‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 15 sur 68 · ÉLÉMENTS PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PROVINCIAUX

lonneux, pêcher aux bouillons, se très chausser, subler*, engouler (11, 107), gaulée (I, 156), nid de tresée, contre-huys (I 183) se mucer (se cacher, II, 30), entour-lié, travouil, « je ne suis point souvenant de... » (I, 157), campane, escacher; pierre aguisoire ; mouche à miel et quelques autres encore.

Mots invariables : à (avec), probablement iHec, assez employé par du Fait, mais surtout provincial dans la position suivante : « ce gars Mec »; probablement aussi atout*, bien que cette préposition ne semble plus employée dans le hautbreton actuel 1{).

Les formes greussante (Courbet, I, 41), pour « grosseente » » [eusse, pour « fosse » m, ainsi que le « deux amy » (pour «doux ami »») du capitaine Lattay (T, 302) nous présentent une particularité phonétique intéressante des parlers de Haute-Bretagne : le passage fréquent d'un o à un œ«.

La forme Haut pour bliaut offre un exemple d'un autre

S I 302 : « mblant ou sifflant (lequel que l'on voudra, ou tous deux) ». Suble'r est encore la forme ordinaire en Ille-et-Vilaine.

9 Je n'ai que deux exemples à signaler dans Eutrapel ch. XVII II. 89 i : . atout son tabourin et fluste , et II. 96 (addition de 1586^: «jggj*^ son rouge nez... » Ce. mot pourrait être tout aussi bien un aicha.sme qu un provinciaUsme. Ces deux catégories sont très difficiles a distinguer.

10. On comprend, que s'il y a souvent hésitation pour les ^^Jg^"*

encore plus malaisé de désigner avec quelque sûreté les p ovuic aUsmes de

tn.irnni-e et de svntaxe II doit y en avoir très peu chez du Fail. La iepuque ou

rSle bien avoir fait parler le métayer de la Herissaye comm< i un «

, 1V, ,t 082) se termine par une expression assez intéressante dont le texte ÎSS&S^ÏS métayer avare, qui reproche à ^^ Î^T^Tne trop de pain lui dit, d'après les éditions 1585 et 15861: « il ny a pa m qui ne 7« ?»iïi i Mais les éditions 15862. 1586B 1597 15982. 1J03 Portent toutey , qui ne s'en aille. » Malgré leur rombre et l'autorité de deux Centre eUes .11^ me parait que l'édition princeps donnait la bonne leçon et rep od isai une °U1 mire populaire. Nous retrouvons la même locution, -et {e^i0lb ^J^Z\ sont (l'accord, - sous la plume de du Fail au chapitre XXVI: « il ny avoit argent qui ne s'y en allast. » (II, 195).

11 Ralivern édition de 1549. L'édition angevinisée (Assézat, I. 181) remplace ce te exi es on p • - pommes de Hery. » M. Courbet a parfaitement reconnu Sans ÏÏSSiïa» une déformation de grosse-ente, et son point d'interrogation eTinutil", bien que le mot. ne figure plus dans les f°^H^Bj££î Cf. dottin, Piéchâtel: grâ, orœsi. orain, Chansons de la Haute-Bretagne, Rennes, 1902, p. 138 : « Le cœur greus de tristesse.

12 Dans la loc. « (eusse d'Apigné » (1. 282). Cf. A. de la Borderie. BiW. Ee. JsCh XXXV ,296. Près d'Apigné. a 5 kilomètres au sud de Rennes la carte de 1 état-mafor indique sur le bord de la. Vilaine un lieu dit « La Fosse. .

13. Voir dottin. Piéchâtel, Introd., § 126 Au reste ce ^pf^S^uSi

n'ayant pas encore été étudié dans le détail, je me borne à le Mgnalei i ici en

e mes très généraux. Cf. La neuzeraie (=la Roseraie), ferme près de Rennes

n "aint-jacquet. - La . rue de la Casserole . a Rennes Rappelait autretois

« Casse-reuc », = casse-roue (Banéat, Vieux Rennes, rue des Ateliers). Etc., etc...

phénomène très ordinaire en pays rennais : la chute d'une liquide précédée de consonne et suivie d'un jod.

On remarquera aussi bon nombre de mots où du Fail note oi par ouè, conformément à la prononciation bretonne : tortouer. devidouere (II, 107), maschouere (II, 109), ratouëre (I, 213), martrouere (cercueil, II, T3)£esclotouere, terroùer (II, 226), tranchouer (Balivern., Courbet. I. 47).

En fait de prononciations intéressantes, on trouvera dans notre lexique, outre voler pour payer : baloy (balai), chescun (chacun); cf. aussi prarie (prairie. I, 185), fraries (Prop. Rust., 1547. La Borderie, p. 117), familiarement (Balivern., éd. 1549, 16 v°), dissimulareni (= dissimulèrent; Propos Rust. de 1547, p. 64); sarteau pour certeau; fouyer (foyer: Courbet, I, 47) 14; gouderuleau (godelureau) ; — rallement (= règlement) ; — seillon (sillon).

On peut regarder comme provincial15 le suffixe -eux, surtout dans les cas où le français normal préférait le suffixe d'agent -eur. Ce suffixe est représenté chez du Fail par : pleureux (II, 40), ergoteur, (II, 288), maneu, chastreux (I, 312). bragueux, bouillonneux.

Somme toute, du Fail a usé du provincialisme avec modéra'tion; et l'examen de sa langue corrobore une constatation <pic nous avions déjà faite dans notre principale étude : cet auteur, si local qu'il paraisse, a entendu écrire pour être lu de tous les Français de France. La plupart de ses termes provinciaux sont soigneusement glosés.

14. Ed. 1549, f° 40 v°. Il est vrai qu'à la même page du Fail laissait imprimer, linéiques lignes plus haut, foyer. Sur jouyer, voir Thurot, Prononc. fr., I, 371.

15. Je dis <■ provincial », d'une façon toute générale, car on sait que ces formes en -''//./• se trouvent au XVIe siècle un peu partout dans le parler populaire. II. Esuenne nous dit que resveit (rêveur), — employé par Rabelais (I, 33) — était d'usage courant dans le peuple (cf. Thurot, Prononc. //'., II, 165-169). — Pour la Hietagne, ces formes en -eux ont actuellement disparu; le suff. -oux représente aujourd'hui -osum -orein et -atorein. Ainsi chastreux se dit chatrou (Obaik); on dit bouillonnoux fangeux, sale) et non bouillonneux, etc... Mais il y avait certainement hésitation au XVIe siècle et nous ne devons pas accuser du Fail d'avoir fait du provincialisme littéraire, par exemple, pour imiter Rabelais, qui parlait de ce « villain humeux Grandgousier. • Ainsi, dans notre appendice à la Vie et Œuvre un </<' \ du Fail, nn 14, on notera en 1567 à Rennes un ■ Jacques Bazille, sonneux. » (ménétrier, musicien). La forme patoise actuelle est sonou (Orain). Du l'.iil i-mplole au chapitre XXVI II la forme normale sonneur (II, 226-227) et. clans le même passage, la forme liihournieur (II, 226), comme il fait ordinairement quand il ne patoise pa-s. Cependant nous trouvons trompeux adjectif dans un passage des plus sérieux (II, 322).

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