‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 14 sur 68 · ÉLÉMENTS PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PROVINCIAUX

Néanmoins il y avait chez le hobereau de Ghâteau-Letard assez de verve naturelle pour qu'on n'attribue point ses allures populaires au seul désir de « singer » Rabelais.

Une question se pose tout d'abord quand on considère la partie populaire de la langue de Noël du Fail : dans quelle mesure ce réaliste a-t-il été un écrivain de terroir ? Quelle est chez lui la proportion des éléments dialectaux ?

Comme on peut le voir en feuilletant notre lexique, cette proportion est sensiblement supérieure à celle qui résultait des éditions ou relevés lexicographiques antérieurs au nôtre, mais elle est certainement plus faible qu'on ne serait tenté de le supposer a priori de la part d'un auteur aussi rempli d'allusions à sa province. Des Périers par exemple fournit plus de documents sur le patois poitevin que du Fail sur le patois haut-breton. Au reste, le relevé des mots et locutions « de terroir » ne peut se faire avec une précision parfaite : non seulement le haut-breton du XVIe siècle nous est très mal connu, mais ce parler est, on le sait, très peu différent des parlers angevin et manceau qui l'avoisinent. Aussi serons-nous très larges et userons-nous du terme général et vague de « provincialisme ».

Le contingent apporté par les Propos Rustiques est extrêmement faible. Signalons : avoirs (bétail), deal (dé), la forme bestial (bétail), les termes techniques tortouer (tordoir et fileries (veillées), le mot senaud, la formule de serment par mon cotin, peut-être la locution puisqu'à faire faire, que l'auteur remplace du reste dès 1549 par la locution courante « puisque faire le faut »; le mot coupation1. L'auteur des Propos Rustiques montre une aversion évidente pour le pastiche linguistique, et ses paysans ne parlent pas paysan. Si nous notons dans cet ouvrage des exemples de la forme poyer pour payer, gardons-nous de voir là une imitation voulue du parler des rustiques bretons : du Fail a hésité luimême entre ces deux formes: au reste, poyer appartient bien au parler de la Haute-Bretagne.

i. ll(ii)i i l'i. liusl., p. ss) n'est pas noté dans les lexiques bretons modernes; mais d'après l'article de QODEFROY, haier (enclore d'une haie es! usité en Bretagne, dans l'arrondissement de Dlnan. Bas-Maine : ht'j/c (Dottin).

2i STYLE ET LANGUE DE DU FAIL

Il y a dans Euirapel quelques tranches de patois, mais ces sortes de citations sont fort rares; relevons la petite phrase Patte va o lu- attribuée à une femme de Rennes; quelques mots en patois de Lamballe prononcés par le bon capitaine du chapitre YIII3: une phrase du métayer de la Herissaye h 282;. où nous recueillons les mots coutel (couteau) et [eusse (fosse). De temps à autre, la préposition ô (avec) est employée par du Fail avec l'intention évidente d'imiter le patois local, où elle subsiste encore aujourd'hui. Tonne caricature la prononciation des Bas-Bretons. On pourrait signaler quelques autres citations4. Mais le plus grand nombre des provincialismes se trouvent dans la conversation familière cl'Eutrapel, ou, ce qui revient au même, dans celle des deux autres devisants, si souvent fictifs. Ils sont enchâssés dans le texte même de du Fail. Citons : veillois (II, 6) et fUeries (II, 6), le premier de ces deux mots — qui signifient « veillées » — étant noté par du Fail comme sentant plus spécialement le terroir ; cotignon, douette dans la locution « filer à longues douettes », Haut, gallicelle, gâche d'avoine, pain faitis. helocier (glosé par « prunier sauvage ». II. 104), esclotouere, couetil (coutil, II, 179), pochon (bourse, II, 201) 5, buscher des astelles, garçailles, hardeau valet de ferme), hardelles (jeunes

campagnardes. II, 10), picher (que l'auteur éprouve le besoin de gloser par « pot à eau ». I, 188), tect (I, 189) ou tait II. 7) aux vaches, r émus s eau de fil, couaner. bourde, devanteau6, devidouere (II, 107) 7, begaud, begauder, chauvit- des oreilles, hure le long (lambiner, s'attarder. II. 286), bouillons, bouil-

2. Comprenez : « Parle donc avec lui » (palle, forme assimilée de parle-, va

renforce l'idée impératne).

4. Une phrase en poitevin I. 283) Si le hol frapit le palet, ou si le palet frapit le bot » est tout. Simplement une citation littéraire un souvenir du fameux Meneloaue de RObtn, qui est un des ornements de la Qente Poitvtfl'rie (éd. L. Favre, Niort, 1878, p. 3'.).

5. Bas Maine Dottini : pouchon; le mot a passé sous cette forme dans l'argot Sainéan, Soîtrcet de l'argot anc GHoss.).

6. Pas plus pour ce mot que pour la plupart des autres, QOUS 06 voulons

prétendre affirmer un emploi exclusivement haut breton. Mais quand du Fail écril II 209) « le ievanteau ou tablier », nous en concluons que le second mot est la pour gloser le premier, et par suite que celui-ci devait paraître à lauteur plus provincial, plus rustique que l'autre.

, Dévidoir (cf. GODEFEOï, s. v. DesvoiUouerr

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