Zs. j. roman. Philot., XXXI
3. Au cas où le témoignage de l'Estoile aurait une valeur indépendante de celui de du Fail, on pourrait faire observer que l’auteur du Journal avait parmi ses ascendants un Pierre de l’Estoile, qui avait professé le droit à Orléans. Quant à du Fail, il connaissait cette ville (cf. notre t. I, p. 88, n. 4)
4. Il est vrai de dire que dabo n’est pas attesté avant Larivey. Of. Albert DAUZAT, Revue de Philol. fr., t. XXV (1911), p. 256.
sur le nom d'une famille orléanaise. Comme l’a fait observer La Borderie (Bibl. Ec. des Ch., XXXVI, 283), du Faïil connaissait fort bien à Rennes le conseiller François Petau; or celui-ci appartenait à une famille de la bourgeoisie orléanaise. La France protestante des frères Haag signale un François Petau marchand à Orléans en 1563 (Fr. Saulnier, Le Parlement de Bretagne, 1. I, n° 960).
Piaison. — II, 298, « en franche et bonne (1) matiere de piaison
competente ». Ce mot, qu'on ne retrouve pas ailleurs et qui n'est sans doute pas un mot à proprement parler, mais une déformation plaisante, a été pris au sérieux par Cotgrave, puis par Godefroy, lequel traduit d’après son devancier : « action de boire avec excès, boisson ? ». Assurément du Fail a pu chercher une allusion comique au verbe d'argot pier (boire). Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur la phrase qu'il prête ici au maïîtremaçon Pihourt, pour voir que ce dernier emploie, en les Géformant parfois, des termes techniques de son métier. Ainsi la locution « en bonne et franche matiere », ainsi que l'adjectif « competante » se retrouvent dans le texte du contrat passé par le même Thomas Pihourt pour la restauralion du chœur de la cathédrale de Rennes en 1527 (CE Mélanges d'hist. et d'archéol. bretonnes, Rennes, t. II, 1858, p. 220-222). Il est donc fort probable qu'il ne faut pas s'en tenir au sens apparent et qu'on doit chercher derrière piaison un terme de menuiserie ou d’architecture. On pourrait songer au terme couyeson ou couayson qui se trouve dans le contrat précité : mais il a existé en maçonnerie un mot espiaison, dérivé d « épi », qui n'a pas trouvé place dans les Lexiques de l'ancienne langue et que je note cependant dans un devis angevin pour la construction d’une chapelle en 1501 : « Item ung pignon entre les deux longieres, enlevé à la hauteur des deux longières et le sourplus à l’espiaison de lad. charpenterye 8 ».
Pie qui boit. — 1, 313; 11, 303. Enseigne d'un cabaret de Rennes.
Tout le monde connaït la signification de la pie en argot, ainsi que celle des expressions croquer la pie, piailler (boire), pion (buveur), piol (vin), etc. Eug. Rolland (J'aune pop. de la France, L II, p. 137), puis M. L. Sainéan (à plusieurs reprises et dernièrement dans Les Sources de l'argot ancien, 1, 29) ont voulu voir dans cette pie un oiseau réel et non point un simple dérivé du
1. Telle est la leçon des éditions anciennes : 1585 (Courbet, II, 160), 15861, 2,
1597, 1598, 1603; et j'ignore pourquoi Assézat imprime « en bonne et franche. »
2. Inutile d'ajouter que COTGRAVE n'a connu piaison que par Eutrapel, à
traduit au jugé, et s'est bien gardé de le dire. Sa méthode commence à être
connue.
3. Document publié par le chanoine Ch. URSEAU, dans: Bulletin archéo-
logique, 1907, p. 122.
grec metv. Il se peut qu'ils aient raison : malheureusement ni l’un ni l’autre n’ont encore cité de texte positif démontrant l'existence d’une croyance aux habitudes d'intempérance de la pie : pas de locution proverbiale « ivre comme une pie » à mettre en parallèle avec « soûl comme une grive ». Bien’ entendu, la Pie qui boit de du Fail ne prouve rien en ce sens, et il est surprenant que M. Sainéan paraisse attribuer quelque valeur démonstrative à cétte enseigne facélieuse. Cette curieuse acception du mot pie au sens de « boisson » nous permet sans doute de déterminer la signification du verbe d’argot adraguer qu'on trouve dans la VIe Ballade jargonnesque de Villon et que personne n'a compris jusqu'à présent :
Pour mieulx abbattre et oster le broullart1,
Adraguerent de Grenoble maint crupault 2.
Le contexte montre bien qu'adragwer veut dire « boire ». Or, il existait un subst. drague signifiant « pie » (Voir Godefroy, s. vo) ; de sorte qu'adraguer c'était encore une façon de « croquer la pie ».
