CHAPITRE XXXVIII
CALPERON. — COMÉDIES DE CAPE ET D'ÉPÉE. — LA MAI- SON A DEUX PORTES. — LES MATINÉES D'AVRIL ET DE MAI. — IL NE FAUT PAS BADINER AVEC L'AMOUR. — LE FEINT ASTROLOGUE. — LA DAME REVENANT. — LE SECRET A HAUTE VOIX. — GARDEZ- VOUS DE L'EAU QUI DORT, ETC.
Nous sommes presque arrivés au terme de ce que nous avions à dire de Calderon, et cependant nous n'avons pas encore examiné une partie bien considérable de son théâtre, celle dont le mérite a été de tout temps le moins contesté et qu'en Espagne on vante le plus universellement, ses comédies de Cape et d'épée.
Déjà, en parlant de Lope de Vega, nous avons expliqué combien il est difficile de faire passer dans une analyse ou dans une traduction les beautés de ce genre de drames. Cette difficulté est bien autrement grande en ce qui concerne Calderon.
Dans Lope, au moins, une action vraiment attachante, des incidents touchants, des caractères de femmes pleins de passion et souvent d'originalité sont autant d'éléments d'intérêt qu'on peut apprécier à ^ Paris comme àMadrid,au xix* siècle comme au xvii®,
indépendemraent des formes du langage, de Tinfluence du temps et de celles des mœurs locales.
Sauf de très rares exceptions, il n'y a rien de sembla oie dans les comédies de cape et d'épée de Calderon. C'est dans de tout autres ressorts qu'il a cherché des moyens de succès spécialement appropriés au siècle 011 il vivait.
Ce n'est ni au cœur, ni à la raison qu'il s'adresse, c'est à l'esprit. Les caractères ne sont rien pour lui, il y substitue presque toujours des types généraux invariablement attachés à certaines positions. Chez lui, tous les amants, toutes les maîtresses, tous les pères, tous les frères se ressemblent. Tous expriment invariablement, dans un langage plein d'harmonie, de pompe et d'élégance, des sentiments exaltés et quintessenciés d'amour, d'honneur, de jalousie. Il ne songe nullement à nous intéresser à eux. Il ne les considère, il ne nous les présente, en quelque sorte, que comme les instruments nécessaires des combinaisons par lesquelles il s'efforce de piquer notre curiosité.
Voici, d'ordinaire, comment il procède. Une expression proverbiale, un paradoxe plus ou moins hardi, quelquefois même un mot tout à fait insignifiant qu'on pourrait croire lui avoir été imposé comme iine sorte de bout-rimé, tel est le sujet ou plutôt le texte habituel de ses compositions. 11 faut, de toute nécessité, que l'action du drame, que son dénouement final , rentrent dans ce texte et en deviennent le développement. Toute considération cède devant cette nécessité, et en dépit des invraisemblances, des impos-
sibilités même, la phrase sacramentelle, répétée de loin en loin par le principal personnage qui semble en avoir fait sa devise, vient toujours, comme un arrêt du destin, dominer et maîtriser les cours des événements.
Quelquefois, Calderon substitue à cette entrave bizarre quelque chose d'un peu moins puéril. Il se pose à lui-même quelqu'une de ces subtiles questions de galanterie, d'honneur, de chevalerie, telles qu'en jugeaient, dit-on> les cours d'amour du moyen âge. 11 se demande, par exemple, ce que doit faire un homme tout à la fois amant, ami et sujet, placé par un concours de circonstances dans une position telle qu'il est contraint de manquer ou aux devoirs de l'amour, ou à ceux de l'amitié, ou à l'obéissauce due à son souverain. Les solutions qu'il donne sont nécessairement singulières et paradoxales. C'est ainsi, par exemple, qu'il nous montre comme un modèle de loyauté et de perfection chevaleresque un amant qui, dominé par le. sentiment exalté de son dévouement envers son souverain, non seulement renonce pour lui à sa maîtresse, mais encore lui ménage des entrevues avec elle et l'enlève même pour la livrer entre ses mains.
