail. Outre la Var. meurtrier, fournie par le passage précédent, son texte nous présente les deux var. murdrier (ch. IV; I, 270) ét meurdrier (ch. XXI; 115149). Cf. Thurot, Prononc. fr., 1,450:
Morîe (faire la). — II, 19. Terme d'argot que du Fail a emprunté à ses « compagnons Mattois ». Sur morfe (repas, mangeaille) et le verbe morfier (manger), voir le glossaire d'argot de M. Sainéan. Dans le passage d'Eutrapel. faire la morfe veut dire tout spécialement « payer sa bien venuë » par un repas, en parlant d'un novice. On disait aussi fouquer da morfe (Sainéan, Sources de l’argot, I, 148, 219). Le jeune gueux de la Vie Genereuse des Mercelots, lors de son entrée dans la confrérie argotique, « fouque la morfe », autrement dit offre aux anciens un festin de bienvenue.
Morfier. — Verbe dont morfe est le substantif verbal. Argot : « manger, bâîfrer », I, 177. Il est vraisemblable que ce verbe est d'origine allemande (W. Meyer-Lübke, Etymolog. Wôürterbuch, n° 5682, morfjan).
Mouche à miel. — Abeille. II, 351. Si on consulte l'Atlas Linguistique de la France, on constate que cette périphrase est la désignation courante de l'abeille aux points 462, 451 et 450, qui coïncident précisément avec la région où du Fail a vécu.
Mouton [Propos Rust., XIII; I, 112, « d'un cocu, d'un cornu ou d'un mouton; XIV, I, 123, Faisons qu'aujourd'huy soit Mouton]. Mari trompé. Cf. CI Marot, éd. Guiffrey, II, 68, « Villain, tu en seras moulon, le l'en feray pcrter la corne ». Cholières, éd. Jouaust, IT, 67, si elle le faisoit bélier (et IT, 94; II, 107). Belier, « GOCu », est compté comme mot d'argot par M. Sainéan (Sources, IT, 115, 285). Déjà dans sa Controverse des sexes masculin et féminin, Gratien du Pont donnait comme synonymes à mari trompé « oyseau, moulon, cocu » (éd. 1536, f° 160 T2).
Mue (en). — Eutrapel, Il, 195, « ou il y avoit une garce en mue ». M. Courbet, citant une définition d'Oudin, pense que la femme en question subissait un traitement pour maladie vénérienne. Mais rien dans l’anecdote de du Fail ne rend vraisemblable cette interprétation toute spéciale. D'une façon générale, la locution « garder (tenir) en mue », empruntée à l'élevage des volatiles, signifiait « tenir renfermé, surveiller de près ». Ex. Coquillarl, Enquéle, éd. d'Héricault, I, 109 :
« En chambre natée, loing de rue, En lieu d’autour et de lanier, De tenir des garces en mue. »
H. Estienne, Precellence du lang. fr. (éd. Delalain, 1850, p. 134) : « Il a esté escrit de quelque personnage qu'il {enoit en mue une putain de haute gresse. Cf encore Montaiglon, Anc. Poés. fr., IT, 264 (il s’agit d'une femme ténue de court par un mari jaloux) : :
On me cuyde tenir en mue Comme oysons qui sont en gresse.
Naqueter. — Claquer des dents. Propos Rust., p. 82, « pour le froid qu'il avoit naquettant des dents. » L'Esté de Benigne Poissenot (éd. 1583 ; Traîté paradoxique en dialogue, p. 221 b) : « Feignons qu'il soit en un estat deplorable, nacquetant les dents, tremblant le grelot ». Bien que Godefroy n'ait qu'un seul art. naqueter, il est infiniment probable que l2 verbe signifiant « claquer, grincer » n’a rien à voir avec un autre naqueter, beaucoup plus connu, qui appartenait à la terminologie du jeu de paume et qui fut souvent employé au XVIe siècle dans le sens de « flatter, se faire le valet de quelqu'un ». Notre naqueter tire sans doute son origine d’une onomatopée. (Godefroy signale dans Marot une interject. nac). Le verbe claquer est lui-même une onomatopée, ainsi que le verbe caqueter. On a dit dagueter : « Il vint tremblant et daguelant des dens » (Cheval. de la Tour-Landri, cité dans Godefroy, s. v. Dagueler). Lecomte a noté dans le patois de Dol (Ille-et-Vilaine) faqueler = claquer des dents.
Navette (jouer de la). — Au sens grivois. IT, 136, « chaque fois qu'ils joueroient des basses marches et de la navelle ». Cf. H. Estienne, Apol. p. Herodote, ch. XVIII (Ristelh., 1, 394) : « si elles estoient convaincues d'avoir joué de la navette ». Allusion au mouvement de la navette du tisserand.
