CHAPITRE VII
lope de vega. — comedies heroïques — l'Étoile de .séville
De toutes les comédies héroïques qu'a laissées Lope de Vega, celle dont la conception est la plus forte, la plus belle est incontestablement VÉtoile de Séville.
Le sujet de cette pièce paraît avoir été puisé dans un fait réel survenu bien peu de temps avant l'époque où elle fut composée. On lit dans les Mémoires d'Antonio Ferez que ce secrétaire de Philippe II ayant reçu de son maître l'ordre de mettre à mort un homme dont le roi voulait se dé faire ^owr un certain motif, fit tuer ce malheureux dans une rue de Madrid. Soupçonné de complicité dans l'assassinat, il ne tarda pas à être arrêté. Il subit la torture sans rien avouer et sans que le roi jugeât à propos de venir à son secours. Il parvint pourtant à s'échapper et se réfugia en France, mais Philippe II, loin de protéger
sa fuite, châtia rigoureusement ceux qui 1 "avaient favorisée (1)
Rien ne peint mieux que ce trait singulier, raconté froidement et naïvement par un homme aussi intelligent que Ferez, Philippe II et son siècle, l'immense idée qu'on se faisait dès lors de l'autorité royale et la barbarie de mœurs qui s'unissait à la brillante civilisation de l'esprit, mais si cet événement est de nature à intéresser l'historien et le philosophe, il est peu dramatique en lui-même parce que tous les personnages qui y concourent sont également peu dignes d'estime et qu'aucun sentiment noble ou exalté ne les anime. C'est pourtant de ce fond ingrat que Lope de Vega a tiré un de ses plus beaux drames. On doit comprendre qu'il n'a pu y parvenir qu'en y introduisant de nombreuses modifications.
A Philippe II, tyran sombre et sévère, qu'il ne pouvait d'ailleurs mettre sur la scène durant le règne de son fils, il a substitué le roi Sanche le Brave, dont le règne se rapporte à la fin du xiii^ siècle. Ce prince ambitieux, ferme et politique n'est peut-être pas précisément celui que Lope eut dû choisir pour le rôle qu'il lui fait jouer, mais il ne s'agissait au fond que d'emprunter un nom à ces époques reculées dont l'éloignement semble prêter un caractère de vraisemblance aux combinaisons les plus extraordinaires.
(1) On a cru longtemps qu'une rivalité d'amour avait influé sur la conduite du roi, mais des découvertes récentes ont prouvé que cette.suiiposition était mal fondée, que Philijipe II avait éié déterminé par des motifs i)oliti(iues et que d'ailleurs Ferez s'était attiré sou ressentiment eu abusant de sa confiance avec une rare perfidie.
Sanche le Brave vient d'arriver à Séville qu'il visite pour la première fois. La grandeur et la magnificence de cette ville excitent son admiration. Il en est cependant moins frappé encore que de la beauté d'une jeune femme qu'il remarque à son balcon dans une des rues traversées par le cortège royal. Bientôt il apprend qu'elle se nomme Estelle (1), et qu'elle est sœur de Bustos Tabera, l'un des vingt-quatre regidors ou membres de la municipalité. Un courtisan, D. Arias, s'apercevant de la profonde impression qu'elle a faite sur le cœur de son maître, donne à entendre qu'il ne serait pas impossible de la séduire en commençant par gagner son frère ou du moins par endormir sa vigilance. Le roi, se laissant aller à cet espoir, fait appeler Tabe:a, le comble de prévenances flatteuses et lui offre un commandement important contre les Maures. Tabera refuse avec une noble modestie un emploi qu'il ne Qroit pas mériter, et après avoir indiqué au roi, sur sa demande, l'homme qu'il juge le plus propre à le remplir, il se retire déjà inquiet d'un témoignage de faveur trop peu motivé pour qu'il n'y soupçonne quelque intention secrète.
A peine rentré dans sa maison, il apprend que le roi est à sa porte : Il s'empresse d'aller le recevoir : « D'OU me vient » lui dit-il, « un tel excès de faveur? « Votre Altesse (2) dans ma pauvre demeure ?
(1) En Espagnol Estrella, Etoile. De la le titre de la pièce.
(2) On sait que jusqu'au quinzième siècle, les rois, dans toute l'Europe, ne portaient que le titre dAltesse, celui de Majesté était réservé à l'Empereur.
LE ROL
« Je parcourais les rues de Séville, j'ai su que cet » hôtel était le vôtre, on m'en a vanté la beauté, j'ai » voulu le visiter.
TABERA.
» C'est la maison d'un pauvre gentilhomme.
LE ROL
» Entrons.
TABERA.
» Sire, cette habitation, convenable à mon humble » fortune, est peu digne de recevoir un prince tel » que vous. Votre grandeur s'y trouverait trop à l'é-' » troit. Lorsqu'on saurait à Séville que vous êtes » venu me voir, cela ferait un mauvais effet.
» Ce n'est pas votre habitation, c'est vous, Busto, » que j'ai voulu visiter.
TABERA.
» Sire, cette faveur est trop excessive pour qu'un » sujet puisse consentir à l'accepter. Je suis votre » sujet, votre serviteur, et lorsque vous daignez » m'admettre en votre présence, c'est à moi à me » rendre dans votre palais. Quelquefois des grâces » trop peu mesurées fout naître de fâcheux soup- » çons.
LE ROL
» Quels soupçons ?
TARERA.
» On pourrait dire, ce qui est bien faux sans doute, » que c'est pour voir ma sœur que vous êtes venu » chez moi, et par cela seul, sa réputation serait
» compromise. L'honneur est un cristal délicat, un » souffle suffit pour le ternir.
LE ROL
» Enfin, puisque je suis ici, j'ai quelque chose à » vous diie. Entrons donc.
TABERA.
» Votre Altesse, si elle le trouve bon, pourra me » donner ses ordres pendant que je la reconduirai. » Rien n'est prêt dans ma maison pour la rece- » voir. »
Le roi, déconcerté dans cette première tentative, a recours à un autre artifice. Par l'intermédiaire de Don Arias, il gagne une des esclaves de Tabera qui s'engage à l'introduire la nuit dans la chambre d'Estelle. A l'heure indiquée, il vient réclamer l'exécution de cette promesse, mais en ce moment même, Tabera, qui d'ordinaire ne rentre qu'à la pointe du jour, ramené sans doute par l'inquiétude qui le poursuit, arrive de son côté. Malgré l'obscurité, il aperçoit un homme qui, enveloppé dans un manteau, se dirige vers l'appartement de sa sœur, il l'arrête et veut le forcer à se découvrir.
LE ROL
» Laissez-moi passer.
TARERA.
» Si vous passez ce sera par la pointe de mon épée. » Bien que ce lieu soit un sanctuaire, je n'hésiterai » pas à l'ensanglanter.
LE ROL
» Écartez cette épée.
TABERA.
» Comment ! vous osez profaner ainsi l'apparte- » ment de ma sœur, et je ne saurais pas qui vous » êtes? Dites-le, ou je vous tue.
LE ROI
» Je suis un homme considérable. Laissez-moi.
TARERA.
» Je suis dans ma maison, c'est moi qui y com- » mande.
LE ROI
'> Je vous dis que je suis un homme bien né, et si » je suis venu chez vous, ce n'est pas pour vous » offenser, tout au contraire, je prends votre honneur » sous ma garde.
TARERA
)) J'aime mieux le confier à celle de mon épée. » Pourquoi vous cacher ainsi si vous vouliez m'hono- » rer? Se déguise-t-on de la sorte lorsqu'on a un » pareil but? La crainte même que vous laissez voir
» vous accuse Défendez-vous, vive Dieu, ou je
» vous tue...
LE ROI
» Quelle obstination !
TARERA
^> Je VOUS tuerai ou vous me tuerez.
LE ROI
» Arrêtez, je suis le roi.
TARERA.
» C'est un mensonge. (A part.) Le roi veut me » perdre! (Haut) Seul, déguisé, sans escorte! Cela » n'est pas possible. Tu offenses Son Altesse, misé-
» rable, en lui imputant une action aussi basse. Un ■» roi peut-il attaquer l'honneur de ses sujets? Ce » mensonge ne fait que redoubler ma colère. Plus tu » voudrais y persister, plus tu m'exciterais à te » donner la mort. Borne-toi à m'outrager, sans ou- » trager aussi la majesté royale par cette odieuse ca- » lomnie. N'oublie pas que les lois divines et humaines » condamnent sévèrement celui qui se permet contre » le roi une allégation, un soupçon indigne de lui.
» Vit-on jamais pousser les choses à ce point! Je » te dis que je suis le roi.
TARERA.
» Et jeté dis encore que je ne puis te croire, parce » que ta conduite ne peut se concilier avec le grand » nom que tu invoques. C'est le roi qui donne l'hon- » neur, et tu veux me déshonorer.
LE ROI (à part).
» Sa folie égale son insolence. Que faire ?
TARERA (à part).
» C'est le roi, il n'y a pas à en douter. Il tant le » laisser partir et apprendre ensuite s'il m'a offensé.
» J'ai peine à contenir la colère qui me tran.sporte
» (Haut.) Qui que tu sois, pars, et une autre fois » respecte le nom du roi, n'essaye pas de t'en cou- » vrir, misérable, pour commettre des actions aussi » basses. N'oublie pas que le roi, mon vénéré sei- » gneur, la terreur de l'Afrique, est un roi très chré- » tien, qu'en me nommant son gentilhomme, en me » donnant ainsi la clef de sa maison, il n'a pas pré- » tendu s'arroger le droit d'entrer dans la mienne
» sans que je lui en donne la clef... Je n'en dirai pas » davantage. Tu as pris le nom du roi. Le respect » que je porte à ce nom, même invoqué faussement, » ne me permet pas de venger mon injure.... »
Le roi, humilié et irrité, mot l'épée à la main pour châtier ce qu'il regarde comme une insultante réprimande. Une lutte s'engage, des valets accourent avec des flambeaux, il prend la fuite. Tabera resté seul fait comparaître devant lui la malheureuse esclave, la force à avouer son crime, et après l'avoir poignardée, va suspendre son cadavre à la porte du palais.
En apprenant cette cruelle bravade, le roi s'abandonne à un violent emportement. Excité par les perfides conseils de D. Arias, il se décide à punir de mort le sujet orgueilleux qui a osé lui donner une telle leçon. Mais le châtiment doit être secret, l'honneur du trône l'exige. Qui pourra-t-on charger d'une telle commission? D. Arias désigne Sancho Ortiz de las Roelas, que ses exploits contre les Maures ont fait surnommer le Cid de l'Andalousie. Il est aussitôt appelé au palais. Le Roi et son confident ignorent que Sancho est l'ami de Tabera, l'amant de la belle Estelle et qu'il doit bientôt l'épouser.
C'est ici que commence véritablement l'action et .le grand intérêt de cette comédie dont tout ce- qui précède n'a été, en quelque sorte, que le préambule un peu trop long.
Ortiz est introduit auprès du roi qui le complimente sur son brillant courage : « Vous êtes sans » doute, » ajoute-t-il, « impatient de savoir pour- » quoi je vous ai fait venir. Je vais vous l'apprendre.
» Il est un homme qu'il m'impoi'te de faire mourir » secrètement. C'est vous que j'ai choisi de préférence » poui' vous charger de me rendre ce service.
ORTIZ
» Est-il coupable ?
LE ROI
» Sans doute.
» Pourquoi donc punir secrètement un coupable ? » Il sera bien mieux de le faire mourir en public, » autrement on croira que vous frappez un innocent. » Mais si ce malheureux ne vous a fait qu'une légère » offense, je vous supplie, Sire, de lui pardonner.
LE ROL
» Sancho Ortiz, je ne vous ai pas appelé pour » plaider sa cause, mais bien pour lui donner la » mort. Vous devez penser que si je veux qu'il meure » secrètement, c'est parce que mon honneur l'exige. » Croyez-vous que le crime de lèse-majesté mérite » la mort ?
ORTIZ
» Ah ! la mort par le feu !
LE ROI
» Et si ce crime est celui de cet homme?
ORTIZ
» Qu'il meure, qu'il meure, sire, c'est moi qui vous » le demande. Pour un tel forfait, je frapperais mon » propre frère.
LE ROI
» Donnez-moi la main en gage de votre parole.
ORTIZ
» Recevez avec elle mon âme et ma foi.
LE ROL
» Vous pouvez le tuer lorsqu'il ne sera pas sur ses » gardes.
» Sire, d'un homme de mon nom, d'un soldat, vous » voulez faire un assassin ! Moi, le frapper en guet- » à-pens ! Je l'attaquerai corps-à-corps sur la place » publique, à la vue de tout Sêville. Nul ne peut » excuser l'homme qui tue sans combattre, et je pré- » fère mille fois le sort de celui qui meurt par tra- » hison au sort de son meurtrier...
LE ROL
» Tuez-le comme vous voudrez. Ce papier revêtu » de ma signature vous servira en tout cas de ga- » rantie.
ORTIZ
» Je m'étonne de voir que Votre Altesse m'estime » assez peu pour me faire une pareille ofTre. Ma » lo3'auté se confierait-elle donc davantage à une » feuille de papier qu'à votre royale parole ?... (// » déchire le billet.) Il suffit que nous nous engagions » l'un envers l'autre, moi à vous venger, vous à me » protéger ensuite... Je vais vous obéir. Je vous de- » mande seulement pour récompense la main de la » femme que je choisirai.
LE ROI
» Fût-elle grande de Castille je vous l'accorderais. » Vos services seront dignement récompensés. Prenez » ce papier. Il renferme le nom de l'homme qui va
ESSAI SUR LE THÉATaE ESPAGNOL 53
» mourir. Quand vous l'ouvrirez n'en soyez pas » étonné. On dit que c'est un homme d'un grand » courage.
ORTIZ
» C'est ce que nous saurons bientôt.
» Nous deux seuls, nous connaissons ce secret, je » n'ai rien à vous dire, vous êtes prudent, agissez et » taisons-nous. »
Le roi se retire, sans oser, par un sentiment de pudeur qui est bien dans la nature, désigner de vive voix le malheureux que sa tyrannie vient de condamner.
A peine s'est-il éloigné qu'on apporte à Ortiz une lettre de sa maîtresse. Estelle lui annonce que son frère consent à les unir avant la fin du jour. Tabera s'y est enfin résolu pour mettre sa sœur à l'abri des poursuites du roi. Ortiz, au comble du bonheur, ordonne les préparatifs de son mariage. Il a presque oublié dans son ivresse la commission terrible dont il est chargé. Revenant en quelque sorte à lui-même, il se reproche cet oubli ; pour -connaître le nom de celui qui va mourir, il. ouvre le billet que lui a laissé le Roi, il y trouve ces effrayantes paroles : « L'homme à qui vous devez donner la mort est » Busto Tabera. »
Cette péripétie est sans aucun doute un des coups de théâtre les plus saisissants que l'on puisse imaginer.
Dans son accablement, Ortiz essaye de douter du témoignage de ses sens, de croire que sa vue s'est
troublée, qu'il a mal lu l'ordre tracé par la main roj^ale, qu'il est sous l'influence de quelque prestige. Mais c'est en vain qu'il veut se faire illusion. Forcé de reconnaître l'affreuse vérité, une lutte s'engage dans son âme entre l'amour et l'honneur ou ce qu'il prend pour l'honneur. Elle se termine comme dans le Cid : il vengera le roi.
Comme il vient de s'arrêter à cette cruelle résolution, Tabera survient. « Mon frère, » dit-il à Ortiz, « je suis heureux de vous rencontrer. Le jour de » votre bonheur est arrive. —
ORTIZ (à part).
» Que ne dit-il plutôt celui qui va m'accabler sous » le poids de l'infortune ! Vit-on jamais fatalité pa- » reille à celle qui me force à tuer mon ami le plus » tendre au moment même où il vient m'offrir ce » qm devait faire ma félicité !
TABERA.
» Le contrat de votre mariage avec Estelle est » déjà dressé.
ORTIZ
» J'ai voulu en effet l'épouser, mais je ne le veux » plus, bien que vous me le proposiez.
TARERA.
» Me connaissez-vous lorsque vous me parlez » ainsi ?
ORTIZ
• » C'est parce que je vous connais, Tabera, que je » vous tiens ce langage.
TARERA.
» Si vous me connaissez, vous savez qu'on trouve
» en moi, naissance, courage et droiture, sans » laquelle il n'y a pas d'honneur, et certes, Sancho » Ortiz, j'ai lieu d'être irrité...
» Je le suis plus que vous.
TABERA.
» De quoi ?
ORTIZ
» De vous parler.
TARERA.
» Si vous prétendez qu'il y a quelque tache à mon » honneur et à ma loyauté, vous mentez comme un » misérable. »
Ils mettent l'épée à la main. Bientôt, Tabera tombe mortellement blessé. Après cette douloureuse victoire, Ortiz, en proie au plus affreux désespoir, se jette dans les bras de son ami, le baigne de ses larmes, lui demande pardon et appelle la mort. Tabera, qui entrevoit peut-être la vérité, le nomme encore son frère et expire en lui recommandant Estelle. On accourt. Le peuple s'émeut en voyant couler le sang d'un de ses magistrats. Ortiz, qui ne demande qu'à mourir, se dénonce lui-même et se livre à la justice.
Estelle ignore encore son malheur. Elle attend son amant, et au milieu des femmes occupées à la parer, elle épanche avec abandon la joie qui inonde son âme. Cette scène où le poète a prodigué les plus riches couleurs de la poésie, est ravissante de grâce, de fraîcheur et de naïveté. Le contraste entre la félicité si pure, si complète, que goûte la pauvre
Estelle et sa situation véritable qu'elle ne connaît pas encore, esttl'un effet déchirant.
On entend un grand bruit. Estelle se persuade que c'est Ortiz qui arrive, avec un nombreux cortège, pour la conduire à l'autel, mais cette douce illusion est bientôt dissipée. Les Alcaldes chargés de poursuivre le jugement du meurtre qui vient d'être commis, se présentent suivis de leurs agents qui portent le cadavre de Tabera.
Estelle.
-K Que vois-je ?
D. PEDRO DE GUZMAN (l'un des Alcaldes).
» Madame, les hommes sont nés pour souffrir, ce » n'est pas vainement qu'on a appelé cette vie une » mer de larmes. Le seigneur Busto Tabera n'existe » plus.
ESTELLE
» Oh ! douleur !
D. PEDRO
» La seule consolation que je puisse vous offrir, » c'est de vous annoncer que le meurtrier, Sancho » Ortiz de las Roelas, est arrêté, et que demain, sans » plus de retard, il expiera son crime.
ESTELLE
» Laissez, laissez-moi, cruels, chacune de vos pa- » rôles semble inspirée par l'enfer pour me dèchi- » rer. Mon frère est mort, et c'est Ortiz qui lui a » ôté la vie ! Cela se peut-il ! se peut-il qu'en l'ap- » prenant je n'expire pas à l'instant!... »
On l'emporte presque évanouie.
Cependant, le roi commence à comprendre la
gravité de la situation où il s'est placé. On lui annonce qu'Ortiz, interrogé par la justice, avoue le meurtre, mais refuse de faire connaître les motifs qui Vy ont poussé. Le roi ne peut se résoudre à déclarer qu'il le lui a commandé ; il voudrait qu'Ortiz le dispensât d'intervenir en trouvant moyen de se justifier lui-même; s'il le faut absolument, il se résigne à voir mettre au jour tout ce qui s'est passé, mais il ne se sent pas la force de faire de sa propre bouche un aussi pénible aveu. Il charge donc les Alcaldes et son confident D. Arias d'insister auprès de l'accusé pour qu'il révèle la vérité. « Dites-lui » bien, » ajoute-t-il, « que je veux qu'il nomme l'in- » stigateur du meurtre quel qu'il puisse être, fut-ce » moi-même. »
Ortiz subit un nouvel interrogatoire.