Comme ces jeux d'esprit ne sauraient suffire pour remplir et animer toute la durée d'une représentation dramatique, Calderon y supplée par d'incroyables complications d'intrigues qui, il est vrai, éveillent, soutiennent la curiosité et donnent l'idée d'une grande puissance de conception, mais qui, aussi, causent au spectateur et même au lecteur une véri-
table fatigue par l'attention continue qu'ils sont forcés d'y porter s'ils ne veulent en perdre le fil. Ce qui est singulier, c'est que ces intrigues si croisées, si variées, reposent pourtant sur un petit nombre d'incidents reproduits absolument dans les mêmes termes et avec les mêmes circonstances : rendez-vous nocturnes à un balcon ou dans un jardin, rencontre de deux rivaux, scènes de jalousie, arrivée imprévue d'un frère ou d'un père, quiproquos causés par l'obscurité ou simplement par le voile de l'héroïne, coups d'épée, confusion générale que le poète, ne sachant plus comment en sortir, termine par deux ou trois mariages auxquels, dès le commencement, il n'existait d'autre obstacle que la nécessité de prolonger assez l'action pour fournir la matière de trois journées.
Qu'on sème sur un pareil imbroglio de subtiles dissertations métaphysiques, d'interminables récits et de longues descriptions gongoriques où toutes les métaphores que peuvent fournir le ciel et la terre sont mises à contribution par un amant pour peindre Ja beaijté de sa maîtresse, on aura le cadre d'une comédie telle que la composait Calderon, telle d'ailleurs que la réclamait le goût du temps, car il est à remarquer qu'en subissant avec une souplesse et une facilité remarquables les exigences de la mode littéraire, en prêtant même à ces exigences plus de force et d'intensité par l'exemple de sa soumission, ce grand homme ne méconnaissait pas ce qu'elles avaient de contraire au bon sens et à la vérité.
Bien loin de là, il proteste sans cesse, parla bouche
de ses Graciosos, contre les sacrifices qu'il doit y faire; il se raille impitoyablement de ces invraisemblables quiproquos^ de ces scènes de nuit, de ces duels perpétuels; il traite d'inintelligible galimatias toutes les subtilités métaphysiques dont certaines scènes sont remplies, il parodie de la manière la plus comique les écarts gongoriques auxquels il vient de s'abandonner un moment auparavant. Nous doutons que le critique le plus malveillant eût pu faire mieux ressortir les vices de ses compositions et il ne l'eût certainement pas fait avec autant d'esprit et do gaîté.
Si pourtant il faut dire toute notre pensée, nous croyons qu'en même temps que la haute raison de Calderon lui ouvrait les yeux sur le faux goût de l'époque, son imagination l'en rendait complice ; nous croyons qu'elle cédait franchement à la contagion dont il était entouré. Il y a trop de verve, d'abondance, d'éclat dans sa manière habituelle, il semble trop se plaire aux inextricables intrigues, il manie avec trop de facilité la langue de la scolastique amoureuse, si l'on- peut ainsi parler, enfin les brillantes extravagances du gongorisme lui semblent trop familières pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'il est là dans son élément et qu'il s'y abandonne avec délices. La raison lui revient ensuite, il est vrai, et, comme pour mettre sa conscience en repos, il tourne en ridicule les faux dieux qu'il vient d'excuser, mais un moment après, il retombe dans son idolâtrie, parce que c'est là que sont ses sympathies véritables.
Nous- venons de dire ce qui frappe au premier abord dans ses comédies de cape et d'épée, ce qui en fait le caractère unique et distinctif dans une traduction ou même dans le texte original pour un lecteur peu familiarisé avec le génie de l'idiome castillan du XVII® siècle. Malheureusement, les beautés qui compensent, qui effacent ces brillants défauts ne sont pas également à la portée des étrangers, nous disons plus, à la portée de tous les espagnols de la génération actuelle. Si la langue qu'ils parlent se compose encore des mêmes mots qu'employaient Calderon et ses contemporains, le contact et l'infusion progressive de la langue française, joints à l'altération des anciennes mœurs, l'ont peu à peu privée, en grande partie du moins, de ce 'tour original et hardi qui, en la rapprochant des langues de l'Orient, en faisait un instrument si merveilleusement approprié aux écarts les plus audacieux de la pensée.
