FRÈRE A.NT0LIN
» Voici des pauvres qui viennent.
LUCIFER
» Holà, frères, par ici.
» Pourquoi les appeler? Laissez-les; ils cherchent » un lieu écarté pour livrer bataille à leurs ennemis » domestiques.
LUCIFER
» Approchez, mes frères.
FRÈRE ANTOLIN.
» Si VOUS ne pouvez rien leur donner ici, que leur » voulez- vous I
LUCIFER
» S'ils ont quelque besoin, on trouvera moyen d'y » pourvoir.
LE PREMIER PAUVRE
» C'est notre saint aumônier.
SECOND PAUVRE
» Mon père !
TROISIÈME PAUVRE
» Béni soit celui qui l'a amené à Lucques pour » notre bien !
LUCIFER (à part).
» Et pour mon malheur ! (Haut.) Avez-vous dîné » au couvent ?
PREMIER PAUVRE
» Nous sommes arrivés trop tard.
FRÈRE ANTOLIX.
» Ce n'est pas vrai. Tous les trois ont reçu aujour- » d'hui leur pitance, moi présent.
PREMIER PAUVRE
» Mais j'ai six enfants, et ma femme est au lit.
FRÈRE ANTOLIN.
» Si VOUS multipliez de la sorte, le moyen de vous » nourrir !
SECOND PAUVRE
» Moi, j'en ai neuf, et ma femme ne peut sortir de » la maison, elle est manchotte et percluse.
FRÈRE ANTOLIN.
» Elle a neuf enfants et elle est percluse ! Allez- » vous-en avec vos femmes à une île déserte, » vous y aurez bientôt mis une armée en cam- » pagne.
TROISIÈME PAUVRE
» Moi, je n'ai pas d'enfants, mais j'ai un père qui » a plus de quatre-vingt-dix ans.
FRÈRE ANTOLIN.
» A quoi bon nous raconter ici toutes vos misères? » Retournez plus tard au couvent.
LUCIFER
» Mon frère, combien je regrette que vous n'ayez » pas ici quelque chose à envoyer à cette femme qui » est malade au lit ! Voyez donc !
» Quoi, voir? Plaisantez-vous?
LUCIFER
» Puisque je les ai appelés, il faut bien leur donner » quelque chose.
FRÈRE ANTOLIN.
» Faites donc qu'une douzaine de corbeaux nous » apportent dans leurs becs des provisions, autre- » ment je n'y vois pas de remède.
LUCIFER
» J'en trouverai, ayez confiance, mon frère, et » pour commencer baissez vos manches.
FRÈRE ANTOLIN (à part).
» Il n'y a pas de précautions humaines qui puis- » sent tenir contre ce diable d'homme. Il m'a vu » manger.
LUCIFER
» Qu'attendez-vous?
FRÈRE ANTOLIN.
» 11 convient mieux, mon père, que vous baissiez » les vôtres,