‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 2)Chapitre 5 sur 64 · CALDERON. — ACTES SACRAMENTELS · texte numérisé non relu

CALDERON. — ACTES SACRAMENTELS

Ce ne serait pas faire connaître complètement Calderon que de passer [sous silence ses Actes sacramentels. Quelque étranges que nous paraissent maintenant ces compositions, ellesjouissaientau xvii'siècle d'une très grande faveur. On les représentait à l'époque des principales fêtes religieuses, elles faisaient en quelque sorte partie de la solennité, et par là, elles f prenaient un caractère assez semblable à celui qu'a- ^ vait la tragédie dans les premiers temps de l'antiquité t grecque. Pour la forme comme pour le fond, c'étaient purement et simplement les mystères du moyen âge. Tantôt, une action tout allégorique destinée à figurer la lutte du démon contre l'humanité, le' triomphe de la loi, la glorification d'un des mystères de la religion, tantôt une scène de l'ancien ou du nouveau testament présentée aussi à titre d'allégorie, tels étaient les sujets de ces ouvrages bizarres. Le démon, la foi, l'humanité, les vei^tus, les u. 4

vices en étaient les principaux personnages, et Tun des vices y tenait lieu de Tinévitable Gracioso, car l'appareil de la comédie ordinaire y était scrupuleusement conservé. Tous les poètes dramatiques de cette époque ont composé un nombre plus ou moins considérable d'actes sacramentels, mais Calderon s'y. distingua plus qu'aucun autre, et aux yeux de ses contemporains, les succès qu'il obtint dans ce genre n'étaient pas un de ses moindres titres de gloire. C'est qu'en réalité, la tournure particulière de son esprit l'y rendait singulièrement propre. Il [est impossible de ne pas admirer le prodigieux talent J qu'il y a dépensé, la finesse, la justesse des métaphores et des allégories, la perfection et la richesse du style, le fini et la délicatesse de tous les détails. Ce sont peut-être ceux de ces ouvrages qu'il a le plus soignés, et on ne peut s'empêcher de regretter qu'il n'ait pas consacré tant de temps et des dons si précieux S des travaux d'une valeur moins relative et mieux faits pour être appréciés ^ar la postérité.

Pendant trente-sept ans, la ville de Madrid lui confia exclusivement le soin de composer les actes sacramentels qu'elle faisait jouer, suivant l'usage que nous rappelions tout à l'heure, aux grandes fêtes religieuses et surtout à la Fête-Dieu. Séville, Tolède, Grenade, eurent souvent aussi recours à lui.

Ces pieuses représentations, objets, alors d'une édification universelle, se sont prolongées en Espagne jusqu'au règne de Charles III. Nous verrons plus loin comment elles prirent fin à cette époque.

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