Certes, nous n'entendons pas justifier les extravagances du gongorisme, nous sommes loin de prétendre qu'à aucune époque elles aient pu se concilier avec le bon goût et le bon sens. Cependant, pourquoi ne l'avouerions-nous pas ? Lorsque, nous détachant pour un moment des idées et des formes de la société actuelle, nous nous reportons au monde si différent, aux habitudes encore si vivantes de la chevalerie et du moyen âge dont Calderon retrace le tableau, il nous est impossible de ne pas trouver un charme puissant à cette étincelante poésie où l'harmonie des sons, le luxe des images et le délire de l'imagination semblent se conjurer pour séduire et fasciner les II. 3.
esprits les plus sévères. C'est une musique délicieuse dont sans doute il ne faut pas chercher la signification précise, dont le secret nous échappe, mais qui nous entraîne et nous ravit.
Lorsque Calderon, descendant de ces hauteurs éblouissantes, fait parler à ses personnages Je langage de la réalité, on est tout surpris de reconnaître que son talent n'a pas besoin pour nous captiver de se placer en quelque sorte hors de la nature. Nous ne connaissons rien de plus exquis, de plus délicat, de plus élégant que les entretiens de ses héros et de leurs belles, rien de plus fin, de plus ingénieusement gai et parfois de plus vraiment comique que les saillies de ses Graciosos. On sent en le lisant que c'est ridéal du ton qui régnait alors à la cour aussi bien que dans la haute société espagnole et que personne n'a reproduit comme lui, parce que personne, parmi ses contemporains et ses rivaux de talent, n'a vécu aussi intimement dans les cercles de l'aristocratie.
Après avoir caractérisé comme nous venons de le faire une partie considérable des drames de Calderon nous ne nous arrêterons pas à les analyser séparément. Leur physionomie est tellement semblable qu'un pareil travail ofirirait des résultats d'une fatigante monotonie. Nous ne pourrions guère que répéter, sur chacun d'eux, des observations qui leur sont à tous à peu près également applicable. Ce n'est que par un examen attentif et minutieux de leurs charmants détails qu'on parvient à les discerner les uns des autres, et cet examen nous mènerait trop loin.
Nous nous bornerons donc à indiquer sommairement celles de ces comédies qui. se distinguent, soit par le développement d'une idée originale, soit i)ar un mérite qui les met vraiment hors de ligne.
L2l Maison à deux portes est considérée comme un des chefs-d'œuvre les plus accomplis de Calderon. Nulle part, il n'a combiné avec plus d'art, de vraisemblance et de manière à en tirer des effets plus attachants les ressorts d'une intrigue excessivement compliquée. Nous ajouterons que si les beautés du style qu'il y a prodiguées, si ces admirables alternatives de pompe éclatante et de gracieuse simplicité, de facilité élégante et de recherche exquise se retrouvent dans un grand nombre de ses autres compositions, il a su rarement se soustraire aussi complètement à la contagion du gongorisme,
l^^^ Matinées d'Avril et de Mai ont une fraîcheur, une pureté de conception qui semblent en avoir dicté le titre. C'est un tableau très piquant de certaines habitudes de la société du temps.
Dans II ne faut pas badiner avec l'amour, Calderon peint avec autant de grâce que de légèreté et de gaîté un jeune présomptueux qui, après s'être vanté d'être innaccessible à tout sentiment tendre et avoir longtemps accablé de ses impitoyables railleries quiconque ne professait pas la même indifférence, finit par se laisser entraîner à une passion qu'il avait d'abord consenti à feindre, autant pour se railler d'une femme prude et bel-esprit que pour servir les projets d'un de ses amis auprès d'une autre
belle. Le portrait de la précieuse est aussi très agréablement tracé. .
