‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 3)Chapitre 45 sur 73 · II · texte numérisé non relu

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222 KSSAI SLR LE THÉÂTRE ESPAGNOL

Pour ne pas être injuste envers le poète que nous venons de qualifier si sévèrement, nous devons dire que quelques-uns de ses ouvrages méritent d'être jugés avec moins de rigueur. Le Charljonmer de Tolède et surtout le Sage dons sa retraite offrent un intérêt assez vit" et, ça et là, ce qui est plus surprenant,des passages touchants ou dramatiques. Cette dernière pièce est, d'ailleurs, visiblement imitée des Tellos de Menésès de Lope de Vega, qu'elle ne vaut pas à beaucoup pi es. C'est, avec beaucoup moins de charme et de naïveté, la peinture d'un homme riche, indépendant, qui préfère aux faveurs et aux plaisirs de la cour les jouissances rustiques, la liberté, la grande existence des champs et des montagnes, qui, plein de respect et de dévouement pour son roi, s'est pourtant imposé la loi de ne jamais paraître devant lui. Comme dans la pièce de Lope, le roi qui, chez Matos Fragoso, n'est autre qu'Alphonse le Sage, se décide à aller chercher dans sa retraite le sujet orgueilleusement modeste qui fuit ainsi son aspect; mais ici, c'est sans se faire connaître que le monarque pénètre chez l'opulent campagnard. 11 eu résulte une scène remarquable, qui n'est pas sans analogie avec certaines scènes de Moralo et de Rojas, qui ressemble surtout d'une manière frappante à la situation principale d'un drame (jue nous avons analysé il n'y a qu'un moment, le Premier assistant de Séi iUe. L'iyipossibilité d'établir la date précise de ces difi'érents drames ne nous permettant pas de dire avec quelque certitude à qui appartient le mérite d'avoir créé cette situation, nous croyons rem-

plir un devoir d'équité en mettant successivement sous les yeux du lecteur les pièces de cette espèce de procès. C'est dans ce but que nous allons traduire la scène en question.

UN VALET là Juan le campagnard).

« Quelqu'un vous demande.

JUAN

» Qui peut venir à une telle heure? Garde bien la » porte, qu'on ne puisse rien nous dérober. Il y a, » dans ces environs, beaucoup de vagabonds et de » paresseux qui gagnent leur vie à faire le mal.

LE UOL

» Je ne suis pas de ceux que vous pensez. Quoi- » que je paraisse étranger, je suis un gentilhomme » de Séville,

JUAN

» Que demandez-vous !

LE ROI

» Je me suis perdu dans la montagne au milieu de » l'obscurité. Connaissant votre richesse et votre gé- » nérosité, j'ai attaché mon cheval à un arbre et je » me suis dirigé^ à pied vers ce village où le curé » m'a indiqué votre demeure.

JUAN

» Le curé ne vous a pas trompé. Vom trouverez » ici un souper et un gîte, moins magnifique, sans » doute, que chez vous, mais que je vous offre (1(3 >•> bon cœur suivant ma coutume. Quel est votre nom ?

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