‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 2)Chapitre 10 sur 64 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

MORETO. — DRAMES fflSTORIQUES ET RELIGIEUX

Quoique Moreto ait laissé un assez bon nombre de drames héroïques et historiques, le Vaillant justicier est le seul dont oxx ait gardé le souvenir. Les autres méritaient Toubli dans lequel ils sont tombés. Il en est un, les Juges de Castille^ qui présente une particularité assez singulière. Le poète, voulant raconter les commencements et l'origine de la monarchie, a imaginé d'écrire en vieux langage l'ouvrage destiné à les retracer.

Les drames religieux de Moreto ne sont pas restés non plus au théâtre, mais ils sont plus dignes d'attention. Si on n'y trouve pas toute l'élévation poétique et fantastique que Calderon porte d'ordinaire dans les compositions de cette nature, ils nous paraissent encore plus fortement empreints de ce caractère de foi absolue, naïve et profonde qui distingue l'époque et la nation. La

Sainte Rose du Pérou peint admirablement lès écarts bizarres d'une imagination livrée aux rêveries du mysticisme le plus exalté. Les tortures volontaires que s'impose l'héroïne, les tentations auxquelles le démon livre sa pureté, le secours qu'elle reçoit des anges, les voix célestes ^'associant à ses pieux concerts, le chant des oiseaux, le bourdonnement même des insectes s'harmonisant miraculeusement avec les louanges qu'elle adresse au Très Haut, les arbres prenant la forme d'une croix sur laquelle elle s'étend en extase pour figurer le mystère de la rédemption, Jésus-Christ descendant du ci^l pour répondre à ses aspirations ardentes et l'amour divin s'exprimant, dans ces saints entretiens, avec une langueur tendre et passionnée qui rappelle le langage des faiblesses hunï^ines, voilà ce qu'on pouvait mettre alors sur la scène sans risquer de blesser, par des tableaux aussi hasardés et aussi équivoques, des hommes dont la croyance était assez . affermie pour ne voir dans de telles représentations que de nouveaux motifs d'édification et d'émotion religieuse. Dans Notre Dame de l'Amour, composée, à ce qu'il paraît, pour célébrer un fait contemporain ou du moins d'une date peu éloignée, l'inauguratioji à Madrid d'une image miraculeuse de la Vierge, il y a aussi des traits fort étranges. La dévotion que cette image inspire à un jeune moine, les extases où elle le plonge, les invocations qu'il lui adresse, ont une tout autre expression que celle d'un fervent spiritualisme. C'est le délire du qûiétisme dans son plus dangereux entraînement.

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