‹ Essai sur le théatre espagnolChapitre 16 sur 61 · CELIO · texte numérisé non relu

CELIO

» N'avez-vous pas d'autre nom ?

LE ROI

» Je n'en ai pas d'autre.

Celio, déjà déconcerté par l'attitude et le langage hautain de l'inconnu, n'ose insister et va avertir son maître. Pour bien comprendre ce passage, il ne faut pas oublier que ce mot de moi, qu'Alphonse donne pour son nom, est en effet la seule signature que les Rois d'Espagne apposent à leurs actes.

Celio ne tarde pas à revenir : « J'ai annoncé à D. » Tello, » dit-il au roi, « que vous le demandiez et » que vous vous appelez moi. Il m'a répondu que » vous pouviez partir, qu'il ne vous verrait pas, que » lui seul ici aurait, à toute force, le droit de pren- » dre un tel nom qui n'appartient qu'à Dieu dans le » ciel et au roi sur la terre.

LE ROI

» Eh bien ! dites-lui que je suis un Alcalde roj'al. » Celio de plus en plus troublé s'empresse de s'ac-

quitter de ce nouveau message. D. Tello arrive enfin, suivi de sa sœur qui le supplie de se modérer et de ne pas se perdre par d'imprudents emportements.

D. TELLO (au roi).

» Etes-vous l'Alcalde royal? Est-ce vous qui venez » me chercher ?

LE ROI

» En êtes-vous surpris ?

D. TELLO

» Sans doute, et j'ai droit de 1 "être si vous savez » qui je suis.

LE ROL

» Faites-vous donc une grande différence entre le » roi et celui qui vient en son nom ?

D. TELLO

» Une très grande en ce qui me concerne. Mais où » est donc la baguette, insigne de votre magistra- » ture?

LE ROI

» Elle est dans le fourreau dont vous la verrez » bientôt sortir.

D. TELLO

» Dans le fourreau ! Vous {flaisantez ! vous ne me » connaissez pas sans doute. Sachez que si le roi lui- » même ne vient pas m'arrêter, il n'est personne qui » puisse le faire.

LE ROL

» Eh bien, malheureux ! je suis le roi.

D. TELLO (tombant à genoux).

» Est-il possible, Sire ? Vous-même ! en personne! » Grâce, grâce !

LE ROI

» Qu'on le désarme à l'instant. Misérable! je jure » par ma couronne que je t'apprendrai à respecter » les lettres de ton souverain.

FELICIE.

» Sire, j'implore pour lui votre clémence.

LE ROL

» La prière est inutile, qu'on fasse venir la femme » de ce pauvre paysan.

D. TELLO

» Elle n'est pas sa femme.

LE ROL

» Il suffit qu'elle ait voulu l'être et que son père » que voici m'ait porté plainte pour elle.

D. TELLO

» Je suis perdu. »

Tout semble terminé, mais l'intérêt se ranime par un coup de théâtre bien inattendu. Elvire baignée de larmes vient se jeter aux pieds du roi et lui demande vengeance. Il est arrivé trop tard pour sauver son honneur, elle a cédé à la force.

LE ROI

» J'eusse voulu arriver à temps pour vous secourir. » Une me reste plus qu'à faire justice. Qu'on appelle » le bourreau.

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