Poiteviner. — 1I, 67. Mot glosé par du Fail lui-même : « disoit le fermier poitevinant, et faisant bien la chatemite ». Comme le dit fermier ne parle point patois, potteviner s'applique à l'allure et au caractère. Le Poitevin, comme le Normand aujourd'hui, passait pour faire des réponses prudentes et évasives (Cf. des Périers, nouv. LXIX).
Pommes de Hery [Balivern., I, 181]. — Le texte de du Faïl portait (éd. 1549, fo 35 r°) : « pommes de greussante » (Voir greussante). Cette expression a dû sembler par trop bretonne à Jean Maugin, qui l’a remplacée par une autre. Les poires de Hery sont plus célèbres que les pommes de même provenance. On appelait ces poires et on les appelle encore besis (ou besies, où besilles) d'IHery. (Cf. Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Bretagne, édition Maitre-de Berthou, I, p. 8; Ménage, Dict. Elym., s. v. Besie d'Hery). M. Bizeul, qui à publié un article sur ces sortes de poires (Revue des provinces de l'Ouest, 1855, I, p. 31-34), nous apprend qu'on dit pommier bezi et pomme bezxi, aussi bien que poirier bezi ou poire besie. Ces fruits provenaient de la forèt voisine du bourg de Héric (dépt de la Loire-Inférieure, canton de Nort) : c'est ce bourg que mentionne du ail sous la forme Hiheric dans sa lettre-préface aux Arrêts (éd, Assézat, IT, 376).
Porte-cornette. — II, 252, « des yvrognes le porle-cornelte ». Porteétendard, cornette (métaph.). Bien que du Fail n'ait certainement pas créé ce composé, je n’en ai pas d’autres exemples.
1, On buvyait pour « charmer le brouillard » (cf. ARLOTTO, éd. Ristelhuber, p. 42; — AnC; th. fr., VIII, 331; VII, 64).
2, Pot (voir SAINÉAN, Sources, Il, Gloss. étym. s. v. Corpault).
Porte-poche. — II, 139, « son guide et porle-poche ». Du Fail désigne ainsi le personnage qui accompagnait le frère quêéteur et portait les besaces (Cf. Comptes du Monde Adventureux, XXII ; édition Frank, I, 121). Ce composé ne se retrouve pas ailleurs.
Pouvoir. — Au sens de « pouvoir tenir dans... pouvoir être contenu dans... » Acception dont les premiers exemples connus sont du XV® siècle et qui est assez fréquente au XVI° (Cf. par exemple Montaigne, I, 30 : « c'estoit autant qu'il en pourroi en une telle espace). Du Fail, I, 272, « des aiguilles autant qu'il en pourroit en l'Eglise N. D. de Paris ». 1,306, « la grange ne fut onc si pleine, que le balai ne peut1 bien derriere l'huis ». Locution proverbiale prononcée par une femme qui surprend son mari en flagrant délit d'adultère et lui reproche de ne pas se contenter de son ordinaire : il y a toujours une place vide (malgré les grossesses notamment). Cette locution proverbiale est encore courante en Ille-et-Vilaine, avec diverses variantes de détail : par exemple un homme qui a déjà beaucoup mangé dira en plaisantant, pour s'encourager à continuer : « La grange n'est pas si pleine qu'on ne puisse y mettre encore le balai ».
Pouvre — pauvre. — Dans les Balivern. de 1549, f° 34r°. La version de 1548 (Assézat, I, 180) remplace par pauvre (« ces pauvres prestres »). Cf. encore, Balivern., 1549, 43 r°, « pouures gens » (1548, ASs., I, 192, pauvres); 44 r°, pouure populaire, … pouuvres
gens, etc... — Dans Eutrapel (1555), du Fail s’est décidé à écrire pauvre. — Voir Thurot, Prononc. fr., L, 450-431. Pouvret — pauvret. — Balivern., 1549, f° 84 r°, « iceluy pouuret ».
Ici, l’'éd. Groulleau donne : pauure (Ass., I, 180), l'éd. Trepperel poure. Dans Eutrapel (1, 244), du Fail adopte la forme pauvre.
Poyer = payer. — Du ail emploie, en règle générale, la forme normale payer. Mais en Haute-Bretagne on disait poyer, et cette forme se rencontre constamment dans les documents rennais du XVIe siècle. Du Fail lui-même parait avoir hésité, du moins au début : ainsi dans les Propos Rustiques nous trouvons (p. 85), à deux lignes de distance, poyer et payees ?. C'est la prononciation provinciale qui nous explique, au chapitre XXVII d'Eutrapel (11, 218), le jeu de mots sur le nom de Guillaume Poyet, traduit en latin par solvebal (Voir : baloyer ; Gürlich, Die nordwesil. Dial., p. 23 et 41).
Pragmatiser. — 11, 214. Se livrer à la chicane, parler le langage de la « pratique » (Eutrapel s'adresse à l'avocat Lupolde, qu'il appelle ailleurs « praticien »). Godefroy ne connaît pas d'exemple