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50 ESSAI Sril LE THÉÂTRE ESPAGNOL
LE ROI (à pari).
» Le mal appris ne sait pas qui entre chez lui et »'il reste assis. Peut s'en faut que je ne le jette à » bas de son siège, mais il convient de dissimuler » et de lui laisser ignorer qui je suis pour qu'en- » suite son châtiment exemplaire serve de leçon à » tous ces tyrans. (Haut.) Je prie Votre Seigneurie » de me donner sa main à baiser.
D. TELLO
» Couvrez-vous.
LE ROI
» C'est ce que j'allais faire, jamais je ne parlerai » découvert à qui me parle assis.
D. TELLO
» Holà ! un tabouret.
LE ROL
» Encore !... soit!
D. TELLO
* Je n'ai que deux fauteuils, l'un pour mon épouse » bien-aimèe, (montrant Dona Maria) l'autre pour » moi. N'en soyez pas blessé. C'est tout au plus si » les hommes de ma qualité offrent leur fauteuil au » roi.
» Je vois que c'est une marque de votre grandeur, » je me contente de ce qui m'appartient.
D. TELLO
» Quoique votre aspect dise assez que vous êtes » gentilhomme, puis-je savoir quel rang vous occu- » pez dans la noblesse ?
» Mon nom est Aguilera, je suis de la Montagne.
D. TELLO
» Je connais votre nom. Il y a eu des Aguilera » écuyers dans ma maison. Et quel est l'objet de » votre voyage ?
LE ROL
» Je suis la cour pour un procès.
D. TELLO
» Comment, lorsqu'on peut recourir à l'épée pour » se faire justice, va-t-on dépenser son argent en » procès !
LE ROI
» J'obéis à la loi... Le roi est en ce moment à » Madrid.
D. TELLO
» Il a amené, pour nous édifier sans doute, sa » chère Padilla...
LE ROI (se levant).
» Son épouse, et votre reine... Quiconque parlera » de lui autrement qu'avec le respect qui lui est dû, » mon épée...
D. TELLO
» Bien, très bien, je vois que le bon Aguilera est » un sujet dévoué à son roi.
LE ROI
» Je m'en fais gloire.
D. TELLO
» Asseyez-vous, bon Aguilera. Ainsi donc, le roi » est h Madrid ?
LE ROI
» Si vous voulez le voir, il est temps d'}- aller.
D. TELLO
» Si le roi pense que je puis lui être de quelque » utilité, ma maison est prête à le recevoir, les » rois qui ont bien voulu s'y arrêter y ont toujours » été accueillis comme des parents. Je me souviens » que, plus d'une fois, cet appartement même a reçu » le grand Alphonse... Celui-là était un .roi, mais » on dirait que son fils n'a d'autre pensée que de » flétrir son glorieux héritage.
LE ROL
» Encore une fois, songez que vous parlez du roi » D. Pèdre, qu'il est votre souverain, et ne le fût-il » pas, qu'il est peu patient, que s'il savait ce que » vous dites de lui il vous aurait bientôt fait taire. » {Il se lève d'un air irrité, un valet etr'^ayé appelle » du secours.)
» Silence, crois-tu que si je voulais châtier sa » hardiesse, je ne suffirais pas pour cela ?
LE ROI
» Je ne sais.
» Allons, son intention était bonne, c'est son zèle » pour son roi (jui l'a emporté, qu'on ne lui fasse » pas de mal.
LE ROI
» Je suis un sujet fidèle ; vive Dieu.
» Il n'est pa'^ besoin de jurer.
ESSAI sua I.E THÉÂTRE ESPAGNOL ii'.i
LE ROI
» Soit.
D. DELLO
» Vous aimez beaucoup le roi.
LE ROI
» C'est un devoir.
D. TELLO
» Asseyez-vous, brave Aguilera.
LE ROI
» Pardonnez cet emportement au zèle d'un sujet » dévoué de cœur à son souverain.
» Et moi aussi, je suis sujet du roi, et ma maison » s'est toujours fait honneur de ne le céder à aucune » autre en loyal dévouement. C'est pour cela que ce » que vous venez de faire ne m'a pas déplu. Donnez- » moi la main.
LE ROI
» Un noble doit parler des rois avec respect. » parce que, bons ou mauvais, ils sont sur la terre » la représentation de la divinité, destinés dans les » impénétrables décrets de sa providence, les uns à » nous châtier, les autres à nous récompenser. Mais » laissons cela. J'avais tant entendu parler de vous » que, passant près de votre demeure, j'ai voulu la » visiter, et l'amour qu'on vous porte dans ce pays » me prouve que le bruit public ne m'avait pas » trompé sur votre compte.
D. TELLO
» Il est sûr que je suis fort aimé à Alcala.