CHAPITRE II Éléments populaires
Cet auteur compliqué, dont la gaisté est parfois si laborieuse, a voulu être et fut dans une large mesure un auteur de caractère populaire : et même l'expression est chez lui plus foncièrement populaire dans les Contes d'Eutrapel cpie dans les deux premières œuvres, dont la lecture est beaucoup plus coulante. Il n'y a dans ce fait aucune contradiction, l'imitation réaliste du langage parlé conduisant facilement à des anacoluthes, ellipses, etc.. qui obscurcissent la phrase; plusieurs des manies de style les plus frappantes d'Eutrapel ont leur point de départ dans des phénomènes de rhétorique et «le syntaxe qu'on observe dans la conversation de tous les jours.
Chez du lrail, comme chez Rabelais (dont du Fa i 1 est en quelque sorte une réduction provinciale), il y avait deux personnages dont la rhétorique, le style et le vocabulaire se mêlenl sans cesse et ne s'harmonisent pas toujours : d'une part le gentilhomme campagnard, un peu paysan lui-même, gabeur, riant de tout cœur d'une bonne mystification, toujours prêt à décocher « le petit mot de gueule », et remontant facilement aux sources vives, populaires, du langage; d'autre part le docte juriste, le lettré disciple des humanistes, dont les réflexions viennent s'intercaler entre deux plaisanteries et qui jette dans un moule - ;i\;tnl les matériaux fournis par le peuple.
Assurément le dépari entre les éléments linguistiques fournis par ces deux personnages n'est pas toujours facile à faire. L'imitation préméditée de procédés populaires n'estelle pas déjà à quelque degré de la littérature savante ?