Le Feint astrologue repose principalement sur une idée d'un très bon comique et qui sort un peu du cercle monotone de ces intrigues amoureuses si chères à notre poète. Un amant qui, dans un transport de jalousie, a laissé voir qu'il connaissait un secret dont il ne veut pas faire connaître le révélateur, imagine pour se tirer d'embarras, de dire qu'il a appris ce secret à l'aide de l'astrologie dont il prétend posséder tous les mystères. Le bruit de sa science se répand bientôt de tous côtés ; de tous, côtés on vient lui demander le secours de son art pour lire dans l'avenir ou même pour connaître le présent. Les embarras où il se trouve jeté, l'inutilité des protestations auxquelles il se livre pour convaincre les importuns de sa parfaite ignorance et que tous prennent pour des formules de modestie, les hasards heureux qui le mettent parfois en mesure de répondre aux questions de manière à confirmer la réputation qu'on lui a faite, tout cela, nous le répétons, est d'une franche gaîté et d'un excellent comique. On reconnaît, en lisant cette pièce, combien était alors répandue la croyance à l'astrologie judiciaire. Calderon lui-même, qui se propose évidemment de l'attaquer, ne le fait que d'une façon indirecte et à l'aide de ces distinctions subtiles qui couvrent toujours les premières attaques contre des préjugés trop fortement établis.
Le Feint astrologue a été incité ou plutôt librement traduit par Thomas Corneille dont les premiers ou-
vrages ne sont autre chose que des versions facilement rimées des drames espagnols les plus en vogue à cette époque. Pour ne parler que des emprunts qu'il a faits à Calderon, nous citerons encore là Maison à deux portes^ que nous avons déjà nommée, et le Geôlier de soi-même^ pièce très amusante oîi le romanesque et le bouffon sont mêlés d'une manière fort singulière. Le succès qu'obtenaient devant des spectateurs français ces faibles copies, servilement calquées sur des originaux complètement étrangers aux mœurs et au^ usages de la France, prouve à quel point le goût espagnol dominait alors à Paris.
11 y a quelque analogie entre le sujet du Feint as^ trologue et celui de la Dame revenant. Une jeune veuve que la curiosité et le désœuvrement plutôt qu'un sentiment bien réel portent à s'intéresser à un étranger de qui elle a reçu, sans être connue de lui, un service signalé, s'introduit' chaque jour en son absence et par une porte dont il ignore l'existence dans la chambre qu'il occupe pour y déposer soit un billet mystérieux, soit quelque présent à lui destiné. Longtemps ce manège se prolonge sans que l'étranger puisse comprendre par quelle voie lui. arrivent ces singulières faveurs. Son valet épouvanté ne doute pas de l'intervention d'un démon ou tout au moins d'un esprit follet, et lui-même, déçu dans toutes ses tentatives pour découvrir la vérité, ne repousse plus qu'assez faiblement cette interprétation lorsque le hasard vient enfin au secours de sa perspicacité en défaut. Toute cette intrigue est fort amusante. Le rôle de la jeune veuve est d'une co-
quetterie fine, gracieuse et enjouée, qui contraste agréablement avec l'exaltation gongorique que Cal- (leron prête ordinairement à ses héroïnes.
Le Secret à haute voiœ jouit d'une grande réputation. Nous devons dire qu'elle nous paraît exagérée. La conception en est forcée. Deux amants, n'ayant pas la facilité de s'entretenir autrement qu'en présence d'une réunion nombreuse, ont imaginé, pour s'entendre l'un l'autre sans être entendus du public, .de n'attacher un sens qu'au premier mot de chaque phrase qu'ils prononceront. Cette espèce de (tour de force, renouvelé à plusieurs reprises et exécuté peut-être avec moins de bonheur qu'on ne pouvait l'attendre d'un esprit aussi facile que Tétait celui de Calderon, cause, à notre avis, un sentiment de fatigue sans exciter un bien vif intérêt.
