Sur cette famille, voir Vie et Œuvre, p. 389, n
15861, 2,3, 1587) 18, tout en nous mettant sur la voie de la leçon authentique, n’est pas beaucoup plus clair, du moins à première vue; seulement son obscurité est simplement d'ordre historique : « espouvantant, comme sur les pavez de Rome celuy d'Alexandre et Neron, Lancelot aux Chevaliers de Cornouaille, et Tempestas au College de Montaigu » 14. Voici ce qui a dû se passer. L'histoire ne nous apprend pas qu'Alexandre ait jamais épouvanté Rome ni ses pavés : du Fail, dont l’étourderie a laissé mainte preuve (n’a-t-il pas attribué par mégarde à Ovide une petite phrase qui est notoirement de Virgile ?) 5, avait voulu dire : Hannibal; mais la plume lui fourcha, et Alexandre persista dans toutes les éditions publiées dé son vivant. Il est probable cependant qu'il fit la correction à la main, in extremis, sur l’exemplaire qui dut servir au pieux éditeur de 1597. Qu'on veuille bien se reporter à l'hypothèse déjà émise par nous16. Cet éditeur trouva en marge la correction Hannibal, mais ne sut pas au juste où la loger; il éprouvait en présence de ce style brusque, riche en anacoluthes, un embarras que nous comprenons à merveille; il laissa subsister à la fois Alexandre et Hannibal, et, ne voyant pas que le participe présent espouvantant devait fonctionner partout comme un adjectif (= effroyable à, terrible à), il lui donna d’abord un complément direct («les pavés »), quitte à augmenter ensuite d’une façon absurde le nombre des compléments avec à, en écrivant « celuy d'Alexandre à Neron ». Nous savons maintenant ce qu’il faudra lire dans une bonne édition : la phrase n’a rien de très remarquable, mais elle se comprend 17.
Mais s’il est vrai que le texte de du Fail à grand besoin d'amendements, il faudrait bien se garder de croire qu'une
13. I1 faut y joindre l'édition de 15981, qui, malgré sa date, se rattache aux précédentes.