Nerme. — II, 127, « .. me sont un neant, un rien entre deux plais, et un nerme, comme l'on dit à Orleans ». Ce mot nerme signifiant « rien » est-il vraiment orléanais, et ne sommes-nous pas en présence d'une erreur de mémoire de Noël du Fail? Je n'ai trouvé trace de nerme dans aucun lexique de la région orléa-
naise, et M. Jacques Soyer, le savant archiviste du Loiret, qui a bien voulu m'aider dans cette recherche, n’a rien trouvé non plus. Je suppose qu'il régnait quelque confusion dans les souvenirs de du Fail. Il a dû se rappeler un mot poitevin, — et non orléanais, — qui signifie « personne ». Ce nerme (lat. ne anima) se trouve par exemple dans la Gente Poetevin'rie, éd. Favre, D. 3 :
L'on ne doune puz roin à terme,
Et si ne se trouve puz nerme
Qui voulzi présti sur la foay.
Cf. aussi Favre, Gloss. du Poitout. Ou bien ce terme négatif, qui s'applique essentiellement aux hommes, a pu s'appliquer aussi aux choses et signifier « rien », ce qui est fort possible, ou bien il faut mettre une seconde inexactitude à l'actif de du Fail.
Neufième (— neuvième). — II, 264. Nous trouvons encore neufiesme dans Palsgrave, dans G. Bouchet (Serées, éd. Roybet, I, p. xIx), etc... Ce n'est probablement pas une simple graphie, mais l'indice d'une prononciation spéciale (Cf. Thurot, Prononc. fr., 1,289: Nvrop, Gr HiSC TILL SL EE
Obscurement. — I, 283, « deux voisins qui vivoient tant obscurement et cruellement les uns avec les autres ». Evidemment cet adverbe n’a pas ici le sens que lui donne la langue moderne, et le second terme du couple nous aide à définir le premier : « en état de lutte sourde, dans une inimitié pleine de traîtrises ». Godefroy cite cet exemple du Chevalier au Cygne :
Oncques cites ne fu sy fierement gardee Ne sy obscurement assalie ne biersee.
Pour la métaphore, cf. noirceur.
Opiniable. — Qui ne comporte que des probabilités. II, 128 : « si... tout est opiniable, et discutable... » Mot savant qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Godefroy se borne à noter un exemple d'opinable (1578), plus servilement calqué sur opinabilis ou dérivé du verbe opiner ; la forme opiniable rattache le mot à opinion, opinidtre. Cf. dans Godefroy opinialif, opinieux.
Opiniastre. — Substantivé. I, 214, « vous estes bon opiniastre »:; I, 283, « le plus vaillant et outrecuidé opiniastre ».
1. Dans le parler gallo, erme ou hRerme (anima) s'emploie aussi dans des tournures négatives, qu'il s'agisse de personnes ou de choses: « il n’y en à pas erme » (= il n’y en a pas du tout, il n’y en a pas apparence). Cf. Revue de Bretagne, 1912, À travers le parler gallo morbinhannais, par André Viaud- Grand-Marais. ORAIN : h€rme = rien. Mais du Fail n'a évidemment pas songé à un parler breton, pour lui, xerme se localisait dans une province éloignée de la Bretagne, il ne savait plus bien laquelle. Il est coutumier de ces confusions,
Orbalestre (bonnets à l’) [Propos Rust., XIV ; I, 128]. Grand bonnet que portait la bourgeoisie du temps de François Ier (Cf. La Borderie, Propos Rust., p. 241), — Orbalestre n'est qu'une variante d'arbalète. L'interpolateur angevin a pu entendré cette prononciation avec o initial soit dans sa province, soit à Paris, où elle était fort répandue. Le Biau filz de Pazy Se vantait d’avoir eu « le pry de l'orbalestre1 ». Le livre de raison du bourgeois parisien Versoris écrit orbalestre, orbalestriers et va même jusqu'à déformer en Lorbalaistre le nom d'un personnage appelé en réalité Jean Arbaleste?. Disons qu'on ne parait pas en général avoir prêté une attention suflisante à ces passages de ar à or, qui, pour être moins fréquents que ceux de ar à er, n'en sont pas moins incontestables. Il serait temps de renoncer à l'hypothèse, autrefois lancée par Ascoli, d'une influence celtique venant expliquer la transformation toute française d’arteil (encore vivant äu XVII siècle) en orteil. Ménage et Richelet nous attestent que la population parisienne disait ormoire pour armoire, et cette prononciation est celle de beaucoup de provinces, y compris l'Anjou, patrie de notre interpolateur (Verrier- Onillon) 3. Y aurait-il encore du celtique là-dessous ? Je sais bien qu'on invoque dans plusieurs cas l’étymologie populaire : en ne veut voir qu'elle dans le développement arange > orange, dans orpailleur pour arpailleur ; et la remarquable étude de M. A. Thomas sur l'étymologis de cormoran (Romania, XXIV, 1895, p. 117) ne pose même pas la question de savoir si la présence d'un r n'aurait pas facilité le passage de l’a à lo dans l'adjectif marenc. L'étymologie populaire, valable pour orange et pour orpailleur, ne serait de mise ni dans le cas d’orbaleste ni dans celui d’ormoire, non plus que dans la plupart des autres cas. Signalons par exemple orcane, variante d'arcanne, dans Bernard Palissy, et le dérivé orcanelie pour arcanette (Romania, XXXIII, 584); orestil pour arestil (Romania, XXXVI, 283). Coulabin enregistre la prononciation morelie pour marelle (jeu enfantin) aux environs de Rennes. À Nantes, les gàteaux dont le nom est orthographié quillarets par les lexicographes, pourraient s'écrire plutôt guillorets, d'après la prononciation 4.