Une pièce qui mérite une place à part, parce qu'elle se rapproche davantage de ce qu'en France on est convenu d'appeler la comédie, c'est celle qui a pour titre ce proverbe bien connu : Gardez-vous de l'eau qui dort. Deux jeunes filles y sont en présence, l'une vive, franche, enjouée et pourtant sage, l'autre cachant sous les dehors d'une pruderie affectée une grande corruption de cœur qui l'entraîne aux actes les plus coupables et les plus imprudents. Dans ce contraste, rendu avec beaucoup de vérité et de comique, il y a une pensée sérieuse et morale, et c'est ce qui ressort rarement des Imbroglios de Calderon. Une autre circonstance encore donne à cette pièce un caractère particulier: de tout le théâtre de son auteur, c'est si nous ne nous trom-
pons, la seule qui appartienne à un genre de drame inconnu du temps de Lope, mais qui, plus tard, devait devenir fort à la mode, la comédie de Figu-ron. On appelle de ce nom un personnage ridicule dont le poète fait le mobile principal de l'action. Le personnage est presque toujours quelque gentilhomme de la Montagne, c'est-à-dire du pays des Asturies ou de Santander, qui, sortant pour la première fois de son manoir paternel, vient étaler à Madrid, où l'appelle un projet de mariage, sa grossière ignorance et la rusticité de ses manières. Aussi pauvre d'argent que fier de sa noblesse, tout pénétré de l'importance qui s'attache à lui dans sa province, facile à blesser, d'une susceptibilité extrême sur le point d'honneur, il porte dans le monde nouveau au milieu duquel il se trouve jeté un sentiment de défiance, de répulsion, d'hostilité malicieuse. Tout lui fait ombrage, tout lui paraît suspect, jusqu'aux politesses qu'on veut lui faij*e et dont il ne comprend pas le but, et lorsqu'après les plus grotesques incartades, il a enfin rompu le projet qui l'avait conduit dans la capitale, c'est avec le sentiment de la plus vive joie, comme s'il venait d'échapper à un grand péril, qu'il se hâte de regagner sa chère montagne. Tel est le héros de cette comédie de Calderon ; tel est aussi, nous l'avons dit, à quelques nuances près, le type du principal personnage de presque toutes les comédies de Figuron : véritable caricaturé, mais dans laquelle on sent un fond de vérité et d'originalité profonde qui ne permet pas d'y voir une simple fantaisie.
Le Bonheur \et le malheur d'un nom, les Entraînements d'un hasard Jl ne faut pas toujours s'attendre au pire ^ sont encore de charmants ouvrages où toutes les qualités de Calderon se retrouvent plus ou moins mélangées des imperfections brillantes qui s'y mêlent d'ordinaire. Il nous serait facile d'allonger beaucoup cette liste, mais il y aurait certainement peu d'utilité à traduire péniblement des titres parfois aussi difficiles à rendre en français que le seraient les ouvrages même qu'ils désignent.
Nous finirons par une observation générale sur l'ensemble du théâtre de Calderon. Bien qu'on y trouve moins de détails de mœurs que dans celui de Lope de Vega, ce qu'il faut attribuer, peut-être à la nature plus idéale des conceptions, il nous montre au fond le même état social. La seule difïérence que nous y trouvions, c'est qu'il règne plus constamment chez Calderon une certaine teinte aristocratique dont on peut également chercher le principe dans la tendance de son esprit, dans ses habitudes personnelles, dans le choix de ses sujets et dans les changements que la cour de Philippe IV avait apportés au ton de la société. Cette influence ne paraît pas, d'ailleurs, avoir adouci ce que les mœurs si polies, à certains égards, conservaient encore de dur et même de sanguinaire. Les duels, les meurtres, s'offrent constamment à nous, dans les comédies de cape et d'épéey comme les incidents ordinaires de la vie, comme d'insignifiantes circonstances qui, lorsque l'action du drame est tournée vers la gaîté, y jettent à peine une ombre de tristesse.