Terme de médecine : bandage, appareil
30. A moins qu'il ne faille conjecturer « sur ce mal » (toutes les éditions anciennes ont mot). Mais on commence à voir à quelle débauche de conjectures se trouverait entraîné l'éditeur des contes d'Eutrapel.
31. II, 282. Nous avons déjà signalé au début de cet épisode deux bizarreries
grammaticales: estans et trouvons (cf. ci-dessus, p. 18, et n. 23. Donnons en
note le texte complet que nous analysons : « Je seu depuis quelle [ma femme]
et la femme de Pierre Tourteau, encore qu'elles fussent commères, s'estoient
entrebatues à qui moudroit la première: de ma part, venant des anses bon
compagnon, et hur le gay, par tel refus non encore ouy, me jettay a corps
perdu Mir une gueve qui avoit servy les confrères de Ilurlep, Madame le
uuelque lieu, champs d'Albia. la Curcaille, tn>is Pucelles. Pontrocart, le Cbesne
verd Tison, et autres lieux d'honneur, et s'estoit rendue a Baudrouillé, et
escartee a la malheure jusques là. où il aun.il prins d'avec elle par troque »u
■nit rement un poulain sellé, bridé, el des poix pour des febves, le bon estre [car
sa riche femme avoit creu que c'estoit un rheume et en ceste qualité le traitoit
et médicamentoit. jusques à puis deux Jours] crue ses voisines se senuent
moquées d'elle, comme ignorante que Les rheumes a'assaiUoienl telles parues,
el que par ceste foUe croyance elle se faisoit qod seulemenl tort, mais à tout
leur sexe et ordre, toustesfois si nous voulions tenir ferme, el soustenir que
tels Unix se peuvent endommager par des rheumes, relies qui avoient consulte
2l i STYLE ET LANGUE DE DU FAIL
commence par s'adresser à eux en style direct : « Je seu depuis... de ma part... nie jettay... » Je fis. dit-il, la connaissance d'une gueuse qui, après avoir passé par divers lieux des plus honorables, comme on peut penser, « s'estoit rendue à Baudrouillé, e( escartée à la malheure jusque là, où... » Passons sur l'obscurité contenue dans ce « Baudrouillé »; elle ne tient peut-être qu'à l'insuffisance de notre érudition 32: mais l'expression « là où » est vague; elle inaugure une portion de récit où. sans crier gare, l'auteur passe au style indirect : « là. où il aurait pris d'elle, par troque ou autrement,
un poulain..., le bon estre car sa riche femme ) que ses
voisines se seroient moquées d'elle.... et que par ceste folle croyance elle se faisoit non seulement tort... » N'allons point plus avant. Il, c'est le narrateur qui, un instant auparavant. s'exprimait en style direct: le bon estre. c'est encore du style indirect, mais cette fois avec la proposition infinitive, qui succède au conditionnel aurait : quant au verbe déclaratif qui justifierait la dite proposition infinitive par ex. « il ajoutait le bon [du conte] estre que... »), du Fail s'en passe et juge le lecteur assez intelligent pour s'en passer lui aussi: nous voyons ensuite notre auteur insérer une parenthèse de trois lignes qui. au lieu de renfermer une idée accessoire, une réflexion adventice, contient au contraire une donnée essentielle du conte. Remarquons enfin que le second que, celui qui commence la proposition complétive « et que par cette folle croyance », ne joue nullement, malgré toutes les apparences, le même rôle que le premier: « que ses voisines ». Celui-ci dépend en effet du verbe estre, tandis que le second dépend de « se seroient moquées d'elle ». ou plus exactement d'un verbe déclaratif non exprimé et contenu dans se moquer de : <■■ les autres femmes lui disaient que... lui reprochaient rpie... » va ainsi, nous faisant galoper sur un chemin raboteux et parsemé d'ellipses, du Fail nous mené dare-dare vers la
et. me-dit .ni contraire, en pourroienl t>ien tomber beau saut, attendu qu'il avott de i aide dedans le village, e( messire Jean leur cure, qui tous luy tenolenl bon. »
83. si ee nom est poitevin, esl n bien sûr que lc> Français ei même les Rennais du XV1« siècle, lecteurs «le du Fall, tussent plus avancés que nous-.' i ette question peul se poser a chaque page d huinipel, et le plus souvent il Lui <] n elle doit se résoudre par la négative.
conclusion, vers l'endroit où .1 nous quittera avec une pirouette : « tant que tout alla si mal, qu'en fin tout se trouva bien » Mais le lecteur cahoté, violenté et nargué fait la grimace et juge qu'il était préférable, et en somme plus expéditif de lui exposer un peu plus longuement les choses que de l'obliger à relire deux ou trois fois la même phrase en se prenant la tète entre les mains.
joutons, pour être juste : V que, si les exemples cites précédemment ne sont nullement des accidents, des verrues malicieusement choisies par nous, mais ont une valeur représentative, tous les Contes d'Eutrapel ne sont pas un tissu d'énigmes indéchiffrables et ont souvent de la prestesse et du brillant sans détriment pour la clarté; 2° que les deux premiers ouvrages de du Fail, et surtout le premier son peu près exempts des contorsions de style et des déhanchements syntaxiques dont le dernier ouvrage, malheureusement le plus long, nous offre le troublant spectacle.