Orée. — Nous trouvons chez du Fail non seulement « l'orée d'un bois » (Propos Rust.. 27), mais cerlains emplois qu'on peut considérer comme plutôt provinciaux, même au XVIe siècle : 1° bord
1. Du moins d’après l'édition séparée publiée dans les Anc. Poés. fr. de Montaiglon (t. V, p. 129); Jannet (1, 263) et Guiffrey (III, 674) donnent la leçon arbaleste.
2. Mém. de la Soc. d'Hist. de Paris, XII (1885), p. 215, 108, 131. 3. Sur ormoîre, cf. THUROT, Prononc. Franç., I, 33. 4. Voir encore ci-dessus, p. 97, n. 1 (Koroll).
d'un vêtement : Propos Rust., orée d'un chapeau (p. 17), d'une robe (p. 21), d'une cape (Butrap., 1, 220). 2° bord d'un lit (IT, 102), et par extension : orée d'une personne couchée au lit : « se fourre en l'orée de sa femme (II, 284) ». Dottin-Langouët (Pléchâtel) : orée, partie d’un lit opposée à la ruelle.
Pacqueter. — Godefroy a un seul exemplaire de 1590. Cf. Eutrapel, IT, 66, 98.
Palette. — II, 50, 51. Un individu, poursuivi par les sergents, se réfugie dans une chapelle et saute « sur une palelte tapissée et cousue d'images », où il reste immobile, contrefaisant un saint. — On peut comprendre : dessus d’autel, ou : tablette-piédestal servant de support à une statue de saint. Cf. Les Secrels el Loix de Mariage (Montaiglon, IT, 170) :
Or, ce pendant qu'elle est pucelle,
I1 n’est rien si tres gracieulx,
Par quoy il pert au semblant d'elle
Un sire Dieu sur une pelle,
Tant a le maintien precieulx.
Palette est le diminutif de pelle.
Pigeon de palette. I, 293. Les hypothèses les plus extraordinaires ont été émises sur ce « pigeon de palette », qui savait si bien revenir chez son propriétaire, Glaume du village de la Perrière. Assézat comprenait « pigeon voyageur ». Hippeau songeait à l'oiseau appelé spatule. Cotgrave, lisant dans du Fail que ce volatile était un « gros pigeon paté », ne trouvait rien de mieux que de traduire « pigcon de palelte » par « roughfooted dove », et Defrémery lui donnait son approbation (Revue Crit., 15 avril 1876, p. 258). La vérité est que l'expression n'a jamais été rencontrée ailleurs et que Cotgrave n'a pas plus d'autorité qu'un moderne pour la définir. Je propose à mon tour une interprétation : la palette doit être la planchette sur laquelle vient se poser le pigeon. Seuls les nobles pouvaient posséder des pigeons de colombier ou de fuie. En sa qualité de roturier, Glaume avait tout simplement une palette, qu'on appelait aussi volet ou assiette (Cf. Godefroy, s. vo Assiette) 1.
Panosse. — Terme d'injure adressé de femme à femme dans les Propos Rustiques de 1549 (La Borderie, p. 127) : « vieilles Panosses ». Cotgrave ne donne que celte signification métaphorique de « vieille sorcière », peut-être d'après le texte de du Fail. Mais le sens premier est « guenille, torchon » (Cf. Goderoy). Panosse, comme panufle, qui a le même sens, dérive de pan, panne (étoffe).
1. M. E. PICHOT (Ann. de Bret., XV, 384) indique deux sens du mot palette dans le patois de Saint-Pern, Landujan, Monterfil (L.-et-V.) : 19 place ou stalle des vaches dans une étable. 20 planche à pain,
Passe. — II, 352, « tendre... filets aux lieux... où le cours de l'eau a vraysemblablement fait plus belle passe » (= a entrainé le plus de poisson). Pour cette métaphore tirée du jeu de mail, cf. Littré, 1. Passe, 5. L'édition 15862 seule donne passée, qui-paraît être une faute.
Passée. — Voir : Passe.
Passionner. — Tourmenter. Réfl. dans Maugin [Propos Rust., XIV ; I, 129] : l'amoureux caricaturé « se passionne, se crucie et se
tourmente ». Cf. l'italien passionnarsi, Tahureau, Dial, 6d. Conscience, p. 13, « se passionner à l'italienne, soupirer à l’Espagnole..… ».
Chez du Fail, act. ou réfl. : « affecter douloureusement », II, 159809!
Pataut. — I, 161 (Balivern.) : « mon pataul, mon amy, » dit une
femme à son nari. Le seul exemple de palaut qu'on ait signalé avant celui-ci est un nom de chien qu'on trouve dans le Mist. du Vieil Testament, IT, 9. Je ne vois aucun inconvénient à l'interpréter ainsi dans notre passage : « mon gros chien », « mon gros chien-chien » sont encore des termes de tendresse. Saoul comme Patault, dans : Propos Rust., p. 36. Ici encore,
nous pouvons comprendre Patault comme un nom de chien. On a comparé l’homme ivre à bien des animaux : la bourrique, le cochon, la vache, etc... On l’a comparé aussi à un chien. Ci. Alcripe, Nouv. Fabrique, p. 137, « saouls comme dogues » (ici « saoul » veut dire « rep » d'une facon générale, comme c'est le cas dans le passage de du Fail, où il n’est pas spécialement fait allusion au liquide). Farce du Pont aux Asgnes (Anc. Dhfr 1L 99):
__. Demain, demain,
On obeira à ce villain
Qui est plus yure que un bracquet.
Patience, au sens de « paix ». Cette acception est fréquente au XVIe siècle, par exemple chez d'Aubignét; on en trouve dans les Propos Rustiques des exemples antérieurs à ceux de Gode-
froy 2 : « voyant... que... n'y avoit ordre d’avoir palience » (= qu'il n'y avait pas moyen d'avoir la paix)3. Eutrapel, I, 227, 237 (« patience commune » = paix générale), Cette acception
tardive, dont on trouve encore des traces au XVII siècle 4, peut
1. Par exemple, Hist. Univ., éd. de Ruble, III, 306: « N’aurai-je jamais de patience ? » s’écrie le roi Charles IX avant le meurtre de Coligny (= ne me laissera-t-on jamais la paix ?).
2. S. v. Patience. Exemple de Martin du Bellay et de J. Le Houx (ajouter, au Complém., un exemple d'Henri IV, avec la traduction « répit »).
3. Cf. encore, Pr. RuSL., p. 66 « laisser manger leur soupe en putience. »
4. Chez Saint-Simon, « donner patience » signifie « laisser la paix. »
s'expliquer assez bien: répit accordé par celui qui supporte, paix laissée par patience, d'où : paix en général. Mais l'influence: phonétique de pacifique, pacijier, et autres dérivés de par, a dû jouer un rôle important.
Pauvre, pauvret., — Voir : Pouvre, pouvrel.
Pêcher. — Il, 354, « pêché aux bouillans » (lire : bouillons) de la campagne ; métaphoriquement : pataugé dans les ennuis de la vie champêtre. Provincialisme. Coulabin : pécher, marcher dans l'eau, dans la boue ; pécher dans le bouillon, se crotter. Lecomte : pécher, prendre de l'eau dans ses chaussures. Dottin, etc. On dit aussi en Ille-et-Vilaine, impersonnellement : « il pêche » = il fait de la boue.
Pecore. — Employé adjectivement [Propos Rust., VIII, 150], « que l'esprit soit lourdaud ou pecore ». (Cf. notre emploi adjectival de béle).
Pedale. — Pièce d'un mécanisme qu'on manœuvre avec le pied : IT, 202. Le Dict. Général ne connaît pas, en ce sens, d'exemple antérieur à 1642; et Godefroy, après avoir donné la définition moderne (Complt), ne cite que l'expression rabelaisienne à double pédale, qui a une tout autre signification.
Pendant (s’en aller par le). — Locution argotique : II, 59. A un moment donné, un accusé sent « que son cas s’en alloit par le pendant », comprenez : devenait pendable, qu'il sentait la hart d'une lieue à la ronde. Il y a ici une équivoque : par le pendant voulait dire littéralement : « en dévalant le long d'une pente. Cf. Les Tenebres des prisonniers (Marot, éd. Guiffrey, IT, 546) :
Quant (ce) vient à sortir du guychet,
L'un aux verges, l'autre au fouet,
L'autre s’en va par le pendant :
Homme ne sort quicte ne net.
Guiffrey s'est donné beaucoup de peine pour expliquer ce passage, et conclut qu'il y est sans doute fait allusion au supplice
de l’estrapade. Je comprends tout simplement : « l'autre passe le guichet pour être conduit à la potence ».
Perdre ou gagner. — On trouve dans les Propos Rust., la locution
sans dire qui ha perdu ou qui ha gaigné: (p. 70). La Borderie (p. 212-213) cite un exemple de la Nouv. Fabr, d'Alcripe, p. 24 : sans dire qui a perdu ny gaigné. Mais on lisait déjà dans la LXII des Cent Nouv. Nouv. : Sans demander qui l'a perdu ou gaigné. Traduction : « sans autre préliminaire ni explication ». Cf. aussi Arrêts d'Amour (éd. Lyon, 1546, p. 391-392) : « ceste dame, de son authorité, et sans dire qui avoil perdu ou gaigné, luy estoit venu jecter dans le dos en jouant au tiers une poignée d'orthies et ordure », j
Peto (le bon homme). — Par deux fois, du Fail évoque ce personnage, réel ou mythologique, à propos des moines mendiants, lesquels vivent « sans rien faire, aux despens du peuple, et aux enseignes du bon homme Peto d'Orleans » (I, 323). Cf. encore Il, 137, où il est question d'un Cordelier faisant la quête « des bleds, vins. et autres dons charitatis, fondez seulement sur ce bon homme Pelo marchant d'Orleans, contre ce qui est escrit, Tu vivras du labeur de tes mains ». En dehors de du Fail, je ne connais qu’un seul auteur qui ait mentionné le même personnage, c'est Pierre de l'Estoile dans son Journal à la date du samedi 2 mai 1606 : il rapporte qu'on expulsa de Paris des gueux Irlandais, gens experts en leur profession, « qui est de ne rien faire et de vivre aux despens du peuple et aux enseingnes du bon homme Peto d'Orleans ». Ce membre de phrase présente une ressemblance si frappante avec le premier exemple d’Euirapel (1, 323), qu'on peut se demander si le témoignage de l'Estoile est vraiment indépendant de celui de du Fail : je pencherais vers l'hypothèse d’un emprunt. — Le témoignage d'Eutrapel a été parfois invoqué par les anciens lexicographes à l'appui de l'opinion courante qui rattachaït au verbe latin peto le nom du « roi Petaud » et voyait dans sa cour anarchique une cour de mendiants 1. Une étymologie ingénieuse de M. Sainéan rattache le « roi Petaud » à un sobriquet populaire de l'oiseau appelé « roitelet »2. Mais au reste, rien ne prouve que le bon homme Peto de du Fail ait la moindre relation avéc les roi Petaud, et que la première forme résulte d’une interprétation de la seconde. Nous avons là très probablement deux personnagés distincts, et l'on peut voir dans Pelo soit un sobriquel accidentellement décerné par les écoliers d'Orléans à un gueux de la ville 3, soit un terme d’argot latinisant : Pelo faisait pendant à dabo, qui voulait dire « maître, patron 4 ». Quant à l'indication « marchand d'Orléans », ajoutée dans le second exemple de du Fail, et qui vient contredire la définition « mendiant, gueux », c'est une simple allusion personnelle, un jeu de mots
1. Cf. Fleury de Bellingen, L'Elymol. ou Explication des Prov. fr. I, 9 (La Haye, 1656, p. 37-38); Rabelais, éd. Le Duchat, Amsterdam, 1711, 1. III, ch. 6, n. 4; Ph. Le Roux, Dict. comique (Le Roux orthographie Petaud, s. v°, et Peto à l’article MAÎTRE); L. Sainéan, Les Sources de l'argot ancitn, Paris, 1919, t. II, p. 79-80, — Parmi les additions « argotiques » de Raoul Taingui au texte de Froissart (Sainéan, ibid., I, 6) on trouve un mot pelaux, injure à l’adresse des vilains. Mais est-ce le même mot que Pélaud ? ?