‹ Essai sur le théatre espagnolChapitre 19 sur 61 · LE VIEUX TELLO · texte numérisé non relu

LE VIEUX TELLO

» Et est-il juste que tu dépenses en folles parures » l'argent que tu ne gagnes pas ? N'est-ce pas la dif- » férence des costumes qui distingue les états? Pour- » quoi ne confond-on pas les seigneurs avec les ar- » tisans, avec ceux qui vivent du travail de leurs » mains ? C'est que les uns sont habillés de soie et » les autres d'une serge grossière. Voudrais-tu pas » aussi changer ces charriots formés de pieux dans » lesquels quatre mules nous transportent quelque - » fois à la fête du village voisin contre un magnifi- » que carrosse doré à rideaux d'écarlate ! Ah Telle ! » ce qui perd les états, c'est cette fureur qui pousse » les hommes à s'élever au-dessus de leur condition. » Le marchand n'a pas plutôt gagné quelque argent » qu'il veut se changer en chevalier. Quel est l'artisan » dont lefils consente à être ce qu'a été son père? De » là, cette horrible confusion qui mêle les mai- » sons les plus illustres avec les plus obscures, ces » mariages inégaux, ces procès, ces implacables » rancunes qui finissent souvent par le déshonneur et

» le meurtre. Tu es né noble, mon fils, mais au » milieu des montagnes et d'un père qui vivait du » produit de quelques troupeaux et de quelques vi- » gnes. Laisse aux seigneurs de la cour ces riches » ornements, aux soldats ces plumes brillantes, re- » prends le gros drap du pays et la sandale. Je vaux » mieux que toi, et souvent, au mois de janvier, la » neige est ma seule chaussure, au mois de juin, un » chapeau de paille abrite seul mes cheveux